pour passer le temps…

Archives de juillet, 2013

Conte

J’avais grifouillé ce truc en prévoyant d’en faire une introduction à un article qui expliquât en quoi :
– nous vivons dans des pseudo-démocraties (cf. la notion bizarre de « démocratie
représentative« ) ;
– la démocratie n’est pas nécessairement le meilleur régime, en termes de justice comme d’efficacité ;
– le culte médiatique de la Croissance me les brise.
Mais bon, je suis retombé dessus en fouillant dans mes papiers, et je me suis dit qu’il claquait suffisamment bien comme ça.

Il était une fois un grand pays lointain, gouverné par un Roi faible et vieux. Un jour, une tempête l’emporta, avec tous ses enfants.
Du peuple en liesse surgirent alors des Princes, que le peuple en deuil changea en Rois. Le premier prit la faux, le deuxième se fit Empereur, le troisième suivit son oncle, le quatrième se drapa dans un drapeau blanc d’orgueil, le cinquième fut élu tyran, le sixième joua un mélodrame christique ; il manqua de peu qu’on adorât des meurtriers.
On appela cela Démocratie, sous prétexte que tout esclave ayant le choix entre deux maîtres devient par là son propre maître.
Un jour, la ville ainée décida que les vœux de ses sœurs étaient trop timorés pour qu’elle les souffrît : elle défia l’autorité du Roi son père, et quitta sa famille. Comme elle était le plus beau joyau de sa couronne, le Roi entra dans une fureur terrible ; aussi, plutôt que de la perdre, il envoya des canons et des soldats pour lui trancher le cou sans rougir sa robe. On ramena sa carcasse meurtrie aux pieds de la Démocratie.
On suggérait alors au peuple de choisir comme on voulait. Le peuple, très heureux qu’on l’aide à réfléchir, aimait s’informer. Ses envies, ses angoisses, ses désirs et ses peurs tendirent soudain vers le Très-Saint hochet du « Pouvoir d’Achat » : une fois le Progrès mort, il fallut la Croissance.
Un Roi vendit l’accoudoir gauche à l’Amérique, le droit à l’Europe ; le dossier fut réservé pour la Sainte Croissance, et le fond donné aux banques. Le peuple garde le reste.