pour passer le temps…

Archives de la catégorie ‘Végétarianisme’

Il paraît que le temps passe plus vite…

[Une fois n’est pas coutume, cet article sera très privé]

 

Bilan du week-end :

· pizza classica mi-calzonne au four traditionnel à nous
· le retour de Rapunzel
· le tapis au gateau espagnol et le canapé nonnodorant
· moelleux au chocolat élastique (oo much tofu soyeux) sous sa couverture de crème de coco caramélisée
· houmous aïeux sans tahini sur sa tranche de pain de courge à la sauce ratatouille
· les pois chiches aux poissons, sous le Ponton à pique-nique
· la route aux rondins, suivie de la colline à l’herbe fraîche
· balançoire double et cloches sonnées
· le siège du fort, les cordages de pirates et l’anis trinqué dans le hamac de la paix
· d’adorables chatons beurrés
· la PELUCHE, enfin, en chemin
· tarte skypée à la pomme poignardée
· I’m too sexy for my bateau du sexisme (cf. la crème de coco susmentionnée), et les banana splits c’est pas pour des prunes so let it smurf

On devrait pouvoir faire quelque chose des asperges.
Dernière chose : je peux roquer et détecter les mats. C’est les vacances.

(Et encore, je n’ai pas mentionné les choses de la solitude ou de la parole : mon abonnement à ADN, l’épisode de Star Trek appelé « la parfaite compagne », la fin de la Fille de Papier ou les fanfics SdA, l’évolution de Jésus dans la Bible par 43alley, le dernier épisode de One Punch Man, etc etc……)
Aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de Love pour la Vie, qui est, globalement, quelque chose de cool.

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De l’esclavage des bêtes

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les bêtes esclaves, voici ce que je dirais :

Il est évident que les humains ne sont jamais bestiaux, et que les bêtes ne sont en rien humaines. Par conséquent, l’état du monde se doit de refléter cette différence onthologique.

Les hommes sont par nature supérieurs aux bêtes, car les bêtes brillent par leurs corps, au demeurant fort difformes, tandis que les hommes brillent par leur esprit et leur génie, dans les sciences et arts dans lesquels l’homme excelle.

La morphologie des animaux, qui est une donnée naturelle, explique et justifie leur rôle immémorial dans nos traditions : l’instinct essentiel du serpent le conduit à prendre des chemins détournés, celui du chat le porte à chasser des rongeurs, et celui du porc, qui mange sans rien distinguer, à se goinfrer jusqu’à l’endémie d’obésité morbide.

L’intelligence est le propre de l’homme : selon une ancienne tradition d’Afrique, ou de la péninsule arabique, elle lui fut donnée en cadeau par une autorité pas moins grande que le Créateur en personne ; ou peut-être par un dragon, mais ce n’est qu’un détail. Toujours est-il que des légendes humaines en attestent, pour peu qu’on les lise entre les lignes.

De petits kikoos de femmes, et de végétariens gays, et homosexuels qui plus est, se plaisent à débattre sur la condition des bêtes. Nous leur répondons que leur action et leurs convictions sont directement responsables de tout ce dont ils ne s’occupent pas, à commencer par les problèmes véritables , c’est-à-dire supérieurs.

Enfin, ces soi-disant « esclaves » bestiaux sont en réalité élevés en liberté.

En passant

Petit WTF d’or du quotidien invisible

Vu aujourd’hui dans un supermarché :

Oeufs de poules élevées en libeté.

Élevé…en liberté ?! En liberté ?
Comment élève-t-on quoi que ce soit en liberté ?
Vu que c’est censé être le maître mot de la devise de notre pays, ça fait quand même peur sur la notion qu’on en a…

C’est passé inapperçu pendant des années, pour moi. Allez pas prétendre, quand un marquetteux peut même avoir l’idée de pondre une absurdité pareille, et que le produit se vend toujours après, qu’on n’a pas des œillères en béton…
Notre quotidien est rempli de conneries. Et le pire, c’est que nous ne les voyons pratiquement jamais.

