pour passer le temps…

On nous dit que tout travail mérite salaire.
Que l’État veille donc au paiement des tueurs à gage !

Si l’État s’y refuse, quand il ne cesse d’affirmer qu’inconditionnellement, une activité considérée comme un « travail » « mérite » une rénumération régulière définie par un contrat, alors de deux choses l’une :

  • ou bien : tout travail considéré comme légitime mérite un salaire ;
  • ou bien : cette phrase se base sur des présupposés idéologiques afin de se faire passer pour une évidence, de façon à paraître un argument indéniable.

Vous aurez remarqué que, dans les deux cas, l’État nous prend pour des cons.

Salaire
Mérite
Les artistes
Conclusion

Salaire

Salariat
Si tout travail mérite salaire, alors tout travail mérite le salariat.
Le salariat, cet esclavage moderne. Une condition qui se compose de deux choses : la subsistance, et, depuis peu, le surplus.

  • La subsistance : une aliénation nécessaire à la survie : pour boire, manger, avoir accès à un logement, à des soins médicaux – bref, conserver son intégrité physique – il faut travailler. « Gagner sa vie » – ce qui signifie que la vie n’est pas un droit, mais un « mérite », voire une « chance »…
  • Le surplus : une aliénation qui fait de vous un acteur économique particulier : le consommateur. Manipulé, s’encombrant de choses dont il n’a pas besoin, d’objets qui l’empêchent de vivre ; tel est la condition des peuples des pays développés. Je suppose que mon lectorat n’a pas besoin que je revienne en détail sur l’anti-consumérisme.

Est-ce vraiment une récompense enviable ?

Récompense
On peut aussi comprendre le « salaire » comme un gain économique non salarial. Mais même là, est-ce vraiment ce que le travail devrait faire gagner ?
Peut-être ne devrait-on plus avoir à travailler pour survivre. Ces derniers siècles, une idée nouvelle est apparue : que le travail pouvait être source de plaisir, d’épanouissement personnel, de bien-être individuel et collectif. Pourtant, le travail est toujours obligatoire, nécessaire, inévitable et aliénant. Subi, et on est censés le désirer ? C’est du foutage de gueule. Du bourrage de crâne idéologique. Du taylorisme de bas étage.
Si vous croyiez un tant soit peu en cette idée que le travail est bénéfique à la personne qui travaille, vous n’imagineriez même pas le salaire comme un bienfait ou une nécessité.
La récompense et le moteur de tout travail, ce doit être le plaisir. Ce doit être le bonheur. L’épanouissement personnel. L’espoir d’être utile aux autres, individus ou communauté. La rencontre. La création. L’amélioration vers un monde meilleur. Tout travail qui n’est pas motivé ou récompensé par cela, je n’ai aucune envie de le subventionner !

Le salaire est une aliénation économique qui nuit à la liberté de l’individu, et à sa conception du travail ; dans une société idéale, le salariat ne saurait exister. Le salaire est une sanction nocive du travail.

Mérite

Mériter, c’est vite dit. Il ne faut pas confondre conséquence usuelle et droit moral.

« Je mérite »
La méritocratie, déjà…Qu’est-ce que le mérite d’un individu ? Sa réussite ? Sa détermination ? Son travail ? Ses facultés naturelles ? Sa soumission, son intégration réussie à une institution, ou à un groupe ? Les valeurs dont l’a doté son groupe d’origine sociale ? Son esprit d’analyse ?
Peut-on « mériter » l’échec ? « Mériter » la souffrance ? « Mériter » de perdre un bras, parce qu’on a imité ses amis en se droguant ? « Mériter » d’être violée, parce qu’on s’est habillée léger, et qu’on est née femme ? « Mériter » un moins bon travail, parce qu’on est né dans une classe moins privilégiée ? « Mériter » une insulte ? « Mériter » le racisme ?
Tout ceci, il faut l’admettre, si on suppose qu’on peut « mériter » la réussite, la santé, la sécurité, le bonheur, le respect. À moins que le mérite soit seulement ce à quoi j’ai droit par essence, par droit naturel, par contrat social. Auquel cas, il me semble avoir déjà montré que personne ne mérite une condition aussi peu enviable que le salariat.

Mérite et jugement de valeur
« X mérite Y. »
Cet énoncé ne décrit pas une définition, une conséquence, une cause, une nécessité, une possibilité, une construction intellectuelle {propriété intrinsèque, classement catégoriel}. La relation qu’il établit entre X et Y est d’un genre tout particulier, qu’il est nécessaire de mettre en avant.

  • Si X est un bien, Y est toujours un bien. (Toute vie mérite d’être sauvée.)
  • Si X est un mal, Y est toujours un mal. (Tout meurtre mérite la mort.)

