pour passer le temps…

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Choisir son idéologie

Il n’y a pas de Raison Absolue, de Vérité, d’Évidence. Il n’y a pas de démonstration, d’argument irréfutable, de réalité indéniable.
Parce que la Science a tué Dieu. Parce que la preuve scientifique est provisoire, et que la connaissance est une croyance.

Il en va de même pour la marche des sociétés.

Il n’y a pas de Justice. Il n’y a pas de Bien.
Jusqu’à ce qu’on les crée.

Qu’importe que j’y adhère ou non, dans les débats, toutes les opinions, tous les jugements, toutes les évidences qu’avancent les uns et les autres sont sur le même plan.
C’est dégueulasse de considérer que 2 minutes de plaisir en bouche, si l’on peut appeler « plaisir » un mastic qui a la saveur ennuyeuse du quotidien, valent la mise à mort d’un animal ? OK.
L’homme est par nature omnivore, et le végétalisme développe des carences que les végétaliens ne connaissent pas parce que la nutrition c’est plus compliqué que « mettez du riz dans vos lentilles » ? OK.
Les femmes sont inférieures aux hommes ? OK.
Le vrai féminisme est celui qui crée l’utopie d’une prostitution universelle des femmes en guise d’empowerment ? OK.
L’hymen ne se « rompt » pas ? OK.
Un papa, une maman, les enfants ? OK.
Une papa, un maman, les enfants ? OK aussi.
L’IVG : mon corps, mon droit ? OK.
Les intermittents du spectacle itinérants ne maltraitent pas les animaux ? OK.
L’homme a tous les droits sur les animaux ? OK.
Wonder Woman est un symbole d’empowerment de la femme avant d’être une icône d’hypersexualisation ? OK.
Chacun est libre de choisir son genre ? OK.
L’inverse ? OK.
Chacun est déterminé par des faits sociaux ? OK.
Hiérarchie des races ? Pourquoi pas, on a bien celle des CSP.
Les végés sont des bourges ? OK.
La Bible est un guide de moralité et une preuve de l’existence d’un Être Suprême ? C’est pas con.
Les homos devraient avoir le droit de procréer et d’élever des enfants ? OK.
La procréation assistée est similaire au clônage ? OK.
Elfen Lied est un chef-dŒuvre scénaristique ? OK.
Les enfants doivent apprendre des choses sur le roman d’aventure ? OK.
Le monde moderne est en manque de Patrie ? OK.
Les mendiants s’en iront si je ne les encourage pas ? OK.

Je pourrais continuer à l’infini, avec pêle-même des phrases débiles ou intelligentes, toujours est-il que quand on les fourre en pots-pourris dans nos cocottes-minutes, y’a des moments où j’ai l’impression de voir ça :

Engouffre et régurgite à jamais

Je comptais mettre une assiette de vomi au départ, mais ça fait assez bien l’affaire.

Pas étonnant, dans tout ce bordel, qu’on n’ait pas le moindre signe de cohérence.

En tout cas, vous savez quoi ? Ça fait peut-être ado débile, mais je crois qu’on a deux types d’idéologies :

  • celles qu’on nous impose sans que nous en soyons conscient (la plupart, et elles portent des noms qui font peur, comme « christianity of the Doom », « partiarcattak », « carnassiérisme », « hétérosexisme », « décapitalisme », « liberalism, mais le gentil, le social », « libéralisme ékonomik », « incinérisme » – consumérisme poussé à l’extrême -, « valeur du tripalliarum« , etc.) ‑ bref, tous les grands méchants loups de Maman Société, dont la seule existence nous demeure invisible la majorité de notre vie ;
  • et celles qu’on nous impose même si on en est conscient (il arrive même qu’on croie les choisir !) – en général, les machins déviants, pas trop compris du public, pas consensuels ou mainstream pour un sou. Bref, des mouvements dont l’essence est la remise en question des valeurs initiales de l’individu – le genre qui trouve que SOS racisme ne peut pas être qualifié d’antiracisme parce qu’il dénonce des choses que tout le monde il sait déjà que c’est mal d’être raciste comme ça.

Bien sûr, il serait stupide de classer telle ou telle idéologie dans la catégorie « inconscient » / « conscient ». Ça dépend plutôt du parcours de chacun, et je ne serais pas surpris que les ChristianityOfTheDoomistes se définissent comme une idéologie minoritaire dans notre pays : mieux, je serais plutôt d’accord avec eux, et pas simplement parce que le plus facile de la loi sur le mariage gay est passé (en fait, en toute honnêteté, ils ont gueulé si fort qu’on a élagué en réaction, et à la fin, y’avait même plus besoin de mettre du lubrifiant !) Mais tout simplement parce qu’ils doivent revendiquer leurs idées dans un monde qui cherche de plus en plus à les refuser.

Donc, à partir du moment où l’on revendique consciemment des idées, où on se met en marge du reste de la société (ou de ce qu’on croyait être « la Société ») pour adhérer aux valeurs d’une communauté déviante, qui définit une Morale, une Vérité, une conception du monde même parfois, différentes ‑ à partir de ce moment-là, on est convaincu d’avoir Raison. Parce que nous, on a vu les deux côtés de la médaille. On a été élevé dans une opinion, et en grandissant, on en a vu les tares, n’est-ce pas, et on en est revenu.
Un peu à la MrRepzion : j’ai grandi catho et débile, et maintenant je suis un athée fier et intelligent.
Un peu à la InsolenteVeggie (et autres) : j’ai un jour été omnivore, mais maintenant je SAIS.
Un peu à la pimentduchaos : avant, j’étais un vilain jaloux et possessif ; je vais mieux maintenant.
Un peu comme moi, bien sûr. Et la liste est longue, encore une fois, j’ai pris les premiers exemples qui me passaient par la tête.

Maintenant, que ce soit bien clair : avoir vaincu des préjugés ne signifie pas qu’on ait raison.
Je le dis au connard défaitiste qui ne croit plus aux utopies des jeunes parce que l' »Expérience » l’en a fatigué. Je le dis au meneur des guerres saintes qui est convaincu que son combat est juste et qu’il est bon. Je le dis au sauvé, au rationnel, à l’esprit froid et détaché ; je le dis à tous ceux qui savent, et qui se mentent à eux-mêmes. Je me le dis aussi parfois.Parce qu’il n’y a pas de Raison Absolue, de Vérité ni d’Évidence. Ni de Justice, ni même de Bien. Jusqu’à ce qu’on les crée.

Ça fait peut-être un peu Jean-Paul Sartre, mais si rien n’est absolu, comment trouver la force de se battre pour quoi que ce soit ? Car se battre, et lutter, et argumenter, et affronter les opinions des autres. C’est blesser ses adversaires, c’est briser leurs egos. Bien sûr, c’est parfois un maigre prix à payer quand des vies sont en jeu et quand des souffrances sont évitées. Surtout qu’on prend beaucoup de plaisir à vaincre son ennemi.
Mais dans ce cas, n’est-ce pas dégueulasse de se battre contre la majorité* ? N’est-ce pas égoïste d’écouter ses propres penchants et désirs, quand ils feront tant de mal aux autres ? Quand nos revendications ne feront que noircir leurs cœurs de haine et de bêtise aveugle ? Pourquoi se battre, pourquoi chercher à changer le monde et les autres si ce n’est pour préserver le bonheur de la majorité ?
Se battre sans avoir Raison. Sans être Juste. Sans être véritablement altruiste. Sans être dans le Vrai.

Je vais vous le dire.
On se bat parce que ça fait plaisir de gagner. On y croit parce que ça fait plaisir d’être gagné. Et on se ment parce que sans mensonge, le monde n’a pas de sens ; sans fiction, sans valeur, sans mot (car le mot est une fiction), le monde n’est pas humain.
Nous cherchons du sens. Nous cherchons quelque chose à vouloir.**

Défendez au moins cinq convictions par mois. C’est bon pour la santé.

_______________________________

* et je les vois venir, les végétaliens, avec leurs conneries selon lesquels les animaux sont la majorité silencieuse. Beh c’est pas comme s’ils faisaient partie de notre société. Et puis merde, même si leur souffrance comptait, comment la comptabiliserait-on « justement » ?
** Ce bref paragraphe peut avoir l’air vide et assez convenu, mais rapporté au sujet de l’article, il est d’un cynisme nihiliste qui m’horrifie et m’écœure littéralement.

Manifester, est-ce utile ?

Photo de la manifestation du 6 octobre contre la vivisection

J’étais à la manifestation du 6 octobre, sur Lyon, contre la vivisection. C’était ma première manif.
En bref, cette manifestation vise l’aboutissement d’une action symbolique : la fermeture définitive de Green Hill, de la société Marshall, dont le siège est à Lyon.
Vous en aviez entendu parler ? Moi non plus.
Mais j’arrive trop tôt à un problème essentiel – à mon avis – de la manifestation. Commençons par raconter ce que je connaissais de la manif, ce que j’en ai découvert, et ce que j’en pense maintenant.

Moi, dans la rue ?
Et maintenant, qu’est-ce que j’en dis ?

Heureusement, on m’a expliqué

Moi, dans la rue ?

Ça me paraît, encore maintenant, surréaliste. Le pire, c’est que ça se renouvellera peut-être. En attendant, ça ne m’empêche pas de regretter certaines choses.
C’est en surfant sur le site d’une association militante (respect animal) que j’ai trouvé la mention de cette manifestation. Première sur Lyon, à propos de vivisection, dans des conditions illégales qui plus est : ok, ça me va, j’y vais et je tente.

Le rassemblement avait lieu à Perrache. Rues alentours barrées par la police, quelques deux cent personnes à mon arrivée (enfin, je suis pas très doué pour compter) ; la plupart ont un truc, une pancarte, un T-Shirt, un pin’s, un déguisement de vache, un costume de scientifique-boucher sanglant avec un couteau en carton. L’ambiance est détendue, les gens se connaissent, se retrouve, entre amis, font des petites blagues.
On se chauffe lentement. La foule commence, par moments, à pousser des cris de colère contre le siège de la société Marshall, mais les trois quarts restent silencieux. On prend des photos, on filme.
Une bénévole de Respect Animal prononce dans un mégaphone des instructions en français sur le déroulement de la manif ; j’étais à moins de dix mètres, j’entendais bien mal. Une icône (probablement) italienne prononce un discours en français, également ; j’en capte quelques mots. Puis on s’organise vaguement, on recie un peu, on se réorganise, ça prend vingt minutes ; on se met en route.

Nous sommes montés de Confluence, au sud des rails, sur la Presqu’Île, vers Carnot ; nous avons remonté Victor Hugo, contourné Bellecour (nous étions partis pour la couper, mais la police voulait bloquer la circulation, alors…), remonté l’avenue de la République, et terminé aux Terreaux. Et ce que je peux en dire, c’est que la manifestation, c’est une idée bizarre.

Maintenant que j’y repense, je n’ai jamais été socialisé dans un cadre de manif. Pour ceux qui sont nés dedans, je peux concevoir que le rôle de cadre pacifique (dans les cas des causes « pas importantes ») de la police va de soi ; pour moi, il m’a fallu cinq minutes pour le comprendre et pour m’y faire – si ce n’est pas la durée toute entière de la marche…
Les souvenirs et préjugés que j’avais sur les manifestations, c’était beaucoup de gens aux revendications pas claires (plutôt, en fait, une sorte de baromètre d’inquiétude sociale) qui s’assemblent pour s’échauffer les uns les autres, en soulevant des pancartes tantôt écrites en tout petit, tantôt avec trois mots évidents (« De l’argent, il y en a », « Non au chômage ! »), et des milliers de voix qui scandent un truc incompréhensible.

Et maintenant, qu’est-ce que j’en dis ?

Tout d’abord, je dois dire que de voir la manif de l’intérieur, et même, y participer modérément, ne m’a pas fait changer radicalement d’avis sur l’efficacité de la manif.
La question que je me pose, c’est : est-ce que le message passe ? Est-ce que les gens sur le côté comprennent nos idées, nos revendications, notre colère, nos arguments, de façon claire et rationnelle ?
La réponse est : non. J’en demeure persuadé.

Des slogans

Que peut faire passer une foule de manifestants qui crie en rythme ?
Prenons un cas d’école, où les slogans, criés en boucle sur quelques centaines de mètres, seraient clairement intelligibles. Parmi les slogans que j’ai criés le 6 octobre, j’en trouve peu qui puisse convaincre :

  • Marshall ! Marshall ! Assassins ! — ça a le mérite d’être clair. Mais bon, Marshall, je connais pas, je sais pas qui c’est.
  • Vivisection, abolition ! — Position générale de ces gens. Mais des fois…c’est quoi, la vivisection ? J’y participe pas, moi, si ?
  • Stop aux animaux dans des labos ! — Sûrement le slogan le plus laid de cette manif. Rien que les sonorités, ces voyelles rondes et ouvertes, qui soulignent le côté enfantin de la contraction « labo », la simplicité de ce « stop »…y’a pas à dire, à l’oreille, c’est moche. Ronsard s’en serait suicidé.
Des pancartes

Quant aux pancartes, c’était foisonnant : une photo de bébé mutilé disant « testé avec succès sur les animaux » pour faire comprendre que ce n’était pas portable (sans mentionner l’existence d’alternatives préférables), une pancarte « Green Hill doit fermer » pour rappeler l’excuse de la manifestation (incompréhensible pour ceux qui ne savent pas ce qu’est Green Hill), une photo de singe vivant au crâne découpé (tellement rose qu’on croirait un trucage), une autre d’une chienne reproductrice érigée au rang de martyr (mais les gens s’en foutent, qu’une chienne soit morte pour faire des chiots), des noms d’associations sur banderoles (allez, un coup de pub !), et des mystères absolus (« Téléthon = piège à con »). Partout, le discours affleure par fragments : jamais il n’est réellement convainquant et entier, jamais il n’a la force et la clarté d’un système de raisons, de faits, de valeurs, de propositions pratiques.

