pour passer le temps…

Tortionnellement

Ceux qui luttent contre la torture devraient se demander s’ils ne seraient pas prêts à laisser leurs principes de côté si on les payait, disons, 6 millions de dollars pour dix minutes. On peut imaginer que certains des militants les plus acharnés seraient prêts à se trahir pour une telle somme – fût-ce pour financer les associations qui luttent contre la torture. Et si à cette prestation à 6 millions leur en était proposées d’autres au même tarif, ces militants regarderaient la suggestion comme un miracle comparable au fait de gagner au loto. Il est fort probable que, même pour un million, ils seraient aussi contents. C’est pourquoi – même si beaucoup d’entre eux l’ignorent – ce qui les dérange dans la torture n’est pas que ce soit de la violence monnayée, mais qu’elle soit trop bon marché. Si, au lieu de prôner l’arrêt de la torture, ils étaient capables d’assumer cette terrible vérité, ils feraient en sorte d’en augmenter les tarifs. Ils détermineraient le prix minimal à partir duquel ce métier, loin d’être une aliénation, deviendrait un privilège enviable afin de punir ceux qui vendent ou ceux qui achètent des services de tortionnaires moins chers. La première tâche des associations antitorture serait de montrer à ceux qui bradent leurs services pendant les guerres qu’ils se nuisent à eux-mêmes. Et ce, non pas parce qu’ils torturent mais parce qu’ils pourraient toucher des sommes considérables s’ils se syndicalisaient pour réclamer un cadre légal de travail. Ce changement dans les politiques de la torture pourrait être le début d’une nouvelle ère dans les rapports de guerre. Une ère où le massacre des masses paraîtrait à la conscience collective comme une injustice aussi désuète que l’esclavage ou les harems.

Donc là, je trolle un article absolument ahurissant du libé : Prostitutionnellement [découvert via l’elfe, sur spermufle].
Sérieux ? 0_0 C’est pas une parodie d’argumentation pro-prostitution ?

Réfléchissons deux secondes : d’abord une longue diatribe qui nous apprend deux choses :
– Une femme (Nafissato Diallo) qui a porté plainte pour viol est certainement une pute, bien que cela ne corresponde pas, je crois, à ce qu’aient jamais dit ni l’une ni l’autre des parties ;
– Si une personne, qui dit qu’une chose est un mal, est prête à faire une exception en échange de quelques millions de dollars (voire milliards), même de façon purement désintéressée, alors c’est que cette chose n’est pas un mal, et qu’on devrait la légaliser. Ça marche pour la prostitution, le viol, le meurtre, le sexisme volontaire, la consommation de viande, la pollution, Windows, les violences conjugales, les centrales nuccléaires, les propos racistes et blagues sur les juifs, les romans à l’eau de rose, les braquages de banque, l’usage des armes à feu, la dissuasion nuccléaire, regarder toutes les fins du plus grand cabaret du monde d’affilée, conduire à contresens sur l’autoroute, faire de la téléréalité, insulter des homosexuels/transsexuelles (et transexuels aussi d’ailleurs), chanter Friday de Rebecca Black en boucle dans une rue la nuit, censurer le Net, kidnapper et séquestrer un enfant, jouer à Call of Duty, brûler une voiture, jeter un chat d’un building de New-York et danser sur de la techno. Ou même sur Nyan Cat.

Ton argument a des dommages collatéraux. Ou alors, c’est une manne pour les psychopathes auxquels cette énumération aura donné des idées.

Mais ça ne s’arrête pas là. Non, non, non. La prestigieuse journaliste, sommet de l’intellect français, élabore ensuite un modèle social in-fail-lible, qui explique que si on paye cher les putes, tout le monde (enfin, toutes les femmes, ça marche pas avec les mecs, les mecs font pas pute, eux : il faut bien des clients) deviendra pute, et gagnera beaucoup d’argent.
Ça ne s’arrête pas là, mais je fais une pause.
Si les prix augmentent….
L’OFFRE ET LA DEMANDE, TU CONNAIS, PÉTASSE ?
Pardon de parler en connard, mais j’en avais besoin.
Comme si la prostitution n’était pas un marché assez compétitif comme ça ! Comme si ça n’avait, par ailleurs, aucune composante culturelle ou sociale. On devient prostituée comme on devient boulangère, ou comme on change de chemise, voyons : si les prix dictent, alors, par magie, les prix restent, et tout le monde montre son cul ! Logique ! Et tout le monde gagne encore plein d’argent en montrant son cul ! Logique !