Raisonnement végétarien basique

  1. Manger de la viande, est-ce nécessaire ?
  2. Manger de la viande, est-ce bénéfique/utile pour l’être humain ?
  3. Manger de la viande, est-ce potentiellement nocif pour quelqu’un ?

1.

Pour répondre « Oui, manger de la viande, c’est nécessaire » à quelqu’un qui, visiblement, vit, et sans manger de la viande, c’est inimaginablement stupide.

Respirer (au niveau cellulaire, s’entend), c’est nécessaire. L’eau, c’est nécessaire. Évacuer les déchets organiques, c’est nécessaire.
Manger de la viande, non.

Partant de ce constat, la consommation de viande étant facultative, elle devient, comme toute chose non-nécessaire, c’est-à-dire remplaçable, objet d’éthique.

2.

Demander si la viande est utile à l’être humain avant de demander si elle est juste, ça fait pas très antispéciste comme manière de procéder. Toutefois, c’est par ce raisonnement que toute personne non-antispéciste est amenée à considérer la question du bien-être des animaux, et, par extension, du spécisme.
Le fait est que la frontière entre « strictement nécessaire » et « fortement utile » est parfois floue. Ainsi, pour vivre, il n’est pas « nécessaire » d’avoir 2 reins, ou un cerveau en état de marche, ou un corps capable de se mouvoir. Il n’en reste pas moins que c’est fortement utile. De même, il n’est pas nécessaire, pour vivre, d’avoir un environnement à radioactivité normale ; néanmoins, c’est préférable, dans la mesure où ça peut augmenter la durée de vie de plusieurs décennies.

C’est là-dessus, en vérité, que porte souvent le débat. Mais avant de nous lancer là-dedans, afin de bien percevoir les enjeux de la question, formulons deux hypothèses :

Soit la consommation de viande est utile (que ce soit sur le plan nutritionnel, économique et social, écologique,…), soit elle ne l’est pas.

Dans le premier cas, le débat peut ou non continuer selon le degré d’utilité de la viande. En effet, s’il s’agit de trouver facilement des nutriments, que l’on pourrait remplacer, disons, à un coût économique légèrement supérieur, la question morale conserve toute son importance ; en revanche, si vivre sans viande implique d’avoir une espérance de vie à la naissance de 35 ans ou moins, le problème est plus complexe.

L’avis des végétariens est, le plus souvent, que la viande n’est pas utile. Considérons ce cas de figure.

3.

Pour les animaux, être privés de leur liberté, exécutés (dans la souffrance, et même, dans le monde des bisounours où vivent nos omnivores occidentaux, sans souffrance) à une date déterminée avant leur naissance, traqués, piégés, pêchés (alors qu’ils sentent la douleur comme nous), gavés, traités comme des vaches à lait, entassés dans des cages trop petites, dopés aux hormones de croissance, amputés douloureusement de becs/oreilles/cornes/queues – toutes les conditions de l’élevage industriel, et autres composantes intrinsèque à l’élevage – ; ce n’est certainement pas un bien. C’est même, fort probablement, un mal.
À quoi s’ajoutent les 18,5% de gaz à effets de serre dûs à l’élevage (chiffres de la FAO), le gaspillage net des ressources en eau et terres arables, les taux plus élevés d’hostéoporose, de cancers, de maladies cardio-vasculaires, d’AVC, de fractures du bassin,..

RÉSUMÉ

  1. Manger de la viande, ce n’est pas nécessaire.
  2. Hypothèse : manger de la viande n’est en rien bénéfique pour l’être humain.
  3. Manger de la viande, c’est probablement mal pour les animaux.

***************************************

Le point de débat récurrent, c’est le second problème.