Du bruit

Mais encore, je pars ici du principe que tout ce qu’il y avait à voir et à entendre aurait été intelligible ; il ne l’est pas ! Les pancartes bougent et passent trop vite et c’est écrit trop petit et on sait pas lesquelles sont intéressantes, et on essaye de déchiffrer à l’oreille les mots criés en même temps, car derrière ils sont décalés, et y’a des mégaphones et des sifflets qui rythment (y’avait aussi une espèce de Mère Nature de Carnaval folk qui claquait des coquilles de noix en rythme), et y’a plein de voix alors c’est pas clair.
De temps en temps, dans les tunnels ou en entrant dans des endroits fréquentés, on arrêtait de crier notre message et tout le monde se mettait à gueuler en chœur des sons inarticulés évoquant les harpies des Enfers ; tout le monde gueulait, tout simplement, je sais pas pourquoi.
Attendez, un type avait même inventé de découper une bouteille en plastique pour faire une sorte de mégaphone, et lancer un « hoooooouuuuuu » profondément agaçant, à ces occasions…À croire qu’il était venu pour ça !

De l’irrationel

Vous savez, à songer qu’on gueulait pour rien, tout simplement parce que les autres gueulaient, et qu’on scandait en rythme nos slogans avec la force de la voix des autres, et qu’on s’alignait aux sifflets, et aux pas du leader, qu’on suivait bêtement l’itinéraire…Sans aller jusqu’à la militarisation ou à l’endoctrinement, ça puait la psychologie des foules à plein nez. Moi, tout seul, dans la vie, je pourrais bien remonter l’avenue de la République déguisé en gros poussin jaune ; mais jamais je n’y crierais dans la rue « Marshall, Marshall, assassins ! », comme je l’ai fait pendant plusieurs dizaines de minutes…
Rien qu’à voir comment on a dû chauffer l’ambiance avant le départ, petit à petit…
Ce que je veux dire, c’est qu’une foule en colère, ça fait pas très réfléchi.

De la force perlocutoire du tout

Moi, si j’avais été sur le côté de la rue, tout ce que j’aurais retenu en voyant passer ces gens, c’est qu’ils étaient contre la vivisection, qu’ils avaient avec eux des animaux en laisse forcés de venir à la manifestation, et qu’on ouvrait la cervelle des singes comme dans les films. Sûr, y’a de quoi s’émouvoir, quand on est sensibles aux animaux ; mais bon, la science, c’est un monde de grande personnes. Et puis heureusement qu’ils étaient pas nombreux, car mes pauvres oreilles…
Est-ce que ça aurait fait de moi une mauvaise personne ? Non. Simplement quelqu’un qui a vu émerger un problème qu’il ignorait complètement, et dessine une carte approximative des valeurs, sans avoir sous la main les arguments ou raisons qui peuvent motiver deux partis.

De l’action efficace

Pour résumer, je crois que manifester sert moint à montrer à la rue qu’à montrer à la police et au gouvernement. À changer le haut, et non la base. Mais je me trompe peut-être…après tout, j’ai pas vraiment l’impression que mes préjugés de non-citoyen aient vraiment changé…
Ce que j’ai vu des expressions des gens sur le côté ne m’a pas fait songer qu’ils s’engageraient dans un boycott éclairé de la vivisection. Mais je peux me tromper…
Je pense qu’il vaudrait mieux défiler calmement, sans gêner par un bruit inutile, et sans effet de foule excitée, et exposer ensemble nos arguments brièvement aux passants, et au besoin, discuter avec eux. Mais je suis nouveau, je peux me tromper…

Heureusement, on m’a expliqué

À la fin de la manif, il y a eu un discours par les mêmes militants et d’autres. On était en cercles, on était pas nombreux, on n’entendait rien. Les G.O. ont fini par nous donner quartier libre. Pendant le retour (à pied) vers Perrache, j’ai accompagné un groupe de 3 personnes qui connaissaient peu Lyon (histoire de les rassurer, en leur faisant sentir qu’on allait bien dans la bonne direction, c’est-à-dire tout droit ; ils s’en seraient bien sortis tout seuls) en leur faisant part de mes impressions.
Heureusement, ils m’ont expliqué que les manifestations pouvaient réellement sensibiliser les gens. Que quelques mots, quelques images, avaient une immense force sur les esprits. Que même s’ils ignoraient que L’Oréal et Calgon tortuaient des animaux, hé bien…c’était bien, ce qu’on avait fait aujourd’hui, ça marcherait, car faire du bruit attire l’attention, et que ça effondrerait leurs préjugés, et que dans des générations, on nous trouverait barbares en apprenant ce que nous faisions à notre époque aux animaux.

Vous savez quoi ? J’ai aussi découvert une possible raison pour laquelle nous n’avions pas pu traverser Bellecour. Il y avait un stand de manifestation, distribution de tracts…féministe. Ça touchait au viol.
Savez-vous comment ont réagi mes manifestants optimistes ?
En substance :
– Ah, des féministes, a remarqué la femme du groupe avec un petit sourire entendu.
– Ah oui, encore des revendications inutiles, ai-je renchéri avec une ironie également entendue.
– N’empêche, déclara un des deux types, l’autre jour, je suis tombé sur une pub qui représentait un homme à poil offert comme un cadeau à une femme, pour être le mec parfait. Bah si ç’avait été une femme, on aurait crié au scandale, personne n’aurait accepté ça, elles auraient fait du bruit. C’est dire que…
La femme allait dans son sens. L’autre mec n’a rien dit là-dessus, si je me souviens bien.
Le temps que je comprenne que mon ironie était passée inaperçue et que je me dise que je devais faire sentir son existence, la conversation avait dévié sur autre chose.
Je ne suis pas sûr que mes compagnons aient compris quels sont les cinq mythes sur le viol.

Pourquoi le logiciel libre n’intéresse personne.

« on te fait comprendre que ton combat est nul, inutile, et que tu es stupide de t’en faire pour des choses pareilles »
l’elfe, Militer n’est pas sale

Vous avez sans doute entendu parler de Linux ; mais qui sait donc ce qu’est GNU/Linux ? On vous a vanté les avantages de programmes open source ; vous a-t-on parlé du logiciel libre ?
En ce moment, c’est un sujet qui m’intéresse ; aussi, je vous résumerai brièvement ce qu’est le logiciel libre, pourquoi vous vous en foutez au point de ne pas lire l’article, et pourquoi vous auriez tort de le faire.

D’abord, qu’est-ce que c’est que le logiciel libre ?
l’open source ;
un peu d’Histoire… ;
Logiciel libre, projet GNU et open source.
Où je veux en venir : pourquoi tout le monde s’en fout, et pourquoi il ne faudrait pas.

Logiciel libre ? Qu’est-ce que c’est ?

Commençons par le principe d’open source

Il est fort possible que vous ayez déjà entendu l’expression « open source » ; mais pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, je fais un petit rappel : « open source » signifie que le code source du programme est accessible à tout le monde.

Un code source, c’est un peu la recette de fabrication du programme. Pour créer des programmes, les programmeurs n’écrivent pas des suites de 0 et de 1 : depuis les années 60, on a inventé des langages de programmation compréhensibles par les humains, et que des programmes peuvent changer en 0 et en 1. Le Java, le C, le C++ en sont des exemples populaires.
Le travail du programmeur, c’est d’écrire ce que devra faire la machine en C (par exemple) dans un bête fichier texte (ou dans plusieurs, pour mieux organiser son travail). Pour info, voici un exemple, tiré de la fonction main de VLC :

#ifndef ALLOW_RUN_AS_ROOT
if (geteuid () == 0)
{
fprintf (stderr, « VLC is not supposed to be run as root. Sorry.\n »
« If you need to use real-time priorities and/or privileged TCP ports\n »
« you can use %s-wrapper (make sure it is Set-UID root and\n »
« cannot be run by non-trusted users first).\n », ppsz_argv[0]);
return 1;
}
#endif

Ouais, quand je disais « compréhensibles par un humain », il va sans dire que ça ne va pas de soi 😛 Ça, c’est un message d’erreur, on comprend à peu près ; mais allez savoir ce qu’est ppsz_argv[0] si vous n’êtes pas programmeur !

Donc, pour un programme « open source », tout le monde a le droit de télécharger, lire, et même modifier le code source. Pour vlc, par exemple, c’est sur le site officiel.

Logiciel libre != Open source
(Ce titre est une blague. Dans de nombreux langages de programmation, != est utilisé pour noter le symbole ≠ dans certaines conditions)
Hé bien, je vais vous révéler un secret : open source ne signifie pas logiciel libre !
Encore des batailles compliquées ?
Un peu, oui. La nuance est d’autant plus difficile à saisir que :

  • La plupart des logiciels open source sont aussi des logiciels libres
  • Historiquement, « open source » a en fait été inventée pour mieux promouvoir le mouvement du logiciel libre*
    *En effet, le nom anglais du logiciel libre, free software, inclut une ambiguïté entre la notion de gratuité et de liberté, ce qui fait qu’il fallait à chaque fois expliquer « When you hear of free software, think of free seech, not of free beer. » Or, quand on est une entreprise, difficile de ne pas penser tout de même à free beer
  • La différence entre ces deux mouvements est en fait philosophique : les objectifs sont différents, mais en pratique, les moyens se rejoignent (les développeurs travaillent souvent conjointement).

Conclusion : c’est un joli bazar ! Pour bien comprendre la différence entre les deux, il faut d’abord que je vous explique ce qu’est, historiquement, le logiciel libre.

Un peu d’Histoire…

Simplifiée, bien sûr…Si vous voulez la version complète, faites comme moi, lisez la (semi-auto)biographie Richard Stallman et la révolution du logiciel libre.
Une génération de hackers
Dans les années 60, 70, l’informatique était un secteur de pointe. Si le matériel était vendu par les industries qui le mettaient au point, les programmeurs qui écrivaient les logiciels n’hésitaient pas à se filer les codes sources, à réparer eux-mêmes les bugs, à donner à l’entreprise un retour qui permettait d’intégrer leurs idées au software qu’elle avait fourni : en dépit des copyrights (qui théoriquement s’appliquaient aux codes sources), ces pratiques semblaient aller de soi.
C’est dans cette ambiance que Richard Stallman, programmeur génial, a découvert l’informatique. Les hackers (= bidouilleurs) du AI Lab au MIT formaient une « communauté » particulière où ne pas partager les idées, innovations, améliorations, était mal vu.

Richard Stallman en 2010

Richard Stallman en 2010

L’anomalie propriétaire
Sauf que de plus en plus, les fabricants de matériel eurent l’idée de ne pas fournir le code source des drivers : ainsi, en cas de problème, le client était dépendant de l’entreprise.
De plus, certains programmeurs commençaient à se plaindre de ce système, se considérant propriétaires du code source qu’ils avaient produit. Parmi eux, un homme célèbre, s’il en est, dont la lettre Computer Hobbyists affirme sur un ton vindicatif que le logiciel est un bien marchand, dont le créateur doit être récompensé, et que le présent système de partage ne peut produire que des logiciels de mauvaise qualité.
Les hackers terminant leurs études quittèrent le cadre universitaire, pour se lancer dans des carrières dans le secteur privé. À contrecœur, ils laissèrent le code source se transformer en secret industriel, le logiciel en produit marchand.
La résistance : Stallman prend le maquis !
Au début des années 80, le hacker Richard Stallman, qui voyait sa communauté de programmeurs atomisée, fut placé devant un choix : rejoindre une entreprise, ou partager envers et contre tout.
Il choisit de partager.
Célèbre pour avoir créé Emacs, l’un des outils les plus appréciés des programmeurs (je me demande même si Emacs n’a pas une fonction servant à préparer le café intégrée quelque part :P), il fit des prouesses surhumaines quand il fallut lutter contre le logiciel propriétaire (comme la bataille pour réécrire tous les logiciels Symbolics). En fait, Stallman avait acquis le statut de légende vivante.
C’est pourquoi il était le seul à pouvoir théoriser le logiciel libre, et annoncer des projets d’une aussi grande ambition que le projet GNU, sans qu’on lui rie au nez.

