pour passer le temps…

Mon vieux barbu

Quelques histoires sur le sens de la vie…

L’idée de cet article m’est venue à la lecture de l’article de vegetalegypte sur la religon. Simplement, au lieu de faire du racontage de life dans un commentaire en trois parties, j’ai décidé de le faire sur mon blog.

Le Flying Monster Spaghetti, créateur du ciel et de la Terre...

Vous trouvez pas que ces boulettes de viande, ça lui donne l'air de...non, rien...

Sommaire (ajout postérieur) :

Un contexte omnilaïque

Moi et la religion ? Ma foi, vous serez d’accord que ce n’est pas une chose dont on parle souvent dans la vie, la religion. Il m’est arrivé de fréquenter pendant plusieurs mois des gens avant de savoir qu’ils étaient catholiques ; quant au judaïsme, il est tout aussi discret (vous noterez l’idée que les catholiques ne se voient pas, mais que les juifs se cachent, hein !). Pour ce qui est de l’islamisme, je m’y connais peu, mais entre les gestes traditionnels et les croyances, difficile de faire la part…ma foi, d’ailleurs, ça ne rearde pas que l’Islam : dans l’océan des signes distinctifs qu’arbore une personne, rares sont ceux qui renseignent sans ambiguïté et vec une certitude absolue sur son affiliation religieuse !
C’est donc ça, la laïcité ? Un « espace public » sans religion ? Mais la religion n’est-elle pas publique par essence ? La religion n’est-elle pas parole, échange, communauté ? Certaines religions ne font-elle pas de la parole une valeur essentielle ?
Comprennez-moi, je suis bien content que le principe de laïcité soit compris comme essentiel dans les structures d’un état, dans les administrations, à l’emploi, je considère que c’est une bonne chose. Mais n’en est-on pas arrivé à une « société laïque », pour ne pas dire anti-religieuse ? Non seulement les religions ne s’expriment plus, mais on a pu constater ces dernières années que le soi-disant principe de laïcité appliqué à l’Islam déborde sur le choc des civilisations. En effet, si les religions judaïques et chrétiennes sont, de nos jours des religions « laïques », dans le sens où elles ne s’exhibent pas, ne se déclarent pas comme telles, et ne réclament pas de droits particuliers sur la place publique, les autres me paraissent toujours aussi mal tolérées, parce que justement, elles sont autres. Liberté de religion, mon œil ! on est libre de croire pour peu que ce soit dans notre bon Dieu historique !
Je pourrais faire des pages pour me demander si la laïcité est une religion, si le sens du mot a dérivé vers une forme d’intolérance religieuse, etc. Mais ce n’est pas ce qui m’occupe ici, aussi pouvez-vous aller lire ici des développements plus rigoureux sur la question d’une religion civile laïque (je crois d’ailleurs que je vais ajouter ce blog à mes fréquentations pour un moment).
Ce que je veux dire, c’est que la prise de parole sur la question religieuse me paraît souvent subordonnée à quelques conditions particulières : on attend de bien connaître une personne avant de lui en parler, on ne parle pas théologie dans les médias (on peut vaguement parler religion, mais pas conceptions religieuses), la religion doit rester dans un cadre privé, etc. Enfin, c’est peut-être une impression, mais en tant qu’athée, je ne me sens pas la compétence ou même le droit de venir empiéter sur le monde sacré de ceux qui ont une foi, si ce n’est pour leur dire « C’est complètement débile d’avoir une foi. »