Initiation à un peu d’antispécisme

Déjà, nous noterons sa pertinence relative. En effet, est-il logique que l’intérêt des humains soit considéré avant celui des animaux ? Beaucoup de gens répondront oui. L’intérêt mineur des humains serait donc une raison suffisante pour sacrifier sans mesure l’intérêt ultime des animaux ? La question est : pourquoi ?
Supériorité ? Langage ? Intelligence ? Conscience (comme si les animaux, sous prétexte qu’ils ne parlent pas, n’étaient pas conscients) ? Capacité à produire de l’Art (ne riez pas, on me l’a sortie comme motif de meurtre d’animaux) ? Le rire ? Les latrines ? Le savon ?
Toute raison apparaît superbement insignifiante devant la Mort, sauf une seule : l’Âme.
Ma foi, si j’avais une âme immortelle, je ne vois pas pourquoi les autres n’en auraient pas.

De l’intérêt de la viande.

Intérêt nutritionnel ?
La viande, c’est des protéines, du fer, des acides gras saturés (avec du bon choléstérol dedans) et des toxines cancérigènes. Pas beaucoup de vitamines.
Tout ceci est aisément remplaçable par des sources végétales ou bactériennes. Et quand je dis « aisément », j’entends des règles pas plus compliquées que « Deux portions de viande par semaine maximum », « Un verre de vin par jour, c’est bon pour la santé », « Pensez à manger des lentilles de temps en temps ». Même plus simples que « Pensez à ne pas manger trop salé », faut pas demander !
De nombreux conseils sont dispensés sur le site de l’Association Végétarienne de France ; mais il faut aussi savoir que de nombreux médecins non-végétariens prennent prosition pour ce régime.

Valeur magique de la viande
Histoire de se faire de vrais muscles. De ne pas être un végétarien pâle et maigre et faiblichon, qui se casse la jambe et boude tout le temps. D’être viril, d’avoir de la libido. De profiter de la vie, d’avoir du goût, de la consistance dans la bouche. N’est-ce pas ?
La viande, c’est un aliment qui a un goût, une texture, une cuisson. Et beaucoup de propriétés magiques. On ne le sent jamais mieux que quand on devient végétarien : il existe un véritable culte de ce produit.

Je vais vous raconter une histoire. Une histoire qui date de ce Noël.
Après plusieurs heures de route de montagne (je suis malade en voiture), on arrive à destination. Curieux, j’essaye de me bricoler des petits toasts aux pois chiches, avec du basilic, du poivre noir et de l’huile d’olive.
Le basilic n’a pas beaucoup de goût. Qu’à cela ne tienne, j’en mets la blinde.
Toute la soirée, c’est huitres, morceaux d’animaux, odeurs de mort, gâteaux.
Le lendemain, je suis malade. Ma première indigestion depuis plus d’un an que je suis végétalien (si l’on excepte les troubles digestifs de la période de transition, où j’y étais allé à la brutale). Je suppose que si le basilic n’avait pas beaucoup de goût, c’est que la maison n’y avait pas touché depuis quelques années, et qu’il était un peu périmé.
Savez-vous ce qu’on m’a dit ?
« Ah ben en même temps, si tu mangeais comme tout le monde… »
Medames, Messieurs !
La viande protège des maladies ! La viande protège des maux de ventre ! Vive la viande, tuons la Bête ! La viande est votre amie ! La viande participe à la chaleur de Noël, surtout pour les dindes ! La viande vous guérit ! La viande protège des indigestions ! Jamais vous ne digérerez mal vos excès de viande avariée ! La viande est votre amie ! La viande est conviviale ! La viande est votre meilleure amie ! La viande, c’est vivre ! Mmmmmmmmhhhh – Herta
Et merde.

Comment ça marche, la santé ?