Logiciel libre, projet GNU

Un logiciel libre, c’est un logiciel qui garantit certaines libertés à son utilisateur :

  • la liberté (0) d’exécuter le programme pour tous les usages
  • la liberté (1) de redistribuer le programme
  • la liberté (2) d’accéder au code source pour savoir comment il fonctionne et ce qu’il fait
  • la liberté (3) de modifier le code source, pour l’améliorer, le personnaliser, y implémenter de nouvelles fonctionnalités…et redistribuer le tout !

Dans la mesure où less logiciels propriétaires nous retirent ces libertés, Stallman les nomme privateurs.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, même la première liberté est parfois limitée, voire retirée, dans les Conditions d’Utilisations (le long texte en petit). J’ai un vieux jeu, Dungeon Keeper II, qui spécifie qu’on ne peut pas exécuter ce jeu sur un système autre que ceux créés par Microsoft – outre les contraintes techniques, surmontables, nous n’avons même pas le droit de disposer de notre programme comme nous l’entendons !
Que dire aussi des « versions craquées » de Windows ou Microsoft Office, ou d’innombrables jeux vidéos…c’est bien la preuve que ces libertés, la comunauté n’a pas envie de les céder !

S’il y a bien une notion centrale dans la philosophie de Stallman, c’est justement la communauté. L’intérêt commun, le bien commun sont au cœur de l’éthique du logiciel libre.
Ainsi, à Bill Gates, qui disait dans lettre ouverte aux amateurs (cf. ci-dessus) que le travail d’un développeur mérite salaire, Stallman oppose l’idée que le travail d’un développeur ne mérite salaire que s’il apporte quelque chose à la communauté. Or, le logiciel privateur, par essence, nuit à tous les utilisateurs, et la communauté.
tête de GNU (constrastée)
Et GNU ? C’est quoi ? Et pis, qu’est-ce que ça veut dire ?

Désolé, mais je vais pas tout de suite vous dire ce que veut dire GNU, car ça va plus vous embrouiller qu’autre chose ^^
GNU, c’est le projet qui consiste à créer un sytème d’exploitation autonome 100% libre. Et ça inclut de nombreux logiciels comme un traitement de texte (GNU Emacs), un compilateur (le très puissant gcc), une interface graphique (X11), un shell (sh et bash)…Un projet colossal, pour ne pas dire titanesque.
Pourquoi avoir appelé ce projet GNU ? Ok, un gnou, c’est gros, mais…
En fait, je vais vous révéler la vérité : GNU, c’est un acronyme (ex : N.A.S.A. = National Aeronautics and Space Administration), et pas n’importe quel type d’acronyme : un acronyme récursif ! C’est-à-dire que dans GNU, la lettre « G » signifie… »GNU » ! Quant au reste ? « GNU N‘est pas Unix » (« GNU is Not Unix »)
Mais pourquoi dire que GNU n’est pas UNIX ?…D’abord, c’est quoi, Unix ?
UNIX, c’est un système d’exploitation qui existait à l’époque (et qui a lui-même eu des descendants). Pour créer son système d’exploitation, Stallman n’est pas parti de rien : il a décidé de s’appuyer sur une architecture existante, pour la recréer brique par brique. Ce n’est pas de la copie, puisqu’il n’avait pas le code source ; ce qui fait que GNU ressemble à Unix, mais qu’il n’est pas Unix 😛 C’est une sorte de tradition, en fait 😛
Pour la petite histoire, retenez que ça ne se prononce pas « gé est nu », mais « nou » ou « niou » en anglais, car gnu signifie gnou ^^ Néanmoins, Stallman insiste pour casser son jeu de mot en prononçant le g dur (de sorte qu’on sache qu’il est là), ce qui donne « g-nou« . En fait, ça se prononce « gnou » en français, mais en anglais.

Et l’Open Source dans tout ça ?
C’est vrai : on n’a pas fini notre petite affaire historique. Un logiciel libre diffusera forcément son code source (libertés 2 et 3) : par définition, il sera open source. Sauf que l’open source, idéologiquement, met la liberté au second plan, et insiste sur l’efficacité. Et ça, pour Stallman et la Free Software Fondation, c’est nul.
Reprenons notre histoire au début des années 90.

Linus, et la nouvelle génération de développeurs
Non, vous avez bien lu : Linus 😀 En fait, c’est le prénom du gars qui a bricolé Linux, le noyau des systèmes d’exploitation GNU/Linux. Comme il savait pas comment appeler son projet, il avait pris son propre prénom, collé un X à la fin (convention pour un nom de noyau) ; sauf que quand il a voulu trouver un vrai nom au projet, tout le monde voulait garder Linux.
Enfin, le type était étudiant, il développait pour s’amuser un noyau pour le système GNU (provisoire), et…comme c’était la dernière pièce du puzzle, quand il l’eût fini, le projet GNU était fini (leur propre noyau, Hurd, n’était toujours pas terminé…en fait, il est toujours en développement actuellement XD).
Sauf que Linus ne voyait pas les choses du même œil que Stallman, et avec lui, beaucoup de jeunes programmeurs créant des programmes libres. Pour eux, publier le code source pendant le développement, pour recevoir des idées, des améliorations, des suggestions, des conseils, c’était bien avant tout parce que c’était payant, efficace. C’était un modèle de développement utile. Mais la liberté n’était là que comme un « plus ».
Ces deux éthiques étaient si différentes qu’un libriste aurait installé un système GNU sans rien de propriétaire ; un partisan de l’open source aurait installé autant des programmes sources que propriétaires : rien à faire que ce soit propriétaire, l’important est l’efficacité du programme. Et il ne faut pas se leurrer : il y a des bons programmes dans les deux camps.

Le mot open source s’est détaché de la liberté des utilisateurs et de la communauté. C’est du marketing, qui vise à convertir les entreprises à une façon de programmer. Mais pas au logiciel libre. Selon l’article de Richard Stallman, l’Open Source passe à côté du problème.

Logiciel libre ? On s’en fout !

C’est vrai. C’est une dispute de spécialistes. Un truc de programmeurs. Ça ne fait pas une grosse différence pour l’utilisateur final. Regardons encore une fois les libertés :

1. Exécuter le programme. Ben ça, je le fais tout le temps. Windows s’exécute pas sans restriction, là ? (en fait, non :p)
2. Redistribuer le programme. Bon, c’est dommage, c’est payant. Mais c’est pas comme s’il n’y avait pas de version craquée.
3. Regarder comment fonctionne le programme. Même si j’avais le code source sous les yeux, j’y comprendrais rien. Je connais pas le C++, moi ; ces histoires de liberté, c’est une dispute de spécialistes, de concepteurs.
4. Modifier le programme. Idem, mais en pire 0_o

En effet, peut-on parler de « libertés » quand ce ne sont que des libertés en droit ? Quand leur application est soumise à un coût d’entrée trop élevé (équivalent, en fait, à une formation de développeur professionnel), pour ne pas dire un véritable investissement ?
Pour moi, savoir que je peux regarder le code source de VLC ne m’apporte rien, si ledit code source est surtout une suite incompréhensible de déclarations de constantes absconces, où je ne parviens même pas à identifier une seule véritable fonction écrite par le programmeur. Je ne pourrai jamais voir que l’extérieur du programme.
C’est peut-être le raisonnement premier qui préside à l’indifférence envers le logiciel libre. Le second, à mon avis, est le bon vieux troll de la hiérarchie des priorités ; j’y reviendrai.

Pourquoi la liberté n’est pas une affaire de spécialiste
Faisons une analogie avec la vie citoyenne. De nos jours, la loi est créée par une classe politique ; la plupart du temps, les citoyens ne savent pas ce qui se passe dans l’Assemblée Nationale et dans les institutions internationales, à moins d’être directement concernés par la loi.
La théorie dit pourtant que nul n’est censé ignorer la loi, et que les élus représentent la volonté de ce même ensemble de citoyens. Faut-il abandonner ces principes parce qu’ils ne sont pas respectés ?
Ma réponse serait oui, car je préférerais une démocratie directe, et un peuple éclairé ; mais à défaut de cela, le système actuel a quelques avantages : les citoyens ont le droit d’être informés sur les débats actuels et de les influencer, de choisir leurs camps politiques. C’est tout de même mieux que si la loi était produite par une espèce de grosse entreprise qui refusait de vous laisser votre mot à dire, non ?
Ce que je veux dire, c’est que, même si c’est un domaine auquel vous ne connaissez rien, outre les avantages pratiques de la communauté (entraide en cas de problème), ce que vous choisissez, c’est la transparence.

En outre, n’oubliez pas : si vous ne connaissez rien de l’informatique, c’est aussi parce que vous avez grandi sur un système qui ne vous encourageait pas à en savoir plus.

Une affaire de valeurs

À partir du moment où vous avez un ordinateur, les programmes que vous utilisez définissent qui vous êtes. Ce n’est pas un simple comportement de consommateur, c’est aussi une question d’identité et de conscience politique. Rester dans le giron du logiciel privateur, ignorant et dépendant d’une entreprise qui cherche à vous contrôler et à vous restreindre, c’est un choix différent que de chercher l’open source, c’est-à-dire un modèle de développement efficace, qui met en avant ses qualités compétitives sur le marché, le logiciel libre.
Les batailles d’identité entre les utilisateurs de différents OS sont si violentes :P…Microsoft, BSD (un UNIX), Linux (les « vieux » du logiciel libre vs. les « jeunes »), Apple, Google…c’est une vraie guerre d’images XD C’est que derrière le choix de ses programmes, on porte souvent des valeurs, des traditions, des idées. C’est une question de loyauté, de camp, d’idées.
Ah oui. Quand on n’est pas sous Windows, ses programmes, on les choisit. Que préférez-vous ? la pensée unique, ou la diversité ? La prison, ou le choix conscient ? La connaissance, ou l’obscurantisme ?

Pas de priorités
Il n’est certes pas question de vie ou de mort. Il n’est pas question de directement lutter pour la fin d’un conflit, ou contre une dictature. Mais songez-vous à l’impact que peut avoir l’idée de logiciel libre dans un pays dénué de liberté ? Songez-vous à la puissance des valeurs que porte ce mouvement dans une économie du tout-capitaliste ?
Certes, le domaine de l’informatique, bien qu’il constitue notre principal environnement de pensée, qu’il soit notre premier loisir, qu’il représente le seul média qui ne soit pas (encore) à sens unique, pour ne pas dire le plus sérieux espoir de démocratie directe – malgré tout cela, le domaine de l’informatique n’est pas vital. Ce n’est pas très important, ce n’est pas un lieu qui vaille que nous nous y attardions. Est-ce un lieu où nous pouvons exprimer et défendre nos valeurs, est-ce un lieu où informer nos concitoyens, et ceux du monde, de l’esprit de notre génération ? Est-ce un lieu qui aide à combattre contre toute une logique systémique de la censure et de la consommation ?
Que nenni, voyons !

Non de moi l’idée d’exagérer l’importance de ce combat. C’est un combat parmi d’autres (y compris pour moi). Un soldat sur une ligne de front. Mais qu’il soit première ligne, deuxième ligne ou médic, qu’importe ! pourquoi se battre entre nous, si nous sommes tous ici pour la même raison ? N’attaquez pas mes convictions comme étant « secondaires » ! Frères, quel est le plus « grand » d’entre vous ? hé bien, que gagnerait-il à ce que tous, vous vous suicidiez pour lui ? il trouverait seul face à l’adversaire.
Pour finir, laissons la parole à Richard Stallman.
« En effet, de quoi la société a-t-elle besoin ? D’une information vraiment disponible pour ses citoyens. Par exemple, des programmes que les gens peuvent lire, réparer, adapter, améliorer, et pas seulement faire marcher. Or ce que les propriétaires de logiciels livrent généralement est une boîte noire que personne ne peut étudier ni modifier.
La société a aussi besoin de liberté. Quand un programme a un propriétaire, ses utilisateurs perdent la liberté de contrôler un des aspects de leur vie.
Surtout, la société a besoin d’encourager l’esprit de coopération volontaire de ses citoyens. Quand les propriétaires de logiciels qualifient de « pillage » le fait d’aider notre voisin d’une façon simple et naturelle, ils polluent l’esprit civique de notre société.
»
Richard Stallman wrote the first version of Emacs using Emacs.

