pour passer le temps…

Obama is Kink John

Je suis tombé sur cet article par Noam Chomsky (célèbre itellectuel américain) via le site personnel de Richard Stallman (qui titre : Obama, c’est le Roi John), et je ne l’ai pas trouvé dénué d’intérêt pour les lecteurs francophones ; aussi ai-je décidé d’en fournir des morceaux traduits (il y a beaucoup de rappels historiques quand même) dans la mesure de mes capacités d’amateur :p

En effet, en France, on aime bien Obama. Il a été élu il y a 4 ans, il était Démocratique (c’est-à-dire moins méchant que les Républicains), il était noir, Hallelujah ! Puis comme il est resté Démocratique et noir, on était toujours content. (Il faut dire que nos médias aident un peu…)
Mais en Amérique, Obama n’est pas toujours vu du même œil. Un jour, mon père a fait part à des amis américains de la popularité d’Obama en France ; à leur réaction, difficile de dire qui était le plus étonné.
Personnellement, j’aurais vaguement mis leur réaction sur le compte de je ne sais quoi…Forcément, je n’avais aucune idée de la poussière que peuvent soulever les détracteurs de l’homme le plus puissant du monde Outre-Atlantique.

L’administration Obama a en réalité de nombreux échecs, scandales ou oublis à son passif. Et Noam Chomsky, qui a des avis sur plusieurs questions, n’a pas les meilleurs sentiments envers le président démocrate succédant à G.W.Bush.

Non, sans rire, Obama, démocratique ?
Si ce n’est pas le peuple, qui dirige ?
Obama redéfinit les concepts clés de la démocratie : le droit d’être jugé
Obama redéfinit les concepts clés de la démocratie : la présomption d’innocence
Obama garde la ligne de ses prédécesseurs
Résumé et bilan

Non, sans rire, Obama, démocratique ?

En ce qui me concerne, je ne crois pas que la démocratie ait jamais existé, et si c’est arrivé un jour, ça n’en a pas duré deux. Mais les États-Unis sont un sublime symbole de ce vide hypocrite. Pouvoir du peuple, mon œil ! les Pères Fondateurs ont conçu leur Constitution dans le seul but de faire venir le pouvoir du peuple en théorie, et non en pratique ; le financement des élections par les corporations a été le coup de grâce…

« Both recognized that the public must be “put in its place,” marginalized and controlled — for their own interests of course. They were too “stupid and ignorant” to be allowed to run their own affairs. That task was to be left to the “intelligent minority,” who must be protected from “the trampling and the roar of [the] bewildered herd,” the “ignorant and meddlesome outsiders” — the “rascal multitude” as they were termed by their seventeenth century predecessors. The role of the general population was to be “spectators,” not “participants in action,” in a properly functioning democratic society.

And the spectators must not be allowed to see too much. President Obama has set new standards in safeguarding this principle. He has, in fact, punished more whistleblowers than all previous presidents combined, a real achievement for an administration that came to office promising transparency. WikiLeaks is only the most famous case, with British cooperation. »

[Edward Bernays comme Walter Lippman] conviennent qu’il faut que le peuple « reste à sa place », c’est-à-dire, marginalisé et contrôlé – dans son propre intérêt, bien entendu. Il est trop « stupide et ignorant » pour s’occuper de ses propres problèmes : cette tâche devrait être laissée à une « minorité intelligente », qu’il faut protéger des « piétinements et cris de [ce] troupeau sauvage » – la « multitude racaille », pour parler le langage de leurs prédécesseurs du XVIIème siècle.
Dans une société démocratique, si tout fonctionne correctement, le rôle de l’ensemble de la population n’est pas de « directement participer à l’action », mais de demeurer « spectateurs ».
Des spectateurs qui ne doivent pas être autorisés à en voir trop. Le Président Obama n’a pas manqué de nouveaux standards dans l’établissement de ce principe. En réalité, il a puni plus de ces rapporteurs* que l’ensemble de ses prédécesseurs, un véritable exploit de la part d’une administration qui est arrivée au pouvoir en promettant la transparence. WikiLeaks n’en est que le plus célèbre exemple (site publiant des documents confidentiels ayant fuité dans plusieurs pays, fermé avec la collaboration britannique).