Aujourd’hui, je trolle la section santé de Commentçamarche.net ; car autant ils sont bons quand il s’agit du high-tech, autant là…

Tout a commencé avec le joli petit encadré à droite, bien ROSE, qui nous montre une charmante barbie-dolly atteinte d’un dérivé du syndrôme de la bouche ouverte.
La santé des femmes : stress, maigrir, choléstérol, fitness, esthétique, ostéoporoseD’ailleurs, je me demande comment, architecturalement parlant, elle fait pour tenir debout. J’ai déjà essayé, sur World of Goo, de construire des trucs comme ça ; hé ben ça a pas marché :-‘(

Bon, il faut admettre, les intitulés changent tout le temps ; mais si, parfois, on comprend bien en quoi il est question de la santé des femmes (ménopause, cancer du sein – encore que…-, cancer du col de l’utérus,…), d’autre fois, c’est très très très très très…..Mystérieux……..
Je parle bien sûr des liens vers « régime« , « choléstérol« , « esthétique« , « stress« , « migraine« , « varices« , « contraception« , « fitness » (où on apprendra qu’un grand centre d’intérêt des femmes, c’est d’avoir un beau cul)…

Mesdames (puisque visiblement, la santé du « bien dans sa peau bobo » n’intéresse que les dames), cliquons sur la section « Dossier>Régime ». Et avant que la page n’ait fini de s’ouvrir, formulons notre objectif clairement : vérifier combien un site qui se veut sérieux peut caler de conneries dans une page web.
Challenge Accepted
La page Régime
La page Régime Végétarien

La page Régime

WTF ? J’ai cliqué sur « régime », et ça me redirige sur…http://sante-medecine.commentcamarche.net/contents/MAIGRIR/…MAIGRIR ????!!!

Bwwwwaaaaaaarrrrrf-arf-arf-arf !!!!!!
Et le titre de la page, c’est « Minceur » !!!!?
C’est même pas la première ligne !…Et déjà : l’adresse, le nom de la page contiennent une définition du terme « régime » qui est non seulement fausse, mais également nocive en soi pour la santé publique et l’amélioration durable des comportements alimentaires des français !

Ainsi donc, Régime Alimentaire = Maigrir.
Seriously ?

Bon, allez, ne nous attardons pas plus là-dessus…On présuppose vaguement qu’on s’adresse à des français en surpoids
LOL

Et en fait…ben il semble que maigrir soit un impératif catégorique
« Il est indispensable d’accepter sans trop culpabiliser les rechutes qui peuvent survenir après un régime, comme par exemple la prise de quelques kilos en apprenant comment les reperdre et récupérer son poids. »
Oui, on vient de nous expliquer qu’un « régime » effficace, c’était un changement d’habitudes alimentaires ; mais une rechute n’est pas un retour à la junk food, non : c’est des KILOS…D’ailleurs, c’est marrant, « retrouver son poids », ça veut dire rejeter une partie de son corps, la « brûler » en fait…
Inutile de préciser que se peser, c’est un rituel nécessaire. C’est pas comme si la balance, c’était prendre le problème à l’envers. C’est pas comme si la balance, ça servait à rien.

Dès cette première page, manger est présenté à la fois comme un plaisir nouveau (se concentrer dessus, se donner de nouveaux cadres, (re)découvrir des aliments) et comme une privation, une limitation, une contrainte, au sein de laquelle on doit garder le « droit », la « possibilité » de faire de « petits écarts » pour éviter la « frustration« , parce que quand même, manger, c’est un plaisir en fait.
En gros, le régime, vous devez vous dire à vous-même que c’est sympa, même si ça vous fait souffrir.
OK

Pas de complexes !

***
Comme j’ai la flemme de tout lire, je vous fais juste partager un petit WTF d’or :
Se bourrer de viande et de fromage avec Atkins, c’est pas seulement cool, c’est carrément un avantage !
NO.

La page Régime Végétarien

Calé entre le forking et le régime hypocalorique, le régime végétarien est rapidement défini comme un régime qui « exclut toutes les protéines animales de l’alimentation ».
Pfffffffffftttttchhhhhhh..
Bwwwwhaaaaaaaaaaarrrrrff-arff-afrf-arff-arff !!!!!!
Aaaaah, je ne m’en lasse pas ! 😀
Le régime végétaRien, pour ceux qui auraient lu en diagonale, exclut toutes les protéines animales de l’alimentation.
XDDDD
« Toutes ? Non ! Car un petit groupe d’aliments résiste toujours et encore à l’extrémisme, cerné des hordes féminines de végétaliennes, d’antispécistes, de véganes, et d’anorexiques… »
Le pire, c’est que l’auteur mentionne lui-même, plus bas, que les végétariens mangent des œufs et du lait.
Normalement, commentçamarche est un site qui traite d’informatique, domaine où domine quand même une certaine forme de logique. Apparemment, ceux qui ont eu envie de commencer la section « santé » n’ont pas eu la même formation. En fait, je ne sais pas s’ils ont eu une formation.