Quand on vous réduit au silence…

À propos de silence, ça fait un moment que je n’ai pas posté (et j’ai encore des commentaires auxquels je dois répondre **sifflote**)…

1.Bad Buzz
2.Think Different – GNU/Linux (là, je dérive du fait divers, pour prêcher à mon école…)
3.On va quand même pas passer à Linux ? O_o

Bad buzz

Je rebondis sur un petit sujet d’actualité : une grande entreprise a décidé de faire chier une fillette handicapée (via le Hollandais Volant). Comment ? C’est simple ! en lui fourguant un bâillon dans le bouche. Heureusement que ses parents, eux, sont capables de parler…

C’est bien triste, mais moi, qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?
Qu’est-ce que vous pouvez ne pas faire, plutôt ! On va jouer à un jeu : et si on faisait le consommateur responsable ?
Avez-vous acheté un iPod dans votre vie ? Un iPad, un Mac ou un iPhone ou un de ces trucs innombrables qui font baver les mi-geeks…Hé ben, je n’hésite pas à le dire, c’est à cause de vous que Maya n’a plus de langue !
Quelle merveilleuse invention que le boycott, quand même. Ça vous explique qu’il y a deux types de consommateurs : les con-sommateurs d’une part, et d’autre part, les consommateurs responsables, qui se renseignent sur le produit, son origine, les principes de l’entreprise qui le vend…bref, qui savent :
– ce qu’ils achètent ;
– à quoi ils apportent leur soutien financier.
Bien sûr, on est toujours un peu « con-sommateur » On ne peut pas tout savoir sur tout. Par exemple, je ne sais absolument pas en quel alliage est fabriquée la conserve de mes petits pois ; pendant toute l’année, j’ai fait mes courses chez SuperU sans savoir qu’ils se vantaient de subventionner les élevages laitiers…Mais on en apprend toujours un petit peu plus ; et quand il s’agit de maltraiter et tuer des centaines d’animaux, ou d’empêcher des petites filles de parler, j’estime que ça vaut le coup de réfléchir, de se forger des principes ou des préférences, et de s’y tenir.
Aussi, même si vous vous en foutez, de l’informatique, vous pouvez aisément prendre position sur l’affaire. Imaginez une seconde que c’est un fabriquant de béquilles ou de pacemakers qui menace de rappeler une gamme de produits : ne pas savoir poser un pacemaker vous empêcherait-il de signer la pétition d’un grand médecin ?

Ouais, en attendant, sans Apple, elle ne l’aurait pas eue, de toute façon, son application…
Que ce soit clair : sans Apple&Co, on ne sait pas à quoi le monde ressemblerait. Mais à mon avis, si certains logiciels n’avaient pas été développés par des boîtes propriétaires (Windows, MicrosoftOffice, MediaPlayer, IE), leurs alternatives libres auraient comblé le vide (dans les cas où il y avait un vide, sinon on aurait peut-être vu d’autres genres de projets se développer…) Je préfère un investissement venant des utilisateurs ou d’organisations (à la Wikipédia) à une entreprise privée.

Think different – GNU/Linux

Si Framablog (le lien qui raconte l’histoire de la petite Maya)  vous « [épargne] le couplet affirmant péremptoirement qu’avec un logiciel libre sur plateforme libre cela ne se serait pas produit »,c’est parce qu’ils savent que c’est l’avis de leurs lecteurs.
Ce n’est pas mon cas **twisted**

Si je comprends bien, le couplet idéologique, on va y avoir droit…
J’y compte bien ! Et quand il s’agit de GNU, dites plutôt « sectaire » : on a un Gourou (Richard Stallman <3). Maintenant, préparez-vous à découvrir l’Affreuse Vérité…

Vous n’êtes pas propriétaire de votre ordinateur.
Voilà. Vous savez tout.
Vous croyez que quand on vous vend un ordinateur, on vous vend aussi tout ce qu’il y a dans la boîte et tout ce qu’il y a d’installé dessus ?
Vous croyez que ces composants et logiciels sont là pour vous servir, vous ?
Vous croyez que quand vous vous inscrivez sur facebook, une entreprise cool vous propose gratuitement de nouvelles fonctionnalités ?
Que le DD de votre console de jeu est votre propriété (Sony, PS3, ordinateur personnel, ça vous dit quelque chose ?), et non celle de votre fabriquant ?
Que quand vous achetez un téléphone, une loi empêche que Nokia enregistre vos conversations pendant qu’il traîne éteint, dans votre poche ?
Que les CDs de musique / exécutables téléchargés n’importe où, ne piratent pas votre ordinateur ?
Erreur !
Quand vous achetez Windows, vous vendez votre vie à Microsoft. (Oui, je suis extrémiste :p)
Vous ne savez pas ce qui se passe sur votre ordinateur. Vous ne pouvez pas le savoir. Vous n’avez pas le droit de le savoir.

Je ne dis pas qu’on doit tous devenir Super-Nerd et connaître le nombre exact et l’emplacement des bascules de son processeur, ou démonter des ordis dans des magasins pour scruter les circuits du BIOS, des fois que le fabriquant y aurait caché unebackdoor ; mais qu’on ait au moins le droit de savoir. Le droit de vérifier. Un droit de regard sur ce qui se passe dans des machines autour desquelles nous conversons, qui lisent nos mails, enregistrent nos goûts, conservent nos documents professionnels.
Ça fait peut-être un peu théorie du complot, mais rien qu’à lire scout123, sebsauvage et le Hollandais Volant (+ Korben occasionnellement), j’ai déjà de quoi constituer un dossier complet de liens qui répertorient des histoires à faire froid dans le dos sur le monde de l’informatique. Enfin, non, loin d’être complet, vu l’immensité du sujet…

Ok, Microsoft, Apple, Google et Oracle, c’est plus pourri que Retour vers le Futur III sur MasterSystem…et on a quoi en face ?
En face, on a ce qu’on appelle le logiciel libre. Libre (« free » en anglais), cela signifie deux choses : 1° gratuit (« free » en anglais), 2° le code source (c’est-à-dire ce qu’écrit le programmeur : la recette de fabrication du programme, qui décrit comment il est constitué, ce qu’il fait) peut être lu, repris, modifié, redistribué par tout le monde (« free » en anglais).
Des « logiciels libres », vous en connaissez des tas. Firefox, Mozilla Thunderbird, VLC mediaplayer, the GIMP (GNU Image Manipulation Project, justement…oui, GNU est central dans le monde du logiciel libre), Urban Terror, zsnes ou pcsx pour les fans de jeux vidéos, OpenOffice, audacity, 7-Zip…et rien qu’en ce moment, sachez que vous utilisez sûrement des serveurs hébergés sur des serveurs qui tournent sous Linux ou un UNIX libre…

Ces logiciels sont gratuits, compétitifs et sources d’innovation (on l’a bien vu avec firefox), n’importe qui peut (et certains ne s’en privent pas !) vérifier ce qu’ils font et l’améliorer ; leur unique objectif est consécutivement de servir l’utilisateur, de respecter sa vie privée (encore que firefox soit un peu trop « grand public » pour vraiment ennuyer les gens avec ça…), de servir sa sécurité…

[EDIT du 25/7/12 : Ok, excusez-moi, j’ai dit une bêtise. Ce que je décris là, cela correspond plus ou moins au mouvement de l’open source. Dérivé pour des raisons sémantiques en anglais du mouvement du Locigiel Libre (free software : free beer ou freedom of speech ?), le mouvement qui consiste à simplement publier le code source (open source) en est venu à préconiser plutôt une méthodologie de développement du programme, permettant une meilleure qualité et une plus grande efficacité.
Or, le logiciel libre est avant tout une question de liberté, de droit de l’utilisateur. « Un logiciel ne sert les utilisateurs que s’il sert leur liberté. » Autrement dit, garantir les libertés d’utilisation/étude/modification/redistribution du programme prime sur l’efficacité et la puissance du logiciel. Ce n’est souvent qu’une différence dans l’ordre de priorité des développeurs ; mais souvent, cela peut avoir un impact sur le programme. Imaginez un programme open source qui vous réclame un mot de passe payant pour avoir accès à certaines fonctionnalités ? Un exemple ?…oh, je sais pas, moi, WordPress.com **sifflotte (en espérant ne pas dire une autre bourde)**…]

Ça revient pas à afficher les failles de sécurité aux pirates ?
Aux pirates, oui, mais aussi à tous les autres, aux développeurs, contributeurs amateurs, usagers…ce qui fait que les failles de sécurité sont repérées, contrées, (et corrigées, surtout) beaucoup plus vite !
Sur son blog, Sebsauvage déclare « Aussi étonnant que cela puisse paraître au profane, en matière de sécurité informatique il est important de diffuser rapidement les failles de sécurité découvertes (« full disclosure« ), sans quoi il est impossible de prendre des contre-mesures. » Ce n’est qu’un avis, mais le manque de transparence dangereux des entreprises, leur morgue déraisonnable, me donnent trop de boutons pour me laisser penser plus avant.

De toute façon, si Linux est plus sûr que Windows, c’est pas simplement parce que Linux est moins visé. Ça tient à la façon même de distribuer les logiciels.

On va quand même pas passer à Linux ? O_o

C’est bien beau, de reprocher aux entreprises leur côté pourri, mais tu veux quand même pas qu’on…
Et pourquoi pas ? Vous avez bien téléchargé VLC, firefox, thunderbird, parfois OpenOffice ? Au fond, GNU/Linux (grosso modo, désigne un ordinateur où la couche logicielle est libre), c’est pas bien différent.
Attention, je ne dis pas que tout est parfait dans le monde du libre. C’est juste que comme j’y suis pas depuis si longtemps…enfin, j’ai quand même connu une distro sans Unity, alors Natty et suivantes m’ont fait un peu mal

Mais Linux c’est trop compliqué…
Alors là, je vous arrête. J’ai découvert (et je continue de découvrir) Linux grâce au Site du Zéro, et la première chose que dit Mathieu Nebra, c’est :
« Linux n’est pas compliqué, et je vais vous le prouver. »
Vous savez quoi ? il a raison. Linux, c’était peut-être un peu compliqué en 2005. C’est peut-être un peu compliqué à installer maintenant, si on veut garder Windows à côté (je me souviendrai toute ma vie de gparted qui m’annonce fièrement « Disque dur formaté avec succès » à ma première installation XD…tout ça pour dire : le partitionnement, faites-le depuis Windows, en prenant des gants, après un bon back-up, ou avec un ami expérimenté pour vous guider !) Mais sinon, de nos jours, à la base, Linux, c’est user-friendly, c’est simple, c’est accessible (et pas seulement financièrement).
En fait, passer sous Linux, c’est comme de manger végétarien : on n’a pas à s’inquiéter d’où on va trouver des protéines pour éviter les carences, de qu’est-ce qu’on va manger demain matin, de comment faire un gâteau. On prend de nouveaux repères (mariage céréales-légumineuses, fruits secs, huiles végétales), de nouvelles habitudes (épicerie bio, lecture des étiquettes…en fait, quand on passe à Linux, on a justement un système de « distribution des programmes » mieux foutu et plus sécurisé, et avec le temps, on se rend compte que les windowsiens qui ne lisent pas leurs étiquettes sont complètement fous de ne pas le faire) ; on a une petite période d’adaptation (sans rentrer dans les détails, même si je mangeais peu de viande à la base, augmenter les fibres, digestivement parlant, ça n’a pas été que des bons souvenirs…), mais tous les végétariens et linuxiens vous diront qu’on n’a aucun mal à « se passer de Windows »…

Pour continuer à mettre végétarisme et logiciel libre dans le même panier, j’ajouterai ceci : tout comme les viandard, les windowsiens n’ont aucune idée de ce qu’on gagne à changer de régime informatique. Convictions militantes, confort d’utilisation (quand je tape « sudo apt-g[Tab] i[Tab] hddtemp » = « sudo apt-get install hddtemp » en console, je jouis en pensant aux crétins qui foncent sur Google télécharger cinq programmes différents, au hasard des 10 premiers résultats, pour voir à quelle température tourne leur disque dur…et galèrent parce qu’il leur manque le fichier C:\\windows\system\bidule.dll ! et je ne parle pas des raccourcis clavier pour ouvrir mes applications favorites, du choix de mon environnement de bureau, de l’imprimante dont on a paumé le CD d’installation, et qui s’est autoinstallée aussi simplement qu’une clé USB chez moi – en fait, je me retrouvais baisé, car ma sœur m’envoyait tout dès qu’elle avait besoin d’imprimer :p), sécurité, accès au savoir informatique…

Justement, tu vas pas me faire avaler que ça, c’est pas un truc de Nerd !
La console !
Un « truc de Nerd », naaaaan ^_^ À la rigueur, un « truque de giiiiik », oui. Si vous avez déjà vu une console UNIX, vous savez que cette capture d’écran, c’est à peine différent de ça (mais en plus classe) :

Explorateur de fichiers Windows

Le type a tapé 5 commandes (les mots derrière « ubuntu@ubuntu:~/Bidule/ ») :
– ls (« list segments » je crois, mais on s’en fout), qui demande à l’ordinateur : « affiche-moi ce qu’il y a dans le dossier où je suis » ;
– cd (« change directory »), qui dit : « je double-clique sur ce dossier-là » ;
-ls (mon Dieu, que c’est compliqué !)
– pwd (« print working directory »), qui demande : « où je suis, là ? » (affiche le contenu de la « barre d’adresses »…vous noterez que linux le fait par défaut chaque fois qu’il te demande de taper une commande de toute façon)
– w (« who »), une sorte de « qui fait quoi ? » basique dont je ne me sers jamais (ce n’est utile que quand on veut travailler à plusieurs sur un seul et même PC, comme un serveur web…)
Hé ben vous savez quoi ? De nos jours, un utilisateur d’ubuntu peut installer et utiliser ubuntu toute sa vie tranquille SANS JAMAIS VOIR LA CONSOLE !
Et s’il doit l’ouvrir pour régler des problèmes (on peut faire les choses beauuuucoup plus facilement en console qu’avec une interface graphique), en général il sera guidé par quelqu’un pour qui ces mots barbares que sont « pwd » ou « sudo su » sont simples comme « Salut, tu vas bien ? » (et parfois même beaucoup plus simples XD), et il aura juste à recopier sans rien comprendre les instructions qu’on lui conseillera d’exécuter.
Le slogan d’ubuntu, c’est « Linux pour les êtres humains » C’est pas pour rien 😉