[Des phrases comme « Tout criminel mérite jugement » sont plus ambigües : en réalité, « mérite » n’exprime pas ici une idée de mérite intrinsèque, mais de droit. Pour dire simplement, ce n’est pas vraiment qu’il mérite un jugement parce qu’il est criminel, c’est plutôt qu’il y a droit parce qu’il appartient à la catégorie des hommes. Aussi, j’excluerai ce type de relations, où la notion de « mérite » n’est plus vraiment en question.]
Dire d’une chose qu’elle en mérite une autre, c’est avant tout juger de l’éthique d’une chose, et de l’autre. Cela marche pour les actes, les comportements, les auteurs de ces actes ou comportements, les idées, les discours, les systèmes politiques, les idéologies…
Tout jugement d’ordre éthique est nécessairement inscrit dans un système axiologique relatif au cadre culturel, ou à la classe de celui qui l’énonce. Nous avons ici un énoncé idéologiquement situé, qui tente de se faire passer pour une vérité universelle, mathématique.

Pourquoi « tente de se faire passer pour une vérité mathématique » ? Ma foi, par la forme ; mais en réalité, bien plus : pour une évidence. J’en veux pour preuve le lien conceptuel récurrent entre X et Y. Conséquence [fréquente] (Tout travail mérite salaire, Les drogués méritent leur dépendance, Il mérite ce qui lui arrive), lien sémantique prononcé (Tout meurtre mérite la mort, Tout délit mérite une punition, Celui qui cuisine mérite de manger), voire les deux (dans notre contexte culturel : Toute femme mérite d’être aimée (sic))

Les artistes

Dans le cas qui nous intéresse, l’énoncé « Tout travail mérite salaire », deux choses sont supposées : que le salaire est un bien, et que le travail (en particulier, le travail des artistes) est un bien, que l’État doit garantir, protéger.
QUI a dit que le travail des artistes était un bien, et POURQUOI ?

Le Bien Public et l’État
La première chose qu’il faudra remarquer, c’est que le seul bien que l’État soit habilité à garantir est le bien commun. Le bien public. Ici, la majorité de la population est en désaccord avec les politiques gouvernementales sur le copyright, et pas seulement parce que leur intérêt est directement concerné, mais aussi : parce qu’elles nuisent à la neutralité du net, parce qu’elles ne favorisent pas les artistes qui en ont besoin mais les grandes maisons d’édition, parce qu’elles défendent un modèle économique dépassé basé sur une distribution régulée de biens immatériels. Il convient donc de se demander si le gouvernement protège vraiment le bien commun.

Le Progrès
Les artistes sont censés mettre en avant une forme de Progrès moral depuis les Lumières. Notamment une forme de progrès moral à l’encontre du pouvoir en place. Les subventionner officiellement me paraît d’emblée discutable, si l’on veut instaurer un débat fertile qui illumine la population, quand l’intérêt de l’autorité légitime est la manipulation idéologique du peuple.
En outre, la notion de « progrès moral », en vogue aux XVIIIème et XIXème siècle, est datée (le relativisme a fait des merveilles, au XXème siècle) – aussi les lois qui s’appuient un tant soit peu dessus devraient être revues.
Enfin, contrairement aux écrivains du XIXème siècle, les artistes de nos jours ne sont plus habilités à créer du savoir et de la réflexion, mais au mieux, à célébrer les idées des autres (sociologues, scientifiques, journalistes) tout autant que l’obscurantisme (écoutez un peu de techno, vous perdrez mille neurones par seconde, na !)

Le nouveau
L’autre caractéristique attribuée à la Création Artistique est l’innovation. La « nouvelle » esthétique, – l’originalité, l’expression de l’être, la célébration humaniste de l’âme humaine. Cette « nouvelle » esthétique a bien vieilli depuis le XIXème siècle, et le « poète inspiré » n’est plus qu’un mythe vieillot bon à enflammer les vieux débris romantiques. Ceux-là mêmes qui ne supportaient pas la sécheresse des générations précédentes furent décrits comme de « vieux squelettes » par Rimbaud, et ainsi de suite.
Cette prétendue « originalité » d’un artiste n’est que la rupture adolescente d’un courant esthétique avec son prédécesseur direct. « La vérité est que la querelle des Anciens et des Modernes est permanente. » (François le Lionnais, LA LIPO) Un roulement de la mode, qui se fera avec ou sans salaire – car comme la mode, il suffit à occuper ceux qui s’en piquent.

L’Art pour l’Art
« Travaillez pour la gloire, et qu’un sordide gain
Ne soit jamais l’objet d’un illustre écrivain. » – Boileau (que j’aime pas)
Il ne saurait y avoir d’art qui ne soit pas pour l’art.
Un vrai travail n’est pas travail alimentaire.


(Que proposes-tu alors ? Ma foi, un mélange entre le don spontanné, et les subventions étatiques.)

Tout travail mérite salaire.
Voilà comment on justifie le
Le copyright ©

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