En effet, quand on me dit

  • que les œufs et le lait, aliments souvent périphériques du régime, suffisent à fournir le fer nécessaire,
  • qu’il faut « surveiller les quantités de protéines » (comme si le viandard était avantagé de ce point de vue-là),
  • que tous les végétariens encourrent des risques de carence en B12 (comme si la supplémentation n’existait pas)
  • qu’on fait diminuer des risques cardio-vasculaires (et pas ceux de cancer), tout en assurant gaiement que le diabète « baisse » comme du mauvais choléstérol…

moi, je n’ai qu’une seule réaction :

Nicolas Cage : YOU DON'T SAY ?

Je pense que je ne trouverais pas de pires inexactitudes, même si je le voulais. Mais il faut que tu les inventes. Il le faut, ou ils sauront la Vérité ; tu comprends bien ?!

Alors ici, nous échappons aux usuelles catégories des « aliments interdits/aliments permis ». Bien. Ce n’est pas pour autant qu’on cesse de considérer le régime comme un ensemble d‘interdits, de contraintes qui l’individu s’impose à lui-même comme un dogme religieux. C’est ce que sous-entend, à mon sens, la phrase « Certaines personnes végétariennes s’autorisent à manger de la… »
« …s’autorisent à manger de la… »
« …manger de la…»
Mother of God - You...What did you do ? - Fffffffffffffffffffuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu

Manifester, est-ce utile ?

Photo de la manifestation du 6 octobre contre la vivisection

J’étais à la manifestation du 6 octobre, sur Lyon, contre la vivisection. C’était ma première manif.
En bref, cette manifestation vise l’aboutissement d’une action symbolique : la fermeture définitive de Green Hill, de la société Marshall, dont le siège est à Lyon.
Vous en aviez entendu parler ? Moi non plus.
Mais j’arrive trop tôt à un problème essentiel – à mon avis – de la manifestation. Commençons par raconter ce que je connaissais de la manif, ce que j’en ai découvert, et ce que j’en pense maintenant.

Moi, dans la rue ?
Et maintenant, qu’est-ce que j’en dis ?

Heureusement, on m’a expliqué

Moi, dans la rue ?

Ça me paraît, encore maintenant, surréaliste. Le pire, c’est que ça se renouvellera peut-être. En attendant, ça ne m’empêche pas de regretter certaines choses.
C’est en surfant sur le site d’une association militante (respect animal) que j’ai trouvé la mention de cette manifestation. Première sur Lyon, à propos de vivisection, dans des conditions illégales qui plus est : ok, ça me va, j’y vais et je tente.

Le rassemblement avait lieu à Perrache. Rues alentours barrées par la police, quelques deux cent personnes à mon arrivée (enfin, je suis pas très doué pour compter) ; la plupart ont un truc, une pancarte, un T-Shirt, un pin’s, un déguisement de vache, un costume de scientifique-boucher sanglant avec un couteau en carton. L’ambiance est détendue, les gens se connaissent, se retrouve, entre amis, font des petites blagues.
On se chauffe lentement. La foule commence, par moments, à pousser des cris de colère contre le siège de la société Marshall, mais les trois quarts restent silencieux. On prend des photos, on filme.
Une bénévole de Respect Animal prononce dans un mégaphone des instructions en français sur le déroulement de la manif ; j’étais à moins de dix mètres, j’entendais bien mal. Une icône (probablement) italienne prononce un discours en français, également ; j’en capte quelques mots. Puis on s’organise vaguement, on recie un peu, on se réorganise, ça prend vingt minutes ; on se met en route.