Le truc, c’est que si je dois vous montrer les choses horribles qu’on peut faire sous Windows (comme une capture d’écran de code source réalisé avec Visual C++, programme de Microsoft), vous ne me sortirez pas que Windows c’est compliqué…

En revanche (parce que, bon, j’ai beau dire, la console ça fait quand même peur), Linux est, à mon avis, du plus haut intérêt pour les nerds, (vrais) geeks, et technophiles autodidactes (humble catégorie dans laquelle je me range, que je tiens à séparer des « technophiles usagers », repaire des Apple-Addicts…) Même pour l’utilisateur un peu curieux, passer à Linux et y rester, insensiblement, amène à en apprendre plus sur le fonctionnement de son système, voire, de son matériel, que de rester sur Windows. Et ceci pour une raison simple : dans Linux, tout est ouvert. C’est un monde transparent, où l’architecture se dévoile à n’importe qui, avec des guides qui aident à comprendre. On voyage dans Linux comme dans une bibliothèque où on peut ouvrir tous les livres. Et il n’est pas rare de croiser un passionné, de tomber par hasard sur une page intéressante, de chercher un moyen d’améliorer son expérience d’utilisateur et de tomber au passage sur un conseil qui vous profite, une explication qui vous pousse à vous poser de nouvelles questions. Conséquences ? Si vous avez un problème, vous êtes plus apte à y faire face, à le comprendre, à l’identifier, à l’expliquer surtout ; et d’autre part, vous êtes sûr de trouver quelqu’un qui, ayant compris vos explications, et ayant plus d’expérience / étant plus intéressé que vous, vous expliquera la marche a suivre. C’est la beauté de la communauté !
En comparaison, Windows, c’est une bibliothèque, mais dont les portes (et les…fenêtres…) sont fermées à clé, où personne ne sait vraiment ce qui se passe dans les tréfonds, et où vous galérez au premier pépin un peu sensible.

La pensée de l’informe

Encore un titre bobo…

Intro
1.La forme surgit de l’informe
2.Tic-tac
3. »La déconstruction est l’attitude intellectuelle la plus fertile qui soit. »

Intro

Ça fait un moment que je cogite ça. Avec ma manie de déconstruire tout ce que je touche, de casser des mythes avec des grilles d’interprétation, de casser des grilles d’interprétation avec l’indicible du réel, je sens qu’une conception me vient de plus en plus à cœur : la pensée de l’informe.
Le nom fait trèsbobo-bouddhiste (dont je ne veux pas dans mon article), mais mettez-le dans la bouche de Schopy, il prendra tout de suite une teinte plus philosophique.

Rappelons mes derniers « exploits » :

  • Devenu végétarien, rapidement attiré par l’antispécisme, je commence à songer que l’espèce est, au-delà d’un concept scientifique formalisé (critère de la reproduction), la validation arbitraire par la biologie d’une croyance populaire, c’est-à-dire que l’individu, ses droits, son statut, sa conscience, son caractère, sont subordonnés à l’espèce (sauf chez l’humain) ;
  • J’envoie chier l’idée de Dieu, et je décrète que Dieu, en fait, c’est un autre nom pour l’Univers et le Grand Tout (vite fait) ;
  • Je me demande si la distinction de deux sexes, et la distinction entre sexe et genre, sont pertinentes ;
  • Je hurle que l’Amour n’existe pas.
  • Et quantités d’embryons de pensée dans d’autres domaines, non formulés mais qui vont dans le même sens (en particulier, ma conception de l’épistémologie).

Le dénominateur commun ? La perception du monde via le langage. C’est un vieux troll dans les milieux littéraires, et pour les sciences humaines, mais voilà : ce qui est nommé est défini, ce qui est défini est représenté, ce qui est représenté est imaginé. Et vas penser un truc sans nom ! Le langage construit la notion et oppose les obstacles de ses catégorisations à la pensée.

1. La forme surgit de l’informe

Comment percevons-nous le monde, spontanément ? En l’interprétant. Illustration.

Screen de Minecraft

- Que vois-tu ? - Un champ, une colline, un bras de mer et des colonnes de temple. - Non, tu ne vois pas ça. Tu vois des cubes...et encore !

Ce que moi je verrais (ou voudrais voir) ? Pour moi, qu’est-ce que le monde ? Encore, non, le monde,ça sous-entend ce qui est extérieur à nous, le « réel » par opposition à l' »esprit » et à l' »imaginaire » : disons, pour moi, qu’est-ce que ÇA ? Qu’est-CE ?
Hé bien, disons que dans ça, je regroupe l’ensemble des perceptions, internes, externes, fictives, réelles, sensorielles, spirituelles…et non seulement les perceptions, mais aussi les actions. Bref, tout ce qu’on se charge de nommer, classer, catégoriser. Prenez tout ça, tout, et mélangez-le, malaxez-le, enlevez les barrières, et vous avez la chose.
Du coup, on se sent pas beaucoup plus clair que dans le cerveau d’un bébé de trois jours. Concevez : dans ce qu’on voit, on ne délimite pas l’espace, ni haut ni bas, ni diversité des matières, ni objets – le canapé se confond avec le tapis, tout cela ne forme qu’une seule essence ; et si ce n’était que ce qu’on voit ! Il n’y a plus de différence entre :

  • la perception du stylo posé sur le canapé par le sujet,
  • la pensée qu’il formule en lui « Tiens, je dessinerais bien une BD »
  • et la bouchée de spaghettis qu’il sent dans sa bouche.

Tout cela participe d’un même informe, confus, mêlé, indéfini, qu’on pourrait redécouper en regroupant la bouchée de spaghettis et la réflexion intime sur la BD d’une part, et la perception du stylo sur le canapé avec le mouvement de la mâchoire qui malaxe les spaghettis (ne me demandez pas comment on ferait, je n’ai pas vocation à inventer une langue non plus). Plus qu’indicible, la chose est inconcevable, impensable.

Redécouper, regrouper la chose, justement. Pour construire une pensée, une communication, et même, une perception utile, permettant la survie, peut-être l’animal a-t-il évolué pour isoler les objets qu’il voit et les identifier : un requin est un signal différent du reste de la mer, l’algue est ce qui se mange et ce qu’il y a autour est ce qui ne se mange pas.

Songez donc ! considérer un tout indivisible, c’est abolir l’évidence de la distinction entre l’essence du Sujet (celui qui regarde, qui dit Je, qui pense) et l’Objet. Pas considérer simplement que l’objet est dans le sujet, qu’il est construit par le sujet, ou que le sujet est influencé par l’objet (comme en sociologie, dire que le sociologue est lui-même inclus dans la société qu’il analyse et ne peut jamais être neutre)…c’est rappeler que nommer Sujet et Objet, c’est inventer deux concepts, les créer de toute pièce, et les caler sur un tout indicible pour le faire rentrer dans des cases qui tiennent plus ou moins bien.
En fait, le mot « ça », « ce » que j’ai utilisé au début de cette sous-partie ne me plaît toujours pas, parce que ce mot est un déictique, correspondant au geste de monstration : il implique un sujet qui montre un objet défini extérieur, souvent réel. Cette idée d’essence définie, extérieure, actuelle, se retrouve dans des notions comme « la chose », « l’univers », « l’être » ; quant à « Dieu », le mot est si pollué que je n’y penserai même pas.

2. Tic-tac

Deux horloges

Tic Tac, condition nécessaire pour le cerveau humain

Franck Kermode The sense of an Ending, studies in the Theory of Fiction
Prenons un exemple très simple : le bruit d’une horloge. Si nous nous demandons ce qu’il « dit », nous sommes d’accord pour dire qu’il dit tic-tac. À travers cette fiction, nous l’humanisons, nous le faisons parler notre langage. Évidemment, c’est nous qui introduisons la différence fictive entre les deux sons : tic est notre mot pour un commencement physique, tac notre mot pour une fin. Nous disons qu’ils diffèrent. Ce qui permet de les distinguer, c’est la particularité de la phase intermédiaire. Nous ne percevons une durée que quand elle est organisée. On peut montrer expérimentalement que des sujets qui écoutent des structures rythmiques comme tic-tac, répétées à l’identique, « peuvent reproduire avec précision les intervalles à l’intérieur d’une structure, mais ne peuvent pas précisément saisir les intervalles entre des groupes rythmiques », c’est-à-dire entre tac et tic, même si ceux-ci sont constants. Le premier intervalle est organisé et limité, le second ne l’est pas. Selon Paul Fraisse, le trou entre tac et tic a un rôle analogue au « fond » dans la perception de l’espace.

La suite concerne des histoires de ressorts le long d’un récit, d’annonces du tac final. De fait, j’ai découvert ce texte dans le cadre de mes études, un cours de problématique littéraire. Moins intéressant à mes yeux.
Non, ce qui me parle vraiment dans ce texte, c’est la considération métaphysique d’où part cette réflexion. Par une image dans le domaine temporel, il nous montre comment notre cerveau humanise, transforme la chose, en l’organisant, afin de pouvoir la saisir, la percevoir.

Il n’existe d’abord que l’informe. Même pas une ligne, un écoulement, une durée, rien : le Temps. Inconcevable.
Le cerveau va sectionner une partie de cette chose. Délimiter. Avec tout l’arbitraire d’une horloge. Il va l’isoler du reste, et dire : ceci est un objet. Ceci, je comprends. Je le garde, je le mémorise, et je le reconnais. Je le nomme « tic-tac », je le nomme « seconde ». Je connais son rythme, je connais sa durée – la limite tic, et la limite tac.
Or, dans la « réalité », cette seconde n’est pas différente du reste de l’objet temps. Elle partage la même essence. Pourtant, elle est perçue différemment. Ou plutôt, nous la construisons différemment.
Voilà ce que me fait sentir ce texte.

Bien sûr, dans ma réflexion, distinguer le temps comme lieu de la réflexion, c’est déjà reconnaître les limites et l’organisation de l’objet temps, par opposition à l’objet espace. C’est déjà l’humaniser, lui fournir un tic-tac pour l’organiser. En faire une sous-catégorie du monde, reconnaître le monde, le différencier de soi.
Ces limites, il peut être marrant de les abolir. Pas nécessairement instructif ni même possible. Mais marrant.

3. « La déconstruction est l’attitude intellectuelle la plus fertile qui soit. »

Je crois avoir dit ça une fois, dans un commentaire chez IV. Je reconnais tout le caractère enflammé et chauvin de cette phrase grandiloquente, et à vrai dire je ne crois pas qu’elle soit toujours vraie. La déconstruction a ses limites – notamment, une fois qu’on a bien déconstruit le monde (organisé en espace, temps, sujet, objets) en un informe gluant, le fait qu’on se retrouve incapable de reconstruire autrement qu’en distinguant le temps, le monde, le moi (probablement parce qu’on les a distingués toute notre vie, et qu’on ne saurait plus penser comme un nourrisson). Cette limite en fait un jeu. Mais un jeu utile.

La pensée de l’informe, c’est, je pense, un état d’ouverture d’esprit. Je veux dire par là : de véritable ouverture d’esprit.
Être ouvert d’esprit, ce n’est pas ne pas avoir de préjugés, d’impressions négatives sur les homosexuels, de sentiment inquiet devant l’idée qu’on n’envoie pas ses enfants à l’école, d’idées arrêtées sur la divination, etc. Ça, tout le monde y est sujet a priori. Et même les homosexuels et les gens qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ont eu à une époque des préjugés dont ils ont eu à se défaire pour se lancer dans la vie.
Hé, même les plus extrémistes des végans. 😉
Il n’y a pas des gens « ouverts d’esprit » ; on n’est pas élevé « ouvert d’esprit ». Ceux qui sont nés dans les idées des gens (véritablement) « ouverts d’esprit » sont à peu près complètement fermés au racisme, et ils n’arrivent pas à le comprendre, à le sentir comme le sent un raciste. Ils n’osent même pas essayer de se mettre à la place du raciste, ce serait quitter leurs plus profondes croyances, remettre en question leurs sacro-saints principes, régresser. Ils sont fermés d’esprit. Tant mieux, ça fera quelques racistes de moins.
Non, à mon avis, être ouvert d’esprit, c’est quelque chose de « ponctuel », qui arrive à peu près à tout le monde, à certains moments, à des degrés variés (tôt le matin ou tard le soir, ça peut aider. L’alcool, quelquefois et selon les gens et les domaines). Je demeure convaincu que tout le monde est doté de la capacité de remettre en question ce qu’il pense (ou « croit », accepte comme une évidence, comme c’est souvent le cas). Oui, même après avoir parlé à ce vieux royaliste qui pensait tout haut (et je peux vous dire que des fois, on aimerait mieux ne pas savoir ce qui se passe dans l’esprit des gens quand on essaye de leur parler, mazette !)