Les athées sont ceux qui sont athées

Pendant longtemps, je me suis défini comme athée. Mais plus j’y pense, moins je reconnais de sens à cette notion. L’athée, c’est celui qui ne croit pas en Dieu, que ce soit le Dieu des Musulmans, des Protestants ou des Juifs (enfin, comme si c’étaient des dieux différents), qui n’est pas bouddhistes (parce que bon, y’a pas vraiment de dieux dans le bouddhisme), qui n’est pas polythéiste (attention, ça parle des dieux greco-latins, pas des dieux japonais ou incas). Bref, celui qui n’a pas de religion. Cette définition ne me satisfait plus.
Historiquement, notre prof de littérature de la Renaissance aime beaucoup nous rappeler qu’à l’époque, le mot « athée » ne signifiait pas « incroyant », « sans foi », mais « qui croit mal », « qui place mal sa foi », car il était impossible de concevoir un monde sans Dieu (j’aimerais pouvoir vous citer sa référence, mais vous savez, quand les profs écrivent pas les noms au tableau :P…) Aussi, quand Luther, Calvin, Rabelais et d’autres se traitaient mutuellement d’athées, il n’entendaient pas « qui refuse de croire en Dieu », ils entendaient « hérétique » – mais dans un sens peu-être moins judiciaire que polémique.
Le terme en est venu historiquement à désigner un mouvement de la société, dont les membres et les conceptions se détachaient de la religion – mais même, de nos jours, les mots de « Dieu » et de « Foi » ont-ils le même sens qu’au Moyen-Âge ? Les catholiques du seixième siècle ne traiteraient-ils pas les vieux dans nos Églises d’athées, s’ils discutaient religion avec eux pendant plus de deux minutes ? Quels pouvaient êtres le sens du mot « Dieu » dans un monde où Dieu ne pouvait pas ne pas exister, et du mot « foi » dans un monde où personne ne pouvait penser sans-Dieu ?
Toujours est-il que cette notion historique d’athéisme me paraît dépassée, car elle n’explique rien. Les athées ne forment pas un groupe. Tout en ne me reconnaissant toujours dans aucune religion, je ne me sens pas très proche, dans mon rapport à la religion, de ceux qui affirment que la Science n’est pas une croyance. Je pourrais trouver ma conception du monde plus proche de celle d’un musulman vaguement déiste que de celle d’un scientifique qui, n’ayant jamais réfléchi au sens du mot « Dieu », n’y voit qu’un vieux bonhomme barbu dans les nuages.
Personne n’est exempt d’un certain rapport personnel aux questions religieuses. Ne serait-ce que préférer, esthétiquement ou philosophiquement, comme symbole ou comme rêve, l’idée de réincarnation à celle de paradis, c’est déjà une forme de prise de position. Réflexion, goût, avis raisonné ou indécise impression, même sur des choses aussi anodines que l’existence du Roi Triton de la Petite Sirène de Disney, autant de signes qui font autant d’athéismes qu’il y a d’athées, et autant de religion qu’il y a de religieux.

Le supermarché religieux

La notion n’est pas de moi, c’est même un lieu commun de la sociologie. L’idée, c’est qu’au fond, les religions ne sont plus de gros blocs bien nets à la catholique (d’ailleurs, ce n’est pas le cas de la plupart des autres religions, mais passons) et que dans le monde moderne, les croyances mondialisées sont devenues friables, interchangeables, et qu’on peut opérer à l’échelle individuelle toutes sortes de synchrétismes bizarres, voire fantasques. Pour ma part, je crois même qu’au-delà des croyances qu’on adopte, la représentatio qu’on a des produits qu’on choisit, et même de ceux qu’on ne choisit pas, est également significative. Il suffit de commander à la carte.
« Alors bonjour, moi je voudrais :

  • un Dieu universel et bienveillant à la protestante, qui s’incarnera dans un ordinateur géant à la  Do Android dream of Electric Sheeps ? ;
  • quelques Gremlins, mais pas de diable principal, je préfère les grands et les petits démons seulement ;
  • un Paradis sans sauce Sainteté, avec option WoW et surprises à la Harry Potter I ;
  • … »

En ce qui me concerne, j’ajouterai que j’ai l’impression que le supermarché s’opère au-delà des seules croyances. Ce n’est d’ailleurs pas tant le choix de croire que le plaisir de voir qui consitue les religions modernes – et une fois l’ensemble de nos petits paniers constitués, au moment de passer à la caisse, on a le droit de choisir comme une carte de fidélité, un forfait identité – une sorte d’étiquette religieuse. On ne croit pas en catholique ou en animiste dans un monde de supermarché religieux : on choisit un terme pour couronner toutes nos idées, et ce pas seulement en regardant la composition de notre petit panier, mais même en considérant des raisons historiques, des effets d’affichage…
Pour moi, les mots évangéliste ou athée ne sont rien d’autre que ça. Des étiquettes à la sortie du supermarché religieux, auquel nous avons tous mis les pieds. Il nous arrive d’ailleurs souvent de retourner un article dont on n’est pas satisfait, ou de le laisser moisir dans les placard (honnêtement, j’ai personnellement renoncé à une vision sympathique d’un paradis avec ordinateurs et buffets de chewing-gums bien après avoir décidé de ne pas prendre le forfait chrétien, en me disant simplement que c’était un article pour enfants). De même, je jette aujourd’hui l’étiquette « athée », en disant que ça ne veut en fait rien dire. Et l’étiquiette « spiritualité », végétalegypte, c’est pas pour dire, mais ça fait bobo – surtout avec des sources.
J’y pense, juste comme ça. Vous savez que le Républicanisme à la fin du XIXè a parfois été comparé à une forme de « religion » ? Une religion dont les valeurs reprendraient l’idée de vocation (les instituteurs vs les prêtres), ayant ses sortes de dieux (la laïcité, l’égalité), une communauté fraternelle, etc. D’ailleurs, dans cette idée de vocation aussi, ne retrouve-t-on pas ce que Max Weber appelle l' »éthique protestante », qui veut que l’individu se réalise par son travail – un embryon de conception libérale, au fond. L’étiquette religieuse est aussi une étiquette politique, et à cause de ce rapprochement, je n’hésiterai pas à parler d’un super-marché politico-religieux, où les croyances sacrées côtoient les croyances profanes, et où les convictions de tous bords ont des connotations, des atomes crochus entre elles. Mais je m’éloigne un peu du sujet.