Nous sommes montés de Confluence, au sud des rails, sur la Presqu’Île, vers Carnot ; nous avons remonté Victor Hugo, contourné Bellecour (nous étions partis pour la couper, mais la police voulait bloquer la circulation, alors…), remonté l’avenue de la République, et terminé aux Terreaux. Et ce que je peux en dire, c’est que la manifestation, c’est une idée bizarre.

Maintenant que j’y repense, je n’ai jamais été socialisé dans un cadre de manif. Pour ceux qui sont nés dedans, je peux concevoir que le rôle de cadre pacifique (dans les cas des causes « pas importantes ») de la police va de soi ; pour moi, il m’a fallu cinq minutes pour le comprendre et pour m’y faire – si ce n’est pas la durée toute entière de la marche…
Les souvenirs et préjugés que j’avais sur les manifestations, c’était beaucoup de gens aux revendications pas claires (plutôt, en fait, une sorte de baromètre d’inquiétude sociale) qui s’assemblent pour s’échauffer les uns les autres, en soulevant des pancartes tantôt écrites en tout petit, tantôt avec trois mots évidents (« De l’argent, il y en a », « Non au chômage ! »), et des milliers de voix qui scandent un truc incompréhensible.

Et maintenant, qu’est-ce que j’en dis ?

Tout d’abord, je dois dire que de voir la manif de l’intérieur, et même, y participer modérément, ne m’a pas fait changer radicalement d’avis sur l’efficacité de la manif.
La question que je me pose, c’est : est-ce que le message passe ? Est-ce que les gens sur le côté comprennent nos idées, nos revendications, notre colère, nos arguments, de façon claire et rationnelle ?
La réponse est : non. J’en demeure persuadé.

Des slogans

Que peut faire passer une foule de manifestants qui crie en rythme ?
Prenons un cas d’école, où les slogans, criés en boucle sur quelques centaines de mètres, seraient clairement intelligibles. Parmi les slogans que j’ai criés le 6 octobre, j’en trouve peu qui puisse convaincre :

  • Marshall ! Marshall ! Assassins ! — ça a le mérite d’être clair. Mais bon, Marshall, je connais pas, je sais pas qui c’est.
  • Vivisection, abolition ! — Position générale de ces gens. Mais des fois…c’est quoi, la vivisection ? J’y participe pas, moi, si ?
  • Stop aux animaux dans des labos ! — Sûrement le slogan le plus laid de cette manif. Rien que les sonorités, ces voyelles rondes et ouvertes, qui soulignent le côté enfantin de la contraction « labo », la simplicité de ce « stop »…y’a pas à dire, à l’oreille, c’est moche. Ronsard s’en serait suicidé.
Des pancartes

Quant aux pancartes, c’était foisonnant : une photo de bébé mutilé disant « testé avec succès sur les animaux » pour faire comprendre que ce n’était pas portable (sans mentionner l’existence d’alternatives préférables), une pancarte « Green Hill doit fermer » pour rappeler l’excuse de la manifestation (incompréhensible pour ceux qui ne savent pas ce qu’est Green Hill), une photo de singe vivant au crâne découpé (tellement rose qu’on croirait un trucage), une autre d’une chienne reproductrice érigée au rang de martyr (mais les gens s’en foutent, qu’une chienne soit morte pour faire des chiots), des noms d’associations sur banderoles (allez, un coup de pub !), et des mystères absolus (« Téléthon = piège à con »). Partout, le discours affleure par fragments : jamais il n’est réellement convainquant et entier, jamais il n’a la force et la clarté d’un système de raisons, de faits, de valeurs, de propositions pratiques.