En quoi l’ouverture d’esprit passe par la pensée de l’informe, me direz-vous ? Je crois que c’est une question d’humilité. L’idée qu’il y a l’insaisissable, et nos paroles. Que nos paroles sont héritées de notre société, de notre esprit d’humain, et qu’elle l’ont façonné. Que même si nous nous libérons d’un carcan, nous rentrerons dans un autre. Que nous aurons choisi librement (nous ne sommes pas tout à fait des machines), voire même contribué à construire, mais que nous ne pourrons jamais détruire tout à fait – qui repose sur des considérations figées. Je pense que la pensée de l’informe, cette idée vague, sous-tend tout acte de déconstruction, toute ouverture d’esprit, tout changement majeur dans la vie intellectuelle d’un individu.

Que toute Vérité vous soit provisoire.
L’individu est un palimpseste d’expériences. N’attendons pas, enrichissons-nous ! 😉

Un jour, mon prince viendra…

(J’ai peu posté en mars, faut que je me rattrape ! ^^)

Intro
1.Amour hétérosexuel, amour sexiste
2.La pupuce à l’oreille
3.Penser sans amour

Intro

Je crois avoir déjà traumatisé tous mes amis avec ça, mais…il fallait bien que j’essaye un jour de disserter proprement là-dessus.
L’Amour, ça n’existe pas !
Ouf, ça fait du bien de le crier un bon coup. Voyons voir les commentaires.

Commentaire N°1
Frustré de la vie

Commentaire N°2
G un chagrin d’amour sur le

Commentaire N°3
Si d’ailleurs moi je t’aime

Commentaire N°4
Sociopathe

Commentaire N°5
Sans amour, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

Commentaire N°6
Pauvre de toi, tu dois avoir une vie trop triste et pas épanouie sexuellement tu sais c’est pas très facile sans amour…

Commentaire N°7
Les chercheurs ont mis en évidence des facteurs biologiques d’attirance mutuelle. Renseigne-toi, l’homme est fait pour vivre à 2.

Commentaire N°8
Je conçois bien qu’on puisse ne pas apprécier le côté nunuche de l’amour. Mais la réalité, ce n’est pas à ça que ça ressemble. Sur le long terme, il s’agit de partager sa vie avec quelqu’un, de lui parler vraiment, d’être sûr qu’il va vous comprendre et que vous le comprenez, mais en sachant se ménager un jardin secret. Bref, de l’équilibre quoi. Moi, avec mon chéri, ça fait trois ans qu’on se parle et qu’on partge et (…)

Vous remarquerez que d’un coup, les gens qui laissent des commentaires sur mon site sont de plus en plus nombreux ^^
La première chose qui me pousse à affirmer que l’amour n’existe pas, c’est ce matraquage que la société impose aux individus, pour leur affirmer encore et encore l’idée d’amour. Ça va des pubs hypersexualisées au cadre familial canon (idéal de socialisation et de vie adulte), en passant par les fêtes cruches, les débats sur le mariage homosexuel, et même, la caution, par le discours scientifique, du dimorphisme de l’espèce humaine (ça fait un peu Ying et Yang : s’il y a deux, c’est pour faire un, n’est-ce pas ?)
L’amour, et en particulier, l’amour hétérosexuel (dont l’amour homosexuel n’est qu’un calque qui, Dieu merci, va dans le sens de la modernité) est un construit socio-historique au nœud de notre univers social, et dont seules les siences sociales (oui, je fais assez peu confiance à la psychologie en matière de théorie :P) peuvent chercher à expliquer les facteurs et l’histoire. Je lui nie purement et simplement son statut d’émotion, et, au XXIème siècle, j’en exclus tout ce qui relève uniquement du sexe, de l’attirance biologique et physique.

1.Amour hétérosexuel, amour sexiste

Anna Karénine VS Kitty Lévine

Je ne me qualifie pas comme un historien de l’amour ; mais ce qu’on finit par retenir, à force de lire des saloperies du genre de la Princesse de Clèves (franchement, je vois pas pourquoi on a reproché à Sarkozy de qualifier ce livre de « chiant » : encore, je le trouvais gentil !), Manon Lescaut ou Phèdre de Racine (plusieurs fois ^^), c’est que l’Amour, au départ, c’était le fauteur de troubles, la passion qui vient foutre le bordel, brise les mariages, fait tomber des têtes royales (voir Les Rois maudits). Le mythe du cavalier noir qui vient enlever la jeune fille à sa famille. Le déshonneur, la folie, la grosse merde quoi.

La vision du mariage traditionnel, comme fruit et garant de l’amour durable, historiquement plus proche de nous, si elle est déjà présente dans les comédies de Molière, ne s’est véritablement affirmée comme norme qu’au XIXème siècle. Dans Tolstoï, Kitty réussit un mariage d’amour là où Anna échoue son mariage convenu. L’amour continue d’être une force, qui emporte tout, mais il devient le centre, les cœur du mariage, du noyau conjugal.

Blanche-Neige et les sept nains

Ayant récemment revu le premier Classique de Disney (dont, à 2-3 ans, j’étais un fan inconditionnel…je connaissais par cœur toutes les répliques de Cochné, comme, allez savoir pourquoi, je l’avais surnommée), j’avais envie de faire un article pour râler, montrer à quel point c’était sexiste, demander comment mes parents avaient pu me laisser regarder ça – ce que je vais un peu faire ici -, mais comme le féminisme n’est pas tout à fait ma tasse de thé et que je suppose que ça a déjà été fait, je vais intégrer ce coup de gueule dans mon article sur l’Amouuur.

Ce qui frappe un adulte qui revoir Blanche-Neige, c’est à quel point l’œuvre est anti-moderne. L’esprit des années 30 ne pardonne pas : Blanche-Neige se félicite de faire la cuisine, le ménage, l’éducation des nombreux petits nains qu’elle envoie au bain, et bien entendu, une fois sa formation de femme au foyer accomplie, de se faire tirer de sa demi-vie de Mademoiselle, par un prince nécrophile à la gueule de benêt. Mais les tâches ménagères, mieux que de s’en féliciter, elle en fait un plaisir, un besoin.
Première chose qu’elle fait, après être entrée dans la maison des Sept Nains : constater que c’est sale, s’appitoyer sur le balai qui prend la poussière, puis, révoltée, s’en saisir (non sans gronder comme des gamins les animaux qui nettoient de façon dégueulasse), et chantonner en passant la serpillère. Même, d’ailleurs, la première fois qu’on la voit, c’est toute heureuse d’astiquer les marches du jardin, chantant doucement comme Cendrillon.

Blanche-Neige gronde les nanimaux qui lèchent les assiettes

Armée de son super balai, Blanche-Neige explique aux animaux de la forêt qu'il ne faut pas lécher les assiettes. Puis elle retourne balayer en chantonnant.

Les nains, de leur côté, sont des figures assez étonnantes. À l’exception de Simplet, dont l’âge semble conforme à la taille, ils ont tous l’air d’avoir 60 ans (70 pour pépé Prof et papy Grincheux) : à la fois enfants et vieillards, ils ont parfois été analysés comme des hommes déficients (des semi-hommes, quoi). Crados, courtois, fêtards, leur principale caractéristique n’en reste pas moins d’être des hommes.
Avant l’arrivée de Blanche-Neige (après laquelle, ne pouvant être amants [« déficients, on vous dit, c’est comme ça qu’on voyait les nains avant Velasquez ! »], ils deviennent enfants-bouffons), nos 7 nains solitaires travaillent à la mine, récoltant des montagnes de richesses, examinant les diamants avec science, maniant virilement la pioche, poussant de lourdes charges et marchant au pas, au rythme de chansons rythmées, grégaires, criées en chœur (tandis que Blanche-Neige ornementait ses arpèges de chants d’oiseaux). À la menace d’un ennemi, si Blanche-Neige fuit, les nains frappent, prenant leur courage à deux mains, s’encourageant mutuellement (oui, tout déficients qu’ils sont, ils n’en finissent pas moins par se résoudre à affronter « le monstre »). Protecteurs, artisans, ils oscillent entre fierté et courtoisie, mais évitent soigneusement d’aborder le moindre signe de virilité : ce sont des sous-hommes, des prolétaires, la Princesse n’est pas pour eux.

Le Prince, enfin. On a beaucoup parlé de la figure du Prince dans Blanche-Neige, à l’époque : petite apparition au début, conclusion de l’histoire, le Prince n’est au fond qu’un symbole. Pour la figure de l’Homme, il a un bien petit rôle dans cette histoire. Et puis, comment l’Amour saurait-il être sincère avec moins de 10 minutes à l’écran ?
La chose était sentie comme un défaut. Artistiquement, c’est vrai, mais le fait qu’on le sente et qu’on le dise est très intéressant. L’Amour n’est pas une récompense : il se forge dans les épreuves partagées. Contrainte artistique mal respectée, tant mieux d’ailleurs, j’ai peur de ce qu’ils auraient fait comme scène cruche…

Bon, donc, pour revenir à mon propos, que dire sur Blanche-Neige ? Parcours initiatique d’une demoiselle qui s’apprête à devenir femme, Blanche-Neige présente les deux genres dans leurs rôles sociaux bien cloisonnés, jusqu’à ce que la situation atteigne son paroxysme : la pauvre héroïne devient la passivité incarnée, exposée dans une vitrine en tant que Beauté qui ne s’admet pas comme telle. Blanche-Neige est alors mûre pour être cueillie, et les nains cèdent la place au séducteur, au Prince. Plus de jeux de recul effrayé, de « peut-être » : ayant gardé intacts ses boucles noires, sa peau blanche et ses lèvres rouges (comment ça, « obsédé » ?) tandis que son Prince courait probablement la guidoune, la princesse suit son prince, monte pudiquement sur le destrier, symbole traditionnel, chez le chevalier, du désir et du corporel, et ils vont s’installer en banlieue dans un château 5 étoiles.
Le Couple sexiste, L’Amour en récompense, Lômme et Lafâme, parce que, comme le dit la formule consacrée, on ne peut vivre heureux qu’à deux, et en ayant beaucoup d’enfants.

Par bonheur, si le sexisme insidieux demeure encore assez prégnant dans la réalité du couple (n’allez pas me dire que ce n’est pas le cas, sinon Disney aurait honteusement désavoué Blanche-Neige comme si c’était une œuvre pro-Nazis, et je ne l’aurais jamais vu étant petit), il a disparu de la notion d’Amour (ou en tout cas, c’est bien épuré). Je crois que la libération des discours et des mœurs des années 70 ont aidé à distinguer Amour, sexe et mariage.
C’est bien.
En revanche, la notion d’Amour existe toujours, pure, avec des petits oiseaux et des cœurs roses.
C’est mal.

2.La pupuce à l’oreille

L’Amour, on en parle partout. Tout le temps. Sur tout. Trop. Érotique, Platonique, impossible. Centre des chansons commerciales, des clips, des films à grand public, cœur du pathétique au théâtre et dans les romans à l’eau de boudin. « L’Amour triomphera » nous enseignait la Belle au Bois Dormant.

Cupidon

Pour commencer, l'amour c'est NUNUCHE !
Bon, le site des gens qui ont fait ça l'est un peu moins, mais...

L’Amour, c’est le Bien. Amour salvateur, amour christique (le Chevalier de la Charette), l’Amour défie le Mal (Beren et Lucien, par Tolkien), défie la Guerre (Pocahontas), défie les conventions et l’étroitesse d’esprit (Edouard Mains d’Argent), défie tout ce qui peut se défier. L’Amour est excitation et aventure (Madame Bovary), l’Amour est force, l’Amour est plaisir, l’Amour est danger. Et l’Amour est repos, pleinitude, accomplissement de soi, épanouissement.

Pocahontas sauve John Smith

Chaque année, dans le monde, l'Amour entraîne la mort accidentelle de 500 jeunes filles, qui se jettent sous la massue de leur père pour tenter de sauver leur amant.

L’Amour, c’est la Vérité. C’est la Vie.
Il s’impose à nous au moment où on l’attend le moins.

L’Amour, ça ne s’explique pas. Mais ça s’explique. Psychologie, Freud, psychologie de magazine, cartographie, crisallisation et désillusion, biologie moléculaire, cerveau, hormones, magnétisme (^^), goût de la salive, karmas divers et variés, goûts communs…les sciences les plus dures s’évertuent à affirmer qu’elles percent des secrets de l’Amour, comme si elles avançaient sur une terre interdite, dérangeante…
Hé bien scoop ! l’Amour n’a qu’un seul secret : c’est de ne pas exister ! Et toc !

En un mot, l’Amour est né-ces-sai-re. Transgression ultime, l’Amour se construit contre ; création d’individus, l’Amour se construit pour ; socle de la société, l’Amour se contruit dans. L’Amour est l’objectif, le rachat, la RAISON de tout, Dieu et univers, passé avenir et carpe diem.
Bref, l’Amour, vous n’y échapperez pas.

