pour passer le temps…

Avec le nouveau PS+ et sa formule révolutionnaire, nettoyez votre sphère politique de toutes les conneries qu’elle contient.

Comme une bonne partie d’entre vous (je suppose), j’ai reçu, il y a quelques jours, dans ma petite boîte aux lettres NO PUB une petite brochure sympa, avec un gauchiste chauve aux faux airs de commercial (mais si, celui avec lunettes sans monture pour la transparence, et aux cheveux si organisés qu’ils en rayonnent de compétence). De son air muet et sérieux, cette homme nous fixe, avec une sorte de bienveillance rassurante ; à côté de lui, un texte s’étale, pour nous rappeler que les Français ne voteront pas que pour un homme, mais aussi pour des idées. Découvrons-en ensemble la première page.

Photo de Francinounet

Il a des yeux révolver...

LE CHANGEMENT,
C’EST MAINTENANT
Les slogans, c’est soûlant.

Je suis candidat à l’élection présidentielle
Bon, au moins, il mâche pas ses mots

pour redonner (rendre) à la France l’espoir qu’elle a perdu depuis trop d’années.
Aaaaaahh ! Admirez la concision : cette phrase est le programme de tout un discours ! Candidat, France, espoir, années. La France sera le principal sujet des préoccupations du candidat, une France dont il se fait encore une « certaine idée », une France grande, puissante, prospère et heureuse. L’espoir…ma foi, changement, ensemble, espoir – tous ces mots sont bien jolis, et vive la paix dans le monde comme chante Justin Bieber !
Enfin, l’idée principale, c’est que la France a perdu l’espoir. Allez, dites-moi quand c’est, la dernière fois qu’elle en a eu, de l’espoir ! Après 1968, où des jeunes déambulant dans la rue nous ont refait le coup de 1830 ? À la sortie de la guerre, quand les rationnement ont continué, et que son Empire Colonial s’est effondré ? Dans les années 1930, où les dictatures fleurissaient en Europe comme des champignons à Fukushima ? Du temps de Zola ? De Balzac ? De Charlemagne ? De Jules César ?
Faut pas déconner ! si un historien me donne la date de la Mort de l’Espoir en France, je lui fais un prix à son nom !

Les Français souffrent.
Rien qu’à la lecture de cette phrase, je sais que vous vous tordez de douleur derrière vos écrans, les côtes cassées, pleurant toutes les larmes de votre corps. Je vous entends d’ici hurler : « Arrête, François le Français, je vais faire pipi hi hi hi ! »

Ils souffrent dans leur vie :
Super. Une souffrance vague, indéterminée dans le temps, dans les esprits, dans ses causes. Une souffrance générale, affectant uniformément l’esprit d’une nation (oui, la nation, vous savez, ce concept du XIXème siècle ?)
Les Nord Koréens aussi souffrent. La mort de leur dirigeant leur a fait perdre l’Espoir. C’est pour ça que François Hollande est candidat à l’élection présidentielle : c’est pour rendre l’espoir aux Nord Koréens qui souffrent, et qui se plient de rire derrière leurs écrans.

le chômage est au plus haut parce que la croissance est au plus bas ;
Se méfier des explications simplistes. En particulier, j’en ai marre de la Sainte Croâssance.
Pour commencer, scientifiquement, créer des emplois, c’est créer plus de richesse, donc créer de la croissance – expliquer le chômage par la croissance, c’est comme expliquer la spongiosité de l’air par ses propriétés spongieuses : c’est une tautologie, et ça ne dit pas comment créer de l’emploi.
En revanche, ça affirme bien clairement : « Nous sommes des politiciens orthodoxes et sérieux, messieurs des marchés financiers. Nous ferons tout pour préserver notre économie, afin de simuler la croissance. »
Donc, le chômage n’est pas une question de quartiers et de discriminations, de longue durée des arrêts de travail, d’imposition des employeurs, de structure des entreprises françaises. C’est parce que la croissance, parce que la crise.
Hé, d’ailleurs, vous avez remarqué ? Monsieur est poète ! Parce que la croissance, c’est un mouvement vers le haut, et être en bas, c’est un immobilisme de l’échec. Un paradoxe jusque dans les notions, il paraît évident qu’un homme sérieux et éloquent saura le déjouer, et par là régler le problème. Enfin, je doute que Monsieur Hollande ait vraiment réfléchi à cette phrase : c’est juste un slogan éprouvé, qui sonne bien, avec cette sorte de magie, qu’il s’est contenté de reformuler en en conservant le fond.