Du bruit

Mais encore, je pars ici du principe que tout ce qu’il y avait à voir et à entendre aurait été intelligible ; il ne l’est pas ! Les pancartes bougent et passent trop vite et c’est écrit trop petit et on sait pas lesquelles sont intéressantes, et on essaye de déchiffrer à l’oreille les mots criés en même temps, car derrière ils sont décalés, et y’a des mégaphones et des sifflets qui rythment (y’avait aussi une espèce de Mère Nature de Carnaval folk qui claquait des coquilles de noix en rythme), et y’a plein de voix alors c’est pas clair.
De temps en temps, dans les tunnels ou en entrant dans des endroits fréquentés, on arrêtait de crier notre message et tout le monde se mettait à gueuler en chœur des sons inarticulés évoquant les harpies des Enfers ; tout le monde gueulait, tout simplement, je sais pas pourquoi.
Attendez, un type avait même inventé de découper une bouteille en plastique pour faire une sorte de mégaphone, et lancer un « hoooooouuuuuu » profondément agaçant, à ces occasions…À croire qu’il était venu pour ça !

De l’irrationel

Vous savez, à songer qu’on gueulait pour rien, tout simplement parce que les autres gueulaient, et qu’on scandait en rythme nos slogans avec la force de la voix des autres, et qu’on s’alignait aux sifflets, et aux pas du leader, qu’on suivait bêtement l’itinéraire…Sans aller jusqu’à la militarisation ou à l’endoctrinement, ça puait la psychologie des foules à plein nez. Moi, tout seul, dans la vie, je pourrais bien remonter l’avenue de la République déguisé en gros poussin jaune ; mais jamais je n’y crierais dans la rue « Marshall, Marshall, assassins ! », comme je l’ai fait pendant plusieurs dizaines de minutes…
Rien qu’à voir comment on a dû chauffer l’ambiance avant le départ, petit à petit…
Ce que je veux dire, c’est qu’une foule en colère, ça fait pas très réfléchi.

De la force perlocutoire du tout

Moi, si j’avais été sur le côté de la rue, tout ce que j’aurais retenu en voyant passer ces gens, c’est qu’ils étaient contre la vivisection, qu’ils avaient avec eux des animaux en laisse forcés de venir à la manifestation, et qu’on ouvrait la cervelle des singes comme dans les films. Sûr, y’a de quoi s’émouvoir, quand on est sensibles aux animaux ; mais bon, la science, c’est un monde de grande personnes. Et puis heureusement qu’ils étaient pas nombreux, car mes pauvres oreilles…
Est-ce que ça aurait fait de moi une mauvaise personne ? Non. Simplement quelqu’un qui a vu émerger un problème qu’il ignorait complètement, et dessine une carte approximative des valeurs, sans avoir sous la main les arguments ou raisons qui peuvent motiver deux partis.

De l’action efficace

Pour résumer, je crois que manifester sert moint à montrer à la rue qu’à montrer à la police et au gouvernement. À changer le haut, et non la base. Mais je me trompe peut-être…après tout, j’ai pas vraiment l’impression que mes préjugés de non-citoyen aient vraiment changé…
Ce que j’ai vu des expressions des gens sur le côté ne m’a pas fait songer qu’ils s’engageraient dans un boycott éclairé de la vivisection. Mais je peux me tromper…
Je pense qu’il vaudrait mieux défiler calmement, sans gêner par un bruit inutile, et sans effet de foule excitée, et exposer ensemble nos arguments brièvement aux passants, et au besoin, discuter avec eux. Mais je suis nouveau, je peux me tromper…

Heureusement, on m’a expliqué

À la fin de la manif, il y a eu un discours par les mêmes militants et d’autres. On était en cercles, on était pas nombreux, on n’entendait rien. Les G.O. ont fini par nous donner quartier libre. Pendant le retour (à pied) vers Perrache, j’ai accompagné un groupe de 3 personnes qui connaissaient peu Lyon (histoire de les rassurer, en leur faisant sentir qu’on allait bien dans la bonne direction, c’est-à-dire tout droit ; ils s’en seraient bien sortis tout seuls) en leur faisant part de mes impressions.
Heureusement, ils m’ont expliqué que les manifestations pouvaient réellement sensibiliser les gens. Que quelques mots, quelques images, avaient une immense force sur les esprits. Que même s’ils ignoraient que L’Oréal et Calgon tortuaient des animaux, hé bien…c’était bien, ce qu’on avait fait aujourd’hui, ça marcherait, car faire du bruit attire l’attention, et que ça effondrerait leurs préjugés, et que dans des générations, on nous trouverait barbares en apprenant ce que nous faisions à notre époque aux animaux.