« Quoi que je fââsseu,
Oooù que je sois,
Rien-hein ne t’effââceu,
Je pense à toi… »

Ça m’a mis la pupuce à l’oreille. Y’aurait pas comme un gros vieux MYTHE derrière tout ça ? Vous savez, un peu comme l’idée de Perfection, la Démocratie, le Progrès, le Bonheur…

3.Penser sans amour

« Ooooooohhhh, mais quelle vie triste ce serait ! »
-_-‘ Last thing I wanna hear…

On va encore me traiter de frustré de la vie, me dire que dans 5 ans j’aurai changé d’avis (ce n’est d’ailleurs pas impossible, encore que ça ne prouve rien), mais pour le moment, je suis célibataire endurci et je compte bien le rester !
Et si ça change, y’a fort à parier que ça remettra pas en question ma désapprobation de l’idéologie amoureuse, sur le plan intellectuel, de toute façon. Et puis, j’en suis probablement pas à une contradiction près.

On peut très bien vivre sans amour. Très tranquille. Comme on veut. Sans être obligé de se caser dans les images stéréotypées du gars qui sort avec ses potes, ou du type bizarre qui collectionne les jouets. Moi, pour ma part, je rêve entre autres de dormir dans un hamac, d’écouter des OST de films et de FF (oui, c’est assez merdique pour ne pouvoir être fait qu’en l’absence de tout être vivant), de vivre la nuit, de ne pas avoir de meubles, de laisser tout le temps des papiers épars sur le sol et d’avoir deux rates. Rester un « célibataire » sur le plan du ménage, aussi XD
Ben à deux, c’est la merde. Y’a pas à faire de compromis : ce genre de fantasmes, ça s’envisage même pas, et on les garde pour soi ! La moindre petite excentricité se mue en problème insoluble. Les loisirs se font bouffer. Tout, tout, tout ce que vous faites chez vous est surveillé. Je n’ai jamais été en couple, mais même si je suppose que c’est une expérience assez agréable (dans la mesure où c’est quand même une personne qu’on aime), le principe me fait dégueuler.
Bon, ça c’était pour la séquence liberté du célibataire. Mais ce que je veux dire, c’est que je ne sais pas s’il « manque » vraiment quelque chose au célibataire. S’il n’y a pas d’autres facteurs d’intégration sociale qu’il puisse trouver.

Aaaaah, un autre sujet qui m’énerve dès que j’ouvre un magazine féminin. La sexualité. Ce terme, qui semble tout droit sorti d’un manuel de biologie sur les comportements des vertébrés (oui, ça fait moins bandant, si on le pense comme ça), a été le socle sur lequel s’est construit la légende qu’il était :

  • nécessaire : Pas de vie sexuelle ? Vous ne serez jamais heureux. D’ailleurs, les bourgeois de la fin du XIXè étaient frustrés, c’est pour ça qu’on leur a coupé la tête qu’ils exploitaient les pauvres…
  • épanouissante : Quelle partie ? Celle qui consiste à se frotter les gonades ? À se regarder dans les yeux en papillotant ? À se demander si on assure ? Ou à ne pas avoir d’orgasme ? Activité névrotique, oui !
  • amour : si vous aimez pas la personne avec laquelle vous baisez, vous êtes une pute. Non, faut bien différencier sexe et sexualité. Le sexe, c’est purement corporel. La sexualité, en théorie, c’est les pratiques sexuelles, en pratique, c’est l’intimité de la copulation Amoûûreuse. Quand on parle sexualité et épanouissement, c’est un échange qui unit bien plus que deux corps, c’est la fusion de deux esprits (voir Rencontre avec Joe Black…)
    Enfin, c’est sans penser aux idées parasites qui viennent nous déranger tout du long pendant l’acte…

Cette « sexualité de couple », de la fidélité, du bonheur dans les bras l’un de l’autre, c’est à mon avis la survivance moderne (et remise en question de façon assez marginale au sein du couple) du modèle de la famille chrétienne traditionnelle.
Mais ce que je reproche le plus au « devoir conjugal », c’est son aspect contraignant. Clair, d’ailleurs, qu’on n’est pas un vrai couple, une vraie union, si on baise pas ensemble. On ne peut pas être amoureux et vivre ensemble, sans partager ses désirs, bien sûr. Ça ne se conçoit pas.
Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus que les discours construisent la notion d’amour comme un Mythe, relisez bien ces deux dernières phrases, et gravez ces mots dans votre tête : « Ça ne se conçoit pas. »

(Dernière chose : les enfants. Considérations en mode utopique 😛 Comment penser les enfants dans un monde sans l’Amoûûr, et donc, sans couple ? Ma foi, pour éviter le sexisme, on peut rapeller que peu importe qui passe 9 mois à fabriquer le moutard (activité dont la nécessité ne me convainc pas plus que ça de nos jours), les deux parents doivent arrêter de travailler, les deux parents doivent s’occuper de lui et le prendre en charge financièrement.
En ce qui me concerne, dans un monde sans couples, je crois que les réseaux sociaux suffiraient à mettre en relation les gens de chaque sexe (encore que…) qui voudraient avoir un enfant, lesquels pourraient alors faire connaissance, voir s’ils s’entendent sur les questions d’éducation, se considèrent l’un et l’autre assez stables pour êtres liés durablement par un lien juridique qu’est la parenté, et paf ! ça fait des chocapic !)

Et puis merde, y’a quantité de choses à faire sans s’enticher de la première paire d’yeux venus ! Lire, bavarder, intellect, art, amitié, engagement, transformer son boulot en plaisir, se faire un jeu vidéo, sortir…
L’elfe demandait un jour si le Bonheur était dans l’assiette. Après avoir promis qu’elle chercherait à définir le Bonheur, elle a oublié l’affaire. Moi, je demanderai pour aujourd’hui : le Bonheur est-il vraiment dans le lit ?
En fait, la réponse à cette question, c’est oui…mais seulement parce que le seul bonheur qu’un être puisse espérer, c’est de ne plus être ! 😛

EDIT du 4/5/2012 : Je ne suis pas tout seul ! 😀 Une amie m’a envoyé un lien vers une interview anti-amur. Apparemment, y’a toute une culture célibataire out there. Un jour, je penserai à sortir de chez moi ^^

Transgendrisme : de l’autre côté du miroir

Ces derniers temps, j’ai pas mal surfé de Vlog en Vlog de trans. Cherché çà et là. Bref, je me suis renseigné. J’aimerais vous faire partager mes premières impressions.

En fait, c’est en découvrant la chaîne de candiFLA que tout a commencé…Ben, d’ailleurs, c’est un joli petit hasard que ça, dont je vais essayer de remonter la chaîne le plus loin possible, juste pour l’amusement ^^

1.Le hasard
2.Les Vlogs
3.La dysphorie ?
  a.Masculin/Féminin ?
  b.Suis-je un Pénis ou un vagin ?
  c.Des malades mentaux ?
4.La domination
5.Bonus : réflexions stupides

MTF

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Le hasard

  • À 7 ans, j’ai vu mon cousin N. jouer sur la Playstation 1, à un jeu appelé Final Fantasy 8. J’ai adoré ce que j’en voyais.
  • À 9 ans, j’ai ma propre PS, et FF8.
  • À 15 ans, après FF VIII, IX, X, X-2 (pas longtemps) et XII, je joue au fameux FF VII.
  • Fin 2011, en cherchant des adaptations de FF VII One Winged Angel, je découvre ViolinTay.
  • Dans l’onglet « related videos », je vois une figure revenir souvent. Curieux, un jour de janvier, je clique. Je découvre MissHannahMinx. Je m’amuse à lire les commentaires, chef-d’œuvre exquis d’invention et de machisme bien hypocrite.
  • En voyant une vidéo débilesur YouTube, j’ai, fin février, l’idée d’écrire un article « Lost in YouTube », que je ne publierai pas parce que j’aime pas Google et le web inconscient.
  • Pour retrouver la chaîne de MissHannahMinx, je cherche « boobs » dans la barre YouTube (XD)
  • J’arrive sur la chaîne de candiFLA.

Pour résumer, si mon cousin n’avait pas joué à FFVIII, j’aurais pas passé une semaine à lire sur les transsexuels.
Mais le sujet de ces article est autrement sérieux que cette histoire de hasard.

Dans mon brouillon d’article sur YouTube, j’avais écrit ça :
« La preuve ultime que les transexuels sont d’odieuses et haïssables tarlouses qu’on devrait éliminer : en voilà deux qui jouent en riant avec des morceaux d’animaux découpés, en détaillant avec un sadisme de boucher le contenu de l’étiquette. D’ailleurs, il y a plus de 100% de produits chimiques, et ils ne s’indignent même pas. »

Les Vlogs

Une chose que j’ai trouvée impressionnante, lors de mon voyage dans cet univers (toujours sur le net, comment voyager autrement ?), c’est la prolifération de Vidéo-Blogs dans le monde des transgendres. Comment expliquer cela ? surtout quand on sait que, pour les trans, les plus gros problèmes (emploi, sexualité, relations avec les parents, les amis, dépressions,…) découlent du fait non pas qu’ils se soient lancés dans une transition, mais qu’on le sache. N’est-ce pas le paradis pour eux que de pouvoir vivre dans leur sexe d’arrivée, sans avoir à rendre compte de leur parcours ? Qu’arriverait-il si quelqu’un de leur connaissance, par quelque hasard extraordinaire (et pourtant répandu à en juger la proportion plus ou moins élevée de commentaires du style « OMG you used to be a girl ??? O_O » ou « 2/20th i discovered i was gay »), venait à les voir tels qu’ils étaient deux ans auparavant, seuls devant une cam, pleurant sur leurs parents qui n’approuvent pas, une perruque de mauvaise qualité sur la tête, les bras musclés et la voix vacillante ?

Moi, je chercherais à expliquer cette tendance Vlog par…une sorte d’amour de l’exhibition, ou plutôt, non, de fierté de soi-même, de son corps, de son évolution, de son parcours. Une fierté de ce qu’on est, de ce qu’on est devenu, et de ce qu’on a enduré. Peut-être parce que sur Internet, les gens sont dans de meilleures dispositions : ce sont des étrangers à la personne, qui ont cliqué sur un lien où figuraient les initiales TS, FTM, et qui ont eu le temps de réfléchir . Au lieu que les gens dans la rue ou les collègues ou vieux amis, voyant venir une femme, lui trouvent soudain une voix d’homme, et ne peuvent masquer leur regard, leur surprise, leur confusion sur le moment. Je ne dis pas que les commentaires d’Internet ne sont pas parfois orduriers : mais ceux-là sont plutôt rares, et ceux qui se lancent dans ces considérations se font éventuellement taper dessus par d’autres commentaires ; les réactions des auteurs de Vlogs sont souvent enjouées, on les sent réconfortés par la « gentillesse » que montrent les gens envers eux.
Car oui, une transition, même s’ils n’en parlent que sporadiquement, c’est un moment difficile, et Internet peut se révéler d’un merveilleux réconfort.
En tout cas, ce nombre incroyable d’histoires, de profils, de paroles n’arrêtent pas de m’émouvoir.

Quelques Vlogs YouTube : candiFLA, Jesslyngirl87, MamzelAmanda (fr)…mais j’ai à peine commencé à explorer.

La dysphorie – Masculin/Féminin ?

Une des remarques que nombre de trans ressortent souvent, c’est « towards being you », « the real you », « who you really are »…mais je dois avouer que personnellement, je ne sais pas trop quoi penser face à cela ces derniers temps.
Suite à mon article plutôt raté tournant autour du féminisme, j’ai eu quelques discussions (au lance-flamme), avec notamment une de mes amies, et avec La Mouette (par mail). Dans mon article, notamment, j’avais fait l’erreur de confondre le genre, et l’identité de genre, qui concerne plutôt le ressenti individuel, la façon dont on se définit « comme femme », « comme homme » ; on m’a fait, entre autres, la remarque qu’il était difficile de dissocier un « Moi » qui ne soit pas femme, un « Moi » qui ne soit pas homme, du « Moi ». Les mots exacts étaient :

Une réflexion collective a abouti à l’idée qu’il était difficile, lorsque genre et sexe sont en accord (ton cas et le mien, et celui des autres participantes), de discerner à quel point [c’est inécrivable à part à la 1ère personne] nous pouvions dire « je me sens une femme/un homme » et « je me sens être moi ». J’imagine que lorsqu’un décalage existe, il est perçu…

J’ai trouvé ça diablement intéressant. En tant que littérateur, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’en français, « Je » était d’ailleurs marqué en genre (attribut, participe passé s’accordent à un Je féminin), tout comme la plupart des prénoms. En fait, la langue, et par là, la pensée, sépare le monde en deux clans, dans notre façon de le percevoir et de construire, plus que notre personnalité, notre regard. « Je » est une femme, « Je » est un homme, pour ainsi dire, intrinsèquement. Pour dire mon idée brièvement et dans un jargon pseudo-scientifique : la dichotomie de genre est une préconception qui précède l’individu.
Alors, on pourra me répondre qu’en anglais, mon brillant système s’effondre ; mais là aussi, « He », « She » marquent le genre, ou le vocabulaire, ou le nom, les suffixes, la façon de se désigner soi-même une fois ses premiers mots prononcés comme « petite sœur », et en-dehors du langage cent rites qui font que le corps n’est nu qu’en compagnie de la mère ou qu’en compagnie du père, le partage du bain et du temps, la structuration de l’espace…je crois qu’il y a dans tous les pays de quoi créer non seulement l’esprit, mais aussi le corps, comme esprit ou corps féminin ou masculin.