*Le lien rapporte que cette punition est liée au Espionage Act, qui n’avait servi que trois fois avec succès, contre des opposants politiques (dont un s’opposait à l’act même), par Nixon lors du scandale du Watergate. Obama lui a trouvé un nouvel usage : artillerie lourde contre les promoteurs de transparence.
Pour l’artillerie légère, perte d’emploi, politique de destruction personnelle, emprisonnement sans procès pendant deux ans – et cela fonctionne comme intimidation, pré-sélection et autocensure des éventuels candidats à la fuite.

Personnellement, j’aurais aussi parlé des lois liberticides américaines sur Internet (réseau décentralisé et incontrôlable d’échange des informations, d’organisation d’actions, etc). Question de sensibilité personnelle.

Si ce n’est pas le peuple, qui dirige ?

« The post-Civil War fourteenth amendment granted the rights of persons to former slaves, though mostly in theory. At the same time, it created a new category of persons with rights: corporations. In fact, almost all the cases brought to the courts under the fourteenth amendment had to do with corporate rights, and by a century ago, they had determined that these collectivist legal fictions, established and sustained by state power, had the full rights of persons of flesh and blood; in fact, far greater rights, thanks to their scale, immortality, and protections of limited liability. (…)

Domestically, recent Supreme Court rulings greatly enhance the already enormous political power of corporations and the super-rich, striking further blows against the tottering relics of functioning political democracy. »

Le 14ème Amendement à la Constitution, conséquence de la Guerre Civile, donnait les droits d’une personne aux anciens esclaves (du moins en théorie). Néanmoins, en même temps, il créait aussi une nouvelle catégorie de personnes dotées de droits : les corporations. De fait, presque tous les cas portés en cour de justice concernaient les droits des corporations ; il y a un siècle, ils avaient décidé que ces fictions légales de collectivités, posées et maintenues par le pouvoir de l’État, possédaient pleinement les droits d’une personne de chair et de sang – en fait, même, des droits bien plus grands, étant données leur échelle, leur immortalité, et les protections découlant de la responsabilité limitée. (…)

À l’Intérieur, les récents jugements de la Suprême Court renforcent grandement le pouvoir politique démesuré de ces corporations et des plus riches, approfondissant les entailles creusées aux fondements d’un système démocratique fonctionnel.

Obama redéfinit les concepts clés de la démocratie : le droit d’être jugé

« The concept of due process has been extended under the Obama administration’s international assassination campaign in a way that renders this core element of the Charter of Liberties (and the Constitution) null and void. The Justice Department explained that the constitutional guarantee of due process, tracing to Magna Carta, is now satisfied by internal deliberations in the executive branch alone. The constitutional lawyer in the White House agreed. King John might have nodded with satisfaction. »

Le droit à être jugé par un tribunal constitué de ses pairs a connu, du fait de la campagne pour l’assassinat international menée par l’administration Obama, un relâchement conceptuel qui rend cet élément clé de la Magna Carta (et de la Constitution Américaine) nul et non avenu. Le Département de la Justice nous a en effet expliqué que ce droit constitutionnel remontant à la Magna Carta, est désormais rempli par des délibérations internes dans la seule branche exécutive ! L’avocat contitutionnel de la Maison Blanche a donné son accord. Le Roi Jean* aurait peut-être approuvé avec le sourire.
*Jean d’Angleterre est le signataire (à contre-cœur) de la Magna Carta, document essentiel dans l’histoire politique anglo-saxonne, datant de 1215, réduisant le pouvoir royal absolutiste (emprisonnement arbitraire, impôts).