Vous savez quoi ? J’ai aussi découvert une possible raison pour laquelle nous n’avions pas pu traverser Bellecour. Il y avait un stand de manifestation, distribution de tracts…féministe. Ça touchait au viol.
Savez-vous comment ont réagi mes manifestants optimistes ?
En substance :
– Ah, des féministes, a remarqué la femme du groupe avec un petit sourire entendu.
– Ah oui, encore des revendications inutiles, ai-je renchéri avec une ironie également entendue.
– N’empêche, déclara un des deux types, l’autre jour, je suis tombé sur une pub qui représentait un homme à poil offert comme un cadeau à une femme, pour être le mec parfait. Bah si ç’avait été une femme, on aurait crié au scandale, personne n’aurait accepté ça, elles auraient fait du bruit. C’est dire que…
La femme allait dans son sens. L’autre mec n’a rien dit là-dessus, si je me souviens bien.
Le temps que je comprenne que mon ironie était passée inaperçue et que je me dise que je devais faire sentir son existence, la conversation avait dévié sur autre chose.
Je ne suis pas sûr que mes compagnons aient compris quels sont les cinq mythes sur le viol.

Chacun fait comme il veut

Un bref billet pour mettre sur…papier une pensée qui vient d’arriver à maturité.

La pierre angulaire, la raison pour laquelle les végétariens passent pour d’odieux extrêmistes auprès des omnivores…

C’est l’argument du « Au fond, chacun fait comme il veut. »

L’omnivore qui dit ça s’avoue vaincu. Il ne trouve pas absurde qu’on soit végétarien. Il respecte. Mais il ne veut pas être influencé, c’est un peu sur le vif là, j’ai pas eu le temps d’y réfléchir. Il pense donc nous faire plaisir en reconnaissant notre position sur un pied d’égalité avec la sienne.
Même, à ma première soirée Omnis vs Végé, le maître de maison, voyant que la discussion louvoyait, tentait de concilier en répétant « Chacun fait comme il veut, et voilà. »

Or, cet argument que les omnis perçoivent comme une conclusion, c’est jeter de l’huile sur le feu. Le végétarien est incapable d’entendre une phrase comme ça sans réagir. Pour lui, c’est précisément la preuve que les omnivores n’ont rien compris. Ils n’ont pas compris comment on peut être Végé.
Résultat, le végé s’enflamme.

Pour l’omnivore, « chacun son choix » signifie « Personne ne devrait restreindre les libertés de personnes : je reconnais ta liberté d’être végétarien, à toi de reconnaître la mienne » ; mais pour le végétarien, la phrase est la plus butée de toutes les idées omnivores de la conversation. Loin de ressembler à une conclusion, elle la relance : elle présuppose que « Les animaux ne sont pas des personnes sur le plan moral, éthique ou sensible. Leur liberté ne compte pas dans le calcul. » Or, c’est bien à la liberté des animaux, à leurs droits inaliénables bafoués, que pense le végétarien quand il entend cette phrase – pas au sien ; et c’est ce qu’il veut faire comprendre à l’omnivore.

L’omnivore pense faire un grand pas en avant et terminer une conversation qui le gonfle. Le végé ne voit pas la différence avec les arguments précédents, et renchérit d’une façon que l’omnivore ne cherche même plus à s’expliquer (il est déjà sorti de la conversation, je vous dis).
Le végétarien est un extrémiste agressif. L’omnivore est un crétin borné. Le dialogue est un échec.

Il faudra que je tente de garder ça en tête la prochaine fois qu’un omnivore me dira cette phrase. Histoire de ne pas m’énerver, et de laisser ce que j’ai dit décanter (tout en expliquant pourquoi je ne suis pas d’accord avec cet argument, sinon il oublierait).