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Archives de février, 2014

Choisir son idéologie

Il n’y a pas de Raison Absolue, de Vérité, d’Évidence. Il n’y a pas de démonstration, d’argument irréfutable, de réalité indéniable.
Parce que la Science a tué Dieu. Parce que la preuve scientifique est provisoire, et que la connaissance est une croyance.

Il en va de même pour la marche des sociétés.

Il n’y a pas de Justice. Il n’y a pas de Bien.
Jusqu’à ce qu’on les crée.

Qu’importe que j’y adhère ou non, dans les débats, toutes les opinions, tous les jugements, toutes les évidences qu’avancent les uns et les autres sont sur le même plan.
C’est dégueulasse de considérer que 2 minutes de plaisir en bouche, si l’on peut appeler « plaisir » un mastic qui a la saveur ennuyeuse du quotidien, valent la mise à mort d’un animal ? OK.
L’homme est par nature omnivore, et le végétalisme développe des carences que les végétaliens ne connaissent pas parce que la nutrition c’est plus compliqué que « mettez du riz dans vos lentilles » ? OK.
Les femmes sont inférieures aux hommes ? OK.
Le vrai féminisme est celui qui crée l’utopie d’une prostitution universelle des femmes en guise d’empowerment ? OK.
L’hymen ne se « rompt » pas ? OK.
Un papa, une maman, les enfants ? OK.
Une papa, un maman, les enfants ? OK aussi.
L’IVG : mon corps, mon droit ? OK.
Les intermittents du spectacle itinérants ne maltraitent pas les animaux ? OK.
L’homme a tous les droits sur les animaux ? OK.
Wonder Woman est un symbole d’empowerment de la femme avant d’être une icône d’hypersexualisation ? OK.
Chacun est libre de choisir son genre ? OK.
L’inverse ? OK.
Chacun est déterminé par des faits sociaux ? OK.
Hiérarchie des races ? Pourquoi pas, on a bien celle des CSP.
Les végés sont des bourges ? OK.
La Bible est un guide de moralité et une preuve de l’existence d’un Être Suprême ? C’est pas con.
Les homos devraient avoir le droit de procréer et d’élever des enfants ? OK.
La procréation assistée est similaire au clônage ? OK.
Elfen Lied est un chef-dŒuvre scénaristique ? OK.
Les enfants doivent apprendre des choses sur le roman d’aventure ? OK.
Le monde moderne est en manque de Patrie ? OK.
Les mendiants s’en iront si je ne les encourage pas ? OK.

Je pourrais continuer à l’infini, avec pêle-même des phrases débiles ou intelligentes, toujours est-il que quand on les fourre en pots-pourris dans nos cocottes-minutes, y’a des moments où j’ai l’impression de voir ça :

Engouffre et régurgite à jamais

Je comptais mettre une assiette de vomi au départ, mais ça fait assez bien l’affaire.

Pas étonnant, dans tout ce bordel, qu’on n’ait pas le moindre signe de cohérence.

En tout cas, vous savez quoi ? Ça fait peut-être ado débile, mais je crois qu’on a deux types d’idéologies :

  • celles qu’on nous impose sans que nous en soyons conscient (la plupart, et elles portent des noms qui font peur, comme « christianity of the Doom », « partiarcattak », « carnassiérisme », « hétérosexisme », « décapitalisme », « liberalism, mais le gentil, le social », « libéralisme ékonomik », « incinérisme » – consumérisme poussé à l’extrême -, « valeur du tripalliarum« , etc.) ‑ bref, tous les grands méchants loups de Maman Société, dont la seule existence nous demeure invisible la majorité de notre vie ;
  • et celles qu’on nous impose même si on en est conscient (il arrive même qu’on croie les choisir !) – en général, les machins déviants, pas trop compris du public, pas consensuels ou mainstream pour un sou. Bref, des mouvements dont l’essence est la remise en question des valeurs initiales de l’individu – le genre qui trouve que SOS racisme ne peut pas être qualifié d’antiracisme parce qu’il dénonce des choses que tout le monde il sait déjà que c’est mal d’être raciste comme ça.