L’événement déclencheur de ce débat semble être l’assassinat commandité par le Président d’un soi-disant leader d’Al Quaeda. Outre le peu de poids réel de l’homme dans la population arabes et dans les organisations actives, l’affaire a fait scandale aux États-Unis parce que c’est quand même un citoyen américain, que le Président ordonnait de zigouiller sans procès !

Obama redéfinit les concepts clés de la démocratie : la présomption d’innocence

« Presumption of innocence has also been given a new and useful interpretation. As the New York Times reported, “Mr. Obama embraced a disputed method for counting civilian casualties that did little to box him in. It in effect counts all military-age males in a strike zone as combatants, according to several administration officials, unless there is explicit intelligence posthumously proving them innocent.” So post-assassination determination of innocence maintains the sacred principle of presumption of innocence.

It would be ungracious to recall the Geneva Conventions, the foundation of modern humanitarian law: they bar “the carrying out of executions without previous judgment pronounced by a regularly constituted court, affording all the judicial guarantees which are recognized as indispensable by civilized peoples.” »

La présomption d’innocence a été également revue et réinterprétée sous l’angle pratique. Selon les termes du NYT, « M.Obama a adopté une méthode de dénombrement des victimes controversée, et qui lui laissait une certaine marche de manœuvre. Dans les faits, cette méthode dénombre, dans une zone, tous les hommes en âge d’être mobilisés comme des combattants (ceci a été confirmé par les officiels de plusieurs administrations), à moins que des preuves posthumes démontrent clairement qu’ils étaient innocents » Voilà le principe sacré de la présomption d’innocence : vérifier l’innocence après l’assassinat !

Il serait mal venu de rappeler les Conventions de Genève, bases la loi humanitaire moderne, qui interdisent « le déroulement des exécutions sans procès préalable, prononcé par une cour constituée dans les règles, garantissant tous les droits judiciares reconnus comme indispensables par les nations civilisées.

On ne s’étendra pas sur l’étrange printemps d’Osama ben Laden, (simple suspect), rejeté à la mer sans autopsie ^^

Obama garde la ligne de ses prédécesseurs

N.Chomsky a d’autres choses à reprocher à Obama, et si la ligne de conduite d’Obama se tenait vraiment selon ces principes, ma foi, je me joins à lui.

Tout d’abord, la liste des organisations terroristes tenue par l’exécutif. Après ses échecs en 1982 (sans blague, retirer Saddam Hussein, rien que parce qu’on veut l’aider à envahir l’Iran ?), le Congrès National Africain de Nelson Mandela en 1988 (listé comme l’une des plus importantes organisations terroristes du monde), l’ajout du réseau de charité somalien Al-Barakaat en 2001 (largement financé par les États-Unis et central dans l’économie nationale…autrement dit, le système économique d’une nation toute entière. Le résultat ? La montée de l’islamisme fondamental :P), Obama a maintenu cette initiative absolutiste, qui a mené à un véritable abus de pouvoir.
En effet, lors du cas Hooper vs Projet de Loi Humanitaire, la Court Suprême a décidé que comme le projet de loi humanitaire, qui incluait des conseils légaux (comme de conseiller le recours à la non-violence) à l’organisation de guérilla PKK (ayant soutenu les droits des Kurdes en Turquie) fournissait par là même une « aide matérielle » (oui : demander la non-violence, c’est une aide matérielle) à une organisation listée terroriste.
En gros, l’exécutif décide qui on peut et qui on ne peut pas aider. Joli.

La façon dont on traite les bien communs…c’est-à-dire les bien appartenant au départ à la communauté, et qui se doivent de rester publics (non rivaux, non exclusifs). Hé bien, en bons libéraux, on les privatise – ce qui, elon Chomsky, participe d’un plan d’organisation géopolitique mondial, entraînant l’assujettissement du continent africain.
Dans l’ensemble, l’histoire anglo-saxonne des bien communs n’est pas brillante. De la terra nullius [la terre à personne, donc à nous], avec pour conséquence, le génocide des Indiens, l’eau, les forêts du Moyen-Âge…et, last but not least, le climat.