La dysphorie – Suis-je un Pénis ou un vagin ?

Cette observation me mène à penser ceci : que le genre, mais aussi le sexe, ne sont, rigoureusement, qu’une seule et même chose : un carcan dans lequel un être assexué a été élevé. Approche déterministe, sans doute, mais aux implications impressionnantes. Là où on avait une humanité séparés entre hommes et femmes à la naissance (sauf rares exceptions), nous découvrons une colonie uniforme de fourmis. Là où on voyait un homme né dans un corps de femme, on trouve un être humain désireux de se construire lui-même, en se choisissant un nouveau corps, et un nouveau genre. (Et que dire de l’homosexualité ?) Il n’y a qu’un seul genre, il n’y a qu’un seul sexe, et il est neutre.

Cette idée va à l’encontre de deux postulats axiomatiques de la réflexion sur le transgendrisme, et même, sur la distinction homme/femme :

  • Le sexe d’un individu est une donnée biologique.
  • Sexe et genre sont deux choses différentes.

1° Non, le sexe d’une personne n’est pas une simple donnée biologique. Vous avez remarqué, d’ailleurs, pour ce qui est du genre ou du sexe, on a tendance à ramener tout aux parties dites sexuelles, et, en particulier, chez l’homme, au symbole de l’homme. Ce qui définit le sexe biologique, ce sont les seules gonades. La définition a dû d’ailleurs être dédoublée après les découvertes les plus basiques de la génétique, et la révélation au monde qu’il existe des femmes XY, avec l’invention d’un « sexe chromosomique ». Pourtant, les marqueurs du sexe sur le seul corps sont nombreux : sourcils, ossature, pilosité (faible chez l’espèce humaine), taille, répartition des graisses, pomme d’Adam, hauteur de la voix (renforcé socialement)…mais bon, « on » a décrété de ces caractères-là, qui sont pourtant les premiers qu’on remarque en Société, qu’ils étaient « secondaires« , sous prétexte qu’ils ne touchaient pas à la reproduction sexuée. Ainsi, d’après l’association belge Genre Pluriels, le sexe est une invention médicale, tandis que la réalité indique plutôt un continuum tant morphologique que psychologique.
2° Je vois aussi, dans le genre, la continuité d’une lecture du corps. Si la courbe est féminine, la rigueur mâle, les hauteurs sont à la femme (renforçant une tendance naturelle de la voix), la gravité et la force musculaire/physique à l’homme (dans nos sociétés, cette définition des grenres n’est pas universelle). Dans les attitudes, la démarche balancée/droite, dans les mutilations qui imposent à l’homme de se raser les cheveux au lieu de les voir tomber dans la Rome Antique, et à la femme de lutter contre la pilosité corporelle ou de se rétrécir, à certaines époques, la hanche ou les pieds ; dans les vêtements (décolletés notamment), beaucoup de choses font directement signe aux différences morphologiques. Alors, certes, le corps n’explique pas tout (on a notamment vu des sociétés où la femme, dominante, devait être aggressive, d’après les observations de Margaret Mead je crois), mais il est souvent difficile de nier que le genre « colle à la peau ».

Notez que tous ne s’accordent pas sur cette opinion ; les trans sont justement, comme je le signalais, les premiers à reprendre cette conception. Voici ici la voix d’une trans qui répond intelligemment à mes idées, dans la deuxième partie d’un article où elle râle contre ces trans militants qui affirment que genre et sexe n’existent pas, et accusent l’État de l’état (pfiouuu…) de la société.

Pour vous forcer à cliquer sur le lien ci-dessus, je dirai que je ne suis pas d’accord avec Nickie dans les conclusions qu’elle tire parce que :

  • D’abord, j’étais convaincu par les militants de GP avant de lire ce que Nickie racontait, je voyais donc l’affaire d’un œil partial 😛
  • Le sous-entendu derrière le terme scientifque « dimorphisme sexuel de l’espèce humaine » (souligné par un lien ves Wikipédia, Encyclopédie du Savoir Absolu et pas Relatif) est un argument d’autorité, qui ne remet pas en question la construction sociale des conceptions de cette autorité.
  • À propos d’autorité, je me permettrai de souligner que « elles adhèrent à la définition du transsexualisme donnée par les psychiatres » fait encore une fois, à mon avis, signe vers un fast-food de la réflexion.
  • Bien sûr que non, la société idéale de ces transgenres n’est pas une société où on appelle un sozie de Victor Hugo « Mademoiselle », ou plutôt « Madame », mais une société où tout le monde s’appelle « Monsieur »
  • On n’est pas transphobe si ça nous paraît bizarre. On est juste socialisés. Et puis souvenez-vous, « l’État » est le seul transphobe XD
  • Alors oui, vers la fin, effectivement, y’a d’la psychologie de comptoir. Parce que bon, dire que des gens qui voulaient changer le monde comme Robespierre, Staline, Hitler, ou les jeunes UMP ont un « complexe personnel », c’est un peu exagéré ! XD

Du reste, je suis d’accord pour ce qui concerne la distinction en deux camps de trans (encore que…), le danger du prosélitisme et de la dictature de champ, l’intérêt éventuel d’un soutien psychologique (même si je crois peu en la psychologie, le transgendrisme est un sujet tellement sensible et passionnel…)

La dysphorie – des malades mentaux ?

Le problème principal qui, à mes yeux, découle de cette bipartition de l’humanité en deux sexes-genres, c’est que toute révolte contre ce que la naissance nous a donné et forcé à adopter (dans la mesure où je ne crois pas en une distinction sexe/genre, je ne peux pas dresser de typologie de ces révoltes – seulement des interprétations) semble aller contre un ordre qui structure profondément notre société, mais également notre « nature ». C’est-à-dire que se révolter contre un élément de conceptions sociales, c’est difficile ; mais se révolter contre ce qui semble « naturel », contre ce qui touche à la nature du corps, c’est plus difficilement acceptable. Les végétariens en font l’expérience, mais sous une forme atténuée (étant donné qu’ils ne vont pas jusqu’à mutiler, de façon visible, leur corps).
Il en résulte que nombre sciences humaines et lois ont, pendant longtemps, défini les troubles de genre et autres dysphories comme une maladie – laquelle définition a, je pense, donné un cadre aux trans, mais un cadre morbide et rigide. Et ce n’est pas une simple affaire de psychiatrie, de statut social (et de remboursement par la sécu…) : il en est allé de la loi. Le diagnostic d’une dysphorie, les commités d’experts, autant de choses, de démarches, d’obstacles angoissants, de retards, avant les hormones ou les vaginoplasties…Je ne sais pas si c’est une mauvaise chose, d’empêcher un chacun de se lancer dans une aventure sans réelle motivation — mais moi, j’aime pas.

Une autre chose qui m’énerve énormément est cette recherche de fateurs explicatifs biologiques, dans les gênes, comme « nés comme ça », dans les hormones, le cerveau (4:45 de ce reportage crasse, cliché et émouvant à l’eau de boudin), les rapports aux parents, la petite enfance…
Attention, ça ne revient pas à dire que les trans ne souffrent pas, psychiquement, et dans les fondements de leur identité. Mais je crois que l’intégration du genre dans les bases mêmes de l’identité, de l’idée d’individu, sont des phénomènes purement culturels (et je dis bien : purement, car, par exemple, on n’érige pas au même niveau la couleur des cheveux, alors que, ma foi, cette donnée se remarque autant voire plus a priori que le sexe).

Remarque : Le problème qu’on rencontre, si on dit à un trans qu’on ne croit pas qu’il soit né (par exemple) homme dans un corps de femme, c’est (en supposant qu’il accepte l’idée) qu’on risque de le blesser. En effet, le shéma explicatif de son état se voit remis en question, son action semble perdre tout sens et toute nécessité sur le plan individuel, et la façon dont il a envisagé, construit, interprété sa transition se trouve remise en question par des débats d’académiciens.
Aussi, je comprends tout ce que ces idées peuvent avoir d’intellectuellement séduisant (rigueur, simplicité, paradoxe), mais sur le plan humain, je n’irais pas dire à un trans (à moins que la conversation soit vraiment de cette couleur-là) : « Tu t’interprètes comme une femme née dans un corps d’homme, mais comme tu le vis, on ne naît jamais femme, on le devient. »

La domination

Il y a quantité de choses à dire à propos du trans*isme et de la domination, et nombre de phénomènes sont révélateurs.
Je pourrais m’orienter vers la discrimination envers un troisième genre que domine un système binaire…d’autant que ça peut être plus ou moins houleux, que 2008 a lancé le débat…Mais je vais pas le faire.
Je pourrais considérer que les trans ou travestis, curieux de créer/vivre l’intériorité de l’autre sexe, n’hésitent pas à passer d’un statut de dominant à un statut de dominé, en dépit des risques qu’il y a à être femme dans notre société (viol, salaire, emploi…) Mais je ne vais pas le faire.
Non, ce que je vais prendre pour point de départ de ma réflexion, c’est une constatation formulée par une certaine Myriam : « La fréquence estimée est de 1 pour 30000 mâles et de 1 pour 100000 femelles. »
Pourquoi y a-t-il plus de trans nés hommes que femmes ?

Bon, tout ne s’analyse pas en terme de domination, mais je pense qu’il peut être intéressant de souligner que, alors que les femmes jouissent d’une position relativement défavorisée dans la société, elles envisagent (encore) moins le transsexualisme que les hommes. Sacralité du corps féminin ? Ascenseur social unidirectionnel ? Plus faible autonomie/marge d’action ? Ou peut-être, au contraire, le fait que les femmes, prises dans un rôle plus libre, ayant plus de choix dans leur manière d’être femme, ayant un peu plus droit à la masculinité (port de vêtements masulins, positions sociales traditionnellement masculines) que les hommes à la féminité (port de vêtements féminins, positions sociales féminines, insultes…) ? Ma foi, je n’oserai hasarder une explication pleine et entière pour laquelle les FTM sont plus rares, et représentent le côté weirdo de la chose.
(Dans l’ensemble, d’ailleurs, je suis intimement convaincu que les derniers paragraphes de cette partie contiennent un nombre aberrant de conneries ; mais si les pises que je pose entraînent des questionnements, tout n’est pas perdu ^^)
D’autre part, tel Dieu descendant parmi les mortels, le MTF (en tant que symbole plus acceptable : je ne parle pas ici des personnes) n’a-t-il pas ce côté condescendant du supérieur qui peut devenir l’inférieur, du blanc qui peut devenir un Indien, de l’homme qui peut devenir un Na’vi dans les Na’vets ? L’homme serait alors un plus, qui se dépouille ? Ma foi, quand je regarde les Vlogs, j’ai l’impression que c’est débile ce que je dis : un homme met du maquillage, cherche dans des salons inconnus, acquiert des seins — mais bon…
Est-ce parce que la Beauté féminine est plus attractive ? Comme une sorte de sensualité…une valeur de sensualité, chez la figure maternelle (dans le rôle, même), chez l’épouse, chez la Muse, qui pousse à désirer le corps de la femme ?…Pourtant, des corps masculins peuvent également être définis comme beaux — mais, culture oblige, la Beauté masculine est moins exhibée, moins reconnue socialement. Par exemple : parmi toutes les critiques qui pouvaient être faites à Batman et Robin, la plus récurrente n’est-elle pas qu’un réalisateur homosexuel prenait ses téléspectateurs pour des homosexuels en leur imposant de soi-disant plans interminables de fesses moulées ? (d’ailleurs, je les ai pas trouvés interminables, et la fille y passe aussi…)

Bon, allez, pour continuer sur des conneries sans prétentions sérieuses…

Les réflexions stupides…

  • Un transgendre est toujours hétérosexuel. Ou homosexuel, c’est selon.
  • Ça valait bien la peine de changer de sexe, si c’était pour sortir avec des filles quand même !
  • En cas de transidentité, peut-on observer de véritables scènes de ménages sur la question du nom ?
  • Transexuels célèbres : 1) Naruto…
  • Si un(e) transsexuel(le) entamme une transition, qu’est-yelle devenu(e) à la fin de la transition ?
  • I’m a she-he-it. I’m a shit !
  • Si un trans naît dans un avion entre l’Europe et l’Amérique, on dit que c’est un transatlantique.
  • Si une hermaphrodite change ses deux sexes, elle restera une hermaphrodite.
  • D’ailleurs, trans²=Id

Bon, là, on a touché le fond…