Bien sûr, il serait stupide de classer telle ou telle idéologie dans la catégorie « inconscient » / « conscient ». Ça dépend plutôt du parcours de chacun, et je ne serais pas surpris que les ChristianityOfTheDoomistes se définissent comme une idéologie minoritaire dans notre pays : mieux, je serais plutôt d’accord avec eux, et pas simplement parce que le plus facile de la loi sur le mariage gay est passé (en fait, en toute honnêteté, ils ont gueulé si fort qu’on a élagué en réaction, et à la fin, y’avait même plus besoin de mettre du lubrifiant !) Mais tout simplement parce qu’ils doivent revendiquer leurs idées dans un monde qui cherche de plus en plus à les refuser.

Donc, à partir du moment où l’on revendique consciemment des idées, où on se met en marge du reste de la société (ou de ce qu’on croyait être « la Société ») pour adhérer aux valeurs d’une communauté déviante, qui définit une Morale, une Vérité, une conception du monde même parfois, différentes ‑ à partir de ce moment-là, on est convaincu d’avoir Raison. Parce que nous, on a vu les deux côtés de la médaille. On a été élevé dans une opinion, et en grandissant, on en a vu les tares, n’est-ce pas, et on en est revenu.
Un peu à la MrRepzion : j’ai grandi catho et débile, et maintenant je suis un athée fier et intelligent.
Un peu à la InsolenteVeggie (et autres) : j’ai un jour été omnivore, mais maintenant je SAIS.
Un peu à la pimentduchaos : avant, j’étais un vilain jaloux et possessif ; je vais mieux maintenant.
Un peu comme moi, bien sûr. Et la liste est longue, encore une fois, j’ai pris les premiers exemples qui me passaient par la tête.

Maintenant, que ce soit bien clair : avoir vaincu des préjugés ne signifie pas qu’on ait raison.
Je le dis au connard défaitiste qui ne croit plus aux utopies des jeunes parce que l' »Expérience » l’en a fatigué. Je le dis au meneur des guerres saintes qui est convaincu que son combat est juste et qu’il est bon. Je le dis au sauvé, au rationnel, à l’esprit froid et détaché ; je le dis à tous ceux qui savent, et qui se mentent à eux-mêmes. Je me le dis aussi parfois.Parce qu’il n’y a pas de Raison Absolue, de Vérité ni d’Évidence. Ni de Justice, ni même de Bien. Jusqu’à ce qu’on les crée.

Ça fait peut-être un peu Jean-Paul Sartre, mais si rien n’est absolu, comment trouver la force de se battre pour quoi que ce soit ? Car se battre, et lutter, et argumenter, et affronter les opinions des autres. C’est blesser ses adversaires, c’est briser leurs egos. Bien sûr, c’est parfois un maigre prix à payer quand des vies sont en jeu et quand des souffrances sont évitées. Surtout qu’on prend beaucoup de plaisir à vaincre son ennemi.
Mais dans ce cas, n’est-ce pas dégueulasse de se battre contre la majorité* ? N’est-ce pas égoïste d’écouter ses propres penchants et désirs, quand ils feront tant de mal aux autres ? Quand nos revendications ne feront que noircir leurs cœurs de haine et de bêtise aveugle ? Pourquoi se battre, pourquoi chercher à changer le monde et les autres si ce n’est pour préserver le bonheur de la majorité ?
Se battre sans avoir Raison. Sans être Juste. Sans être véritablement altruiste. Sans être dans le Vrai.

Je vais vous le dire.
On se bat parce que ça fait plaisir de gagner. On y croit parce que ça fait plaisir d’être gagné. Et on se ment parce que sans mensonge, le monde n’a pas de sens ; sans fiction, sans valeur, sans mot (car le mot est une fiction), le monde n’est pas humain.
Nous cherchons du sens. Nous cherchons quelque chose à vouloir.**

Défendez au moins cinq convictions par mois. C’est bon pour la santé.

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* et je les vois venir, les végétaliens, avec leurs conneries selon lesquels les animaux sont la majorité silencieuse. Beh c’est pas comme s’ils faisaient partie de notre société. Et puis merde, même si leur souffrance comptait, comment la comptabiliserait-on « justement » ?
** Ce bref paragraphe peut avoir l’air vide et assez convenu, mais rapporté au sujet de l’article, il est d’un cynisme nihiliste qui m’horrifie et m’écœure littéralement.

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