Oui, tout ceci sur fond d’insouciance face aux menaces climatiques et à la crise énergétique. Cent bonnes années d’autonomie énergétique ? Optimiste, le mec. Nous avons beau jeu de nous moquer de la Déclaration Universelle des Droits de la Terre Nature (version fr…j’aime bien, encore que la fin de l’article 7 soit très mal formulée), demande des communautés indigènes du monde entier.
Allez, le climat mérite bien une traduction en direct :

« The major business lobbies openly announce their propaganda campaigns to convince the public that there is no need for undue concern — with some effect, as polls show.

The media cooperate by not even reporting the increasingly dire forecasts of international agencies and even the U.S. Department of Energy. The standard presentation is a debate between alarmists and skeptics: on one side virtually all qualified scientists, on the other a few holdouts. Not part of the debate are a very large number of experts, including the climate change program at MIT among others, who criticize the scientific consensus because it is too conservative and cautious, arguing that the truth when it comes to climate change is far more dire. Not surprisingly, the public is confused.»

Les lobbies des majors annoncent ouvertement leurs campagnes de propagande destinées à convaincre le public qu’il n’y pas besoin de s’inquiéter sans raison – et ça marche, dans les urnes !
Les média apportent leur coopération, en ne faisant même pas part des prédictions de plus en plus sombres des agences internationales, et même du Département américain de l’Énergie. Le problème est généralement présenté comme un débat entre alarmistes et sceptiques [encore heureux, on nous épargne ça en France !] : dans la première catégorie, tout scientifique digne de ce nom, et en face, quelques irréductibles – exclus, de très nombreux experts, comme par exemple le programme de changement du climat au MIT [avec ce modèle, qui prend en compte les comportements humains observés, on est passé d’une estimation de hausse d’ici 2100 de 2,3° à très probablement plus de 3,5°, la médiane étant à 5,2°, si les tendances actuelles se perpétuent…dire qu’on paniquait avec 2,3 degrés !], qui critiquent le consensus actuel pour sa prudence timide. Pas étonnant que le public se sente perdu.

Résumé et bilan

En conclusion, l’administration Obama a connu quelques gros scandales en violant les libertés individuelles essentielles (droit au procès, présomptions d’innocence), et en confinant le citoyen au simple rôle de spectateur. Les droits du citoyens annoncés par la Magna Carta sont sur le déclin, et le gouvernement autoritaire d’Obama n’a rien fait pour enrayer ceci. On lui reprochera aussi sa négligence sur le plan de l’écologie et du climat, et son comportement face aux biens communs, illustrant parfaitement la doctrine capitaliste qui veut que chacun voulant s’approprier les avantages payés par la communauté, le bien courre à sa ruine.

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Commentaires sur: "Obama is Kink John" (2)

  1. Super article ! Ça éclaircit pas mal de critiques que j’avais vaguement entendues sur Obama (notamment, lors de notre campagne présidentielle, quand on a reproché à Cheminade la moustache d’Hitler dessinée à Obama par son pote Larouche) et que je n’avais pas cherché à confirmer ou infirmer. Donc merci pour m’avoir mâché le travail ^^
    En tout cas, je partage.

    • Désolé, j’ai survolé la nouvelle de ton commentaire. Merci de tes louanges, mais j’ai pas vraiment fait grand-chose. Juste partager ce que je lisais…
      J’ai vu que tu avais repris ton activité. Je passerai lâcher un commentaire, à l’occasion 😀

      Note : j’ai appris pourquoi les amis américains de mon père détestaient Obama. C’est à cause de l’Health Care. Ma foi, on est Ricain ou on l’est pas !…
      Peut-être que les amis en question avaient des actions dans les compagnies d’assurance ?…

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