Mon vieux barbu à moi

Dieu joue au puzzle avec le monde
Alors, en qui est-ce que moi je crois ? Ben une chose est sûre, c’est que j’ai depuis longtemps laissé tomber ce vieux barbu de Dieu le Père qui nous pète à la gueule depuis son petit nuage rosé. Et non, ce n’est pas un blasphème, c’est la dénonciation d’une croyance populaire ou infantile, qui est tant le fait des catholiques que des athées (lesquels se représentent éventuellement le Dieu des Catholiques comme une conception naïve).
C’est d’ailleurs ce qui m’étonne le plus chez Dieu. Cette « anthropomorphisation » constante : on en fait un personnage à l’image de l’homme, avec des frontières infinies, mais une sorte de corps fini. Dieu, dès l’Ancien Testament, est à la fois l’Éternel, c’est-à-dire non pas l’être éternel, mais l’éternité elle-même, et une Voix, un regard qui plane sur le monde, avec ce danger de passer de l’idée de conscience universelle, d’ensemble des âmes, à l’idée d’esprit centralisé, unique, individuel. Le Nouveau Testament fait encore mieux : en donnant un corps au fils, un corps unique, humain, mortel, il a bel et bien fait de Dieu un individu, tant Dieu Homme que Dieu Créateur et Originel (c’est un peu la naissance du vieux barbu, qui a sa petite image d’Épinal). Dès cet instant, Dieu avait perdu sa principale caractéristique : l’universalité. Omniprésent, il est devenu présent où il voulait ; d’omnipotent (véritablement faisant tout), il est devenu capable de faire n’importe quoi ; il s’est même séparé de l’idée de Providence : nous retenons la Providence de Candide, qui est l’idée un peu naïve que tout ca bien, alors qu’au départ la Providence est l’action, la manifestation, la présence constante de Dieu dans le monde (elle se comprend même comme l’application constante de la loi de la gravitation : ce n’est pas un miracle, c’est la nature). Sous prétexte que « Dieu a créé l’homme a son image », l’homme a tué Dieu, en en faisant une image de l’homme.
(Je tiens à préciser que l’analyse ci-dessus n’est pas une pensée historique et documentée : c’est une analyse synchronique d’une notion contemporaine, orientée vers l’idée de perte pour des raisons rhétoriques.)
Vous l’aurez donc compris : ma vision de Dieu est plus proche de celle de l’âme universelle, de la conscience dont le corps serait l’univers, énergie sous forme de matière ou sous forme de loi. C’est une conception plus intellectuelle que religieuse, étant donnée que la seule extase qu’elle permet, c’est de se dire de façon fort banale que « c’est bien joli, tout ça, on se sent tout petit, oh là là comme l’univers va loin et comme il dure longtemps on arrive pas à se rendre compte » ; mais bon, il suffit que dix personnes pensent à célébrer cela sur un mode religieux et cérémoniel pendant cinq minutes, et là, y’a du potentiel pour faire une véritable extase religieuse et sacrée. Vous noterez aussi que je suis assez éloigné de la tripartition chrétienne, qui a le défaut selon moi d’incarner trois fois ce qui n’a pas de corps (au mieux, on peut dire que je crois en Dieu le Père) – cependant, je suis sensible au symbole, et c’est avant tout comme tel que je la comprends. Le Christ, la souffrance humaine, c’est autant l’humilité face à Dieu que l’humilité de Dieu – Dieu qui se trouve dans l’humanité, qui ressent ce qu’elle ressent, qui souffre pour elle et avec elle, Dieu qui nous appelle à ne pas perdre foi, à vivre droitement selon nos principes – et même surtout, à avoir des principes plutôt que des règles. Qu’importe si c’est vrai : c’est beau (et telle est la seule vérité).

