pour passer le temps…

Ce dernier mois, en Anciade, nous avons observé un phénomène tout à fait extraordinaire. Une crise identitaire épidémique.
Des millions de personnes frappées d’amnésie, se sont d’elles-mêmes persuadées qu’elles s’appelaient Henri. Ça a commencé, comme toujours, par les faiseurs d’opinion. On peut les comprendre, ce sont des journalistes : Henri, ça leur va bien.
Le problème, c’est que tout le monde s’en est emparé, de ce prénom. Par mimétisme, les politiques se sont dit que ça serait bon pour faire grimper les voix ; les charognards (ou politiques non institutionnels), pour faire briller le soleil à leur porte ; la masse, parce que ça sonnait bien.

De nombreux grammairiens se sont penchés sur le problème soulevé par le début de cette revendication essentielle : « Je suis » Henri-Victor Hugo, à ce qu’il paraît, aurait dit que le pouvoir des mots était tellement immense qu’on deviendrait fou à réfléchir sur le moindre d’entre eux ; or, assurément, « être » est le plus terrifiant de tous. Quant à « Je », il est pas mal non plus, dans le genre. Alors, ensemble…
Hé oui ! Assez rapidement, ça a donné « Nous sommes », voire « Nous sommes TOUS » Ce qui pousse à se demander s’il est possible de ne pas s’appeler Henri, ou de ne pas vouloir s’appeler Henri – ou, pire, de ne même pas être un Henri du tout ! Mais laissons ces réflexions aux creepypastas de tous poils.

De grands rassemblements à travers toute l’Anciade ont rapidement permis aux Henris de vénérer le fait qu’ils étaient Henri. Et, c’est sûr, le fait d’être Henri permettait d’aborder des problèmes intéressants, de défendre une valeur essentielle de l’Henri-publique : la liberté d’expression. Il était très important d’exprimer ce sur quoi tout le monde s’accordait : on était Henri.

Sauf qu’assez rapidement, des non-Henris firent leur apparition. Inconcevable ! Sans doute même pas Anciens – peut-être n’existaient-ils pas ? Une étude approfondie finit par éclairer la population angoissée. En fait, ils se divisaient en deux catégories. D’une part, des Henris qui s’ignoraient. C’est-à-dire qu’ils étaient des Henris de la vie de tous les jours, mais qu’ils sortaient pas beaucoup de chez eux, ne se tenaient pas vraiment informés, et avaient juste loupé un épisode.

D’autre part, les « deux poids deux mesures » Ces gens-là accusaient l’épidémie Henri d’être le résultat d’un complot Onaniste. Et il y en avait de tous âges : par exemple l’un d’eux, un petit niçois de huit ans et demis, refusa publiquement, en classe, de déclarer avec ses petits camarades qu’il était Henri ! Il a même déclaré qu’il était contre Henri ! Rôh, si ça, c’était pas inhumain !
Le professeur de l’École de l’Henri-publique, ne pouvant raisonner ce petit diable, l’envoya chez M. le Directeur. M. le Directeur, ne se trouvant guère mieux, lui a expliqué :
– Ta gueule, la liberté d’expression c’est important.
Et le petit démon de rétorquer qu’il fallait tuer Henri ! Vite, inculpez-le pour incitation au terrorisme !

Dans ce contexte, beaucoup de gens se demandaient déjà si Henri, c’était vraiment ce qu’ils avaient cru. Ils découvrirent que les Henris avaient quand même une méchante tendance à être un peu racistes, un peu insultants, voire carrément orduriers.
À moi, beaucoup de gens très intelligents m’ont dit des tonnes de choses pas connes. Apparemment, de toutes façons, les non-Henris ont une sorte de religion, et la religion est une structure oppressive, donc il faut pouvoir insulter, car l’insulte ouvre le dialogue. Ou le ferme, c’est selon. Mais le dialogue en dispute, c’est sans doute mieux, pour vivre ensemble, que la simple acceptation de la pluriculture.

La fin de l’histoire ? Il me semble que dans dix ans, personne ne s’en souviendra vraiment en Anciade.

~ Les morts dorment en paix.
Les familles pleurent.
La politique, c’est de la mârde. ~
Norther Winslow

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