En tout cas, si toutes les femmes deviennent des putes cantonnées à leur rôle sexuel, alors elles ne sont plus des épouses.
Vaste progrès !

Paraît qu’en plus, elles tiendraient les hommes dans un « esclavage aberrant »…Parce que les hommes, à 10 000€ la prestation, ne seraient pas capables de se passer de sexe, ou de considérer le sexe comme une relation non hétéro-normalisée (sauf les pauvres) ?
Suit une description totalement ahurissante d’un monde dominé par la tyrannie « des femmes », une putocratie où les politiciens, menés par les putes, protègent les hauts prix pratiqués par celles-ci en interdisant l’onanisme, où le viol est puni de mort par une exécution publique, et où la pute qui ne pratique pas de prestation passe son temps à tenter les pauvres hommes qui ne savent plus où donner de la tête (« Oui, comme le disait Spinoza…oh, regarde ! Porte-jarretelles, porte-jarretelles, porte-jarretelles, porte-jarretelles… »), afin de conserver son pouvoir sexuel de diablesse…
Et c’est censé être bien ?

Cet avilissement d’humains, ce renforcement de la valence différentielle des sexes, cette réaffirmation patriarcale de la femme tentatrice, sexuelle, rusée et dominatrice, cet assujettissement d’une moitié de l’humanité à l’autre, c’est un rêve qu’on est sensé espérer ?
On me donnerait le monde pour vivre la vie des femmes qu’elle décrit, que je n’en voudrais pas. D’abord, parce que j’aurais le sentiment de faire quelque chose d’injuste. Mais même, avant ça, parce que je sais que cette théorie hétérocentrée, c’est de la pure bullshit.

La conclusion ? L’autrice ne manque pas de recommander chaleureusement ce modèle social totalement fantaisiste et apocalyptique aux « féministes du gouvernement », qui seraient ravies de transformer les femmes en putes et les hommes en chiens.

****

Vous savez quoi ? C’est incroyable qu’un média accepte de publier ça. Article de blog, ça serait passé : elle est chez elle, elle dit ce qu’elle veut, et les gens en pensent de même. Mais là, des gens ont sciemment laissé passé un tel amas de conneries, de sophismes, d’élucubrations insensées, comme image du « féminisme » !
Pardon encore de ma violence verbale, mais…c’est juste un tel torchon…

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Commentaires sur: "Tortionnellement" (3)

  1. Karine a dit:

    Argh. Merci de t’énerver, ça me calme^^ En même temps, Iacub, faut pas en attendre grand chose d’autre que de la pseudo provoc totalement réactionnaire (cf ses propos sur le harcèlement sexuel).

  2. J’ai l’impression qu’elle manie l’exagération ironico-provocatrice pour vilipender les « féministes classiques », plutôt (du genre abolos par exemple). En les accusant, de manière injuste, de ne pas remettre en question les mécanismes traditionnels d’accouplement (où c’est encore, il faut bien le dire, trop souvent le règne de la sexualité transactionnelle). Ou alors de ne pas forcément mettre leurs actes en conformité avec leurs principes. En tous cas c’est ce qu’elle dira probablement lorsqu’elle reviendra sur ce qu’elle a écrit.

    • (Juste pour préciser, je ne la connais pas plus que ça, et je m’intéresse de façon relativement distante au féminisme…)

      Petite question : pour les « pro », la prostitution, c’est pas un mécanisme traditionnel d’accouplement au service du patriarcat ? Parce que bon, en termes de sexualité transactionnelle, le couple a beau être fort (d’après ce que tu dis en tout cas, car on m’a déjà rappelé que je n’étais pas habilité à me former un avis tranché sur la question), on ne peut pas faire mieux que la prostitution…

      « ne pas forcément mettre leurs actes en conformité avec leurs principes » Elle, elle a une excuse autre que l’illégalité du proxénétisme, pour ne pas faire ça ? 😛

      Honnêtement, cette page est une leçon : quand on utilise le ton polémique, on ne doit surtout jamais tenter de former un système ou une thèse ! Parce qu’à force, on oublie de villipender, et on se met à déblatérer des…bafouilles ? xD Merci pour l’éclaircissement…

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