Pour moi non plus, la vie n’a pas de sens – mais elle est plaisir, elle est beauté, quand j’ai envie de la regarder comme tel. L’univers est là, il est grand, il est éternel, et ses révolutions infinies ont comme quelque chose du roulement des vagues sur la grève, une respiration rassurante. La question du sens est un peu loin. Le sens, c’est ce qu’on en fait, ascète ou jouisseur.
Le Christ, lui, est une valeur humaine, un prophète, mais qui a la beauté d’aspirer à l’éternité. La Bible est aussi un symbole, un Poème, avec lequel je ne suis pas toujours d’accord (la Chute, c’est laid, l’homme à son image aussi), mais qui montre des hommes souvent laids et fautifs (Abel et Cain, ou encore Noé condamnant Cham à l’esclavage parce que son père l’avait vu à poil et bourré, je trouve ça bizarre comme conception de la beauté), tantôt sublimes ou pieux (fuite l’Égypte, Abraham…) et marchant avec l’Éternel.
Mon synchrétisme consiste essentiellement à rendre profane ce qui est religieux. À en faire une idée, quand on appelait ça croyance. J’ai ainsi l’impression de rendre à la religion son sens, sa solidité, sa vérité profonde, et de la rescussiter à elle-même (et même, de retrouver dans la raison une forme de sacré), tandis que dans les Églises elle se dégrade en représentations incomplètes et vides de sens, en idées fausses que les prêtres pour qui elles allaient de soi n’ont jamais cru devoir expliquer à la modernité ou au petit peuple. Qui sait, je me trompe peut-être…mais comment peut-on dire le vrai du faux, quand tout la vérité d’une croyance est dans le cœur de celui qui la conçoit ?

J’en veux quand même un peu à la religion

Dieu se fout de notre gueule
Va pour le racontage de life, maintenant.
J’aimerais juste écrire quelque part le coup de gueule initial qui m’a fait passer d’un « catholique par défaut’ à un « athée » quand j’étais môme, aux altentours de es dix ans.
Mes parents, quoique pas vraiment croyants, m’avaient fait baptiser bébé (j’ai envie de demander : de quel droit, enfin ?) et m’avaient fait faire du catéchisme (c’était un peu comme des cours, mais avec des gâteaux). Je voyais les communions (la petite, la grande, la confirmation, c’était un peu vague à l’époque, comme je savais qu’un jour y’aurait le bac, l’université…) comme des sortes de rites de passage à l’année/au cycle suivante. Et puis y’avait des cadeaux et de la famille, comme aux anniversaires ou à Noël. L’Église ? un peu comme une visite au musée : rare, plutôt impressionnant, joli, mais sec, inutile, long et éprouvant physiquement (je ris encore fréquemment du petit bon mot de ma sœur : « L’Église, c’est assis, debout, couché. ») Bref, la religion, c’était normal. J’ai même fait deux communions.
J’aurais aimé qu’on ne me fasse pas naître dans un héritage chrétien/laïque/catholique/républicain et qu’on me laisse un peu comprendre pleinement moi-même, une fois que je serais grand. L’Église s’est assez tôt attirée mon animosité. Aujourd’hui, je crois que je lui ai pardonné ; mais que ce soit haine, respect, peur du sacré ou peur du passé, je ne remettrai jamais les pieds dans une Église sans être intérieurement sans dessus-dessous. Car après tout, je me sens comme un ancien enfant-soldat en face d’une troupe de gens armés : je me demande si eux aussi, ils ont grandi à l’opium.

Publicités

Commentaires sur: "Mon vieux barbu" (2)

  1. Ribz a dit:

    (pas roman, bouquin, autant pour moi*.)

  2. Ribz a dit:

    Tu devrais lire Le Gai Savoir, de Nietszche.
    C’est presque effrayant, ton article suit la logique et l’ordre du roman.
    En vaguement moins ettofé, certes, mais relis ton article quand tu auras fini le bouquin, si tu le lis.

    http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Gai_Savoir/Avant-propos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s