la hausse des prix et des taxes ampute le pouvoir d’achat ;
C’est vrai que dans les années 60, on avait nettement plus de pouvoir d’achat. Pourtant, il faut croire qu’à l’époque, on ne souffrait pas, on avait encore de l’espoir ! Cela fait quelques années que le pouvoir d’achat est stable (je ne dis pas que le panier du français pauvre n’en prend pas plus dans la tronche que celui de M.Hollande, ceci dit) – quoi qu’il en soit, à mes yeux, le pouvoir d’achat est avant tout un des slogans soûlants qui ont fait élire M.Sarkozy.
Heureusement, M.Hollande a une solution magique pour faire baisser les prix. Il suffit d’élire un gogo à lunettes. Comme ça, il va désamputer le P.A.

l’insécurité est partout ;
Whaaaat ? Bon sang de bonnne mère, la gauche, c’est plus ce que c’était ! Les Français souffriraient parce que les arabes cambrioleurs et les violeurs anarchistes déambulent dans les rues ? Nous vivons vraiment dans un monde sans foi ni loi…
Non parce que l’insécurité dans l’emploi, je comprends que la gauche en fasse son affaire ; mais l’insécurité sur vos routes, dans vos rues, dans vos rapports sexuels avant le mariage et dans vos toilettes, ça fait plus Marine le Pen en fond sonore.

les emplois s’en vont au gré des fermetures d’usines et des délocalisations industrielles ;
Le mot est dit : délocalisations. Une cause mineure de la destruction brute d’emplois, mais fortement médiatisée, impressionnante, terrifiante, xénophobe. Et on en profite pour faire un clin d’œil aux gauchistes d’il y a un siècle, dont la base était principalement ouvrière ? Ben non voyons…
Les emplois, donc, s’en vont, et ils ne s’en reviennent pas. Ils ne changent pas. Ils ne montent pas vers des tâches intellectuelles. Non : juste trois petits tours, et hocus pocus ! plus d’emplois !

l’école, l’hôpital sont attaqués
« Ils étaient déterminés. »
BOM
« Ils étaient sans peur. »
BOM
« Ils n’avaient ni foi ni loi. »
BOM BOM
« Leur unique raison d’être… »
BOM BOM
« …le motif de leur venue… »
BOM BOM BOM BOM
« …était la cocaïne ! »
TFTFTFTFTF-DAM !
Hans Zimmer en fond – « Vivez la guérilla ultime… » – cour de lycée Parisienne, des élèves basanés courrent vers des profs
« La souffrance de l’espoir » – une prof fond en pleurs devant ses étudiants maghrébins cocaïnomanes
« SCHOOL UNDER ATTACK ! » – la puissance du Label Pur.

et n’assurent plus l’égalité entre les citoyens ;
Bon, c’est bien de le reconnaître…mais l’hôpital est quand même moins concerné que l’école, il faut le reconnaître. À moins qu’on ait droit à une sublime distinction entre l’égalité civique et l’égalité physique ? Allez, tout le monde rétrécit, pour être l’égal de Sarko !

l’avenir semble bouché pour eux et pour les enfants ;
Bison futé signale une journée rouge dans le secteur de l’enseignement et de la médecine.
Éh, éh, Monsieur Hollande, vous connaissez un laxatif futur pour le secteur hospitalier ?

la jeunesse se désespère d’être maintenue en lisière de la société.
Ah, on est au bout. Et tout ce parcours fantasque entre les prix, les emplois, les délocalisations, les bouchons dans les écoles et les jeunes sur le périphérique, tout ça pour quoi ? Pour retomber sur ce qu’on avait dit au début : il n’y a plus d’espoir, plus d’avenir, tout est K.O., désenchanté, les Français souffrent, parce que la croissance est au plus bas.
Mais c’est sûr, non content d’être désespéré, moi jeune Français qui souffre, je me désespère (en plus), je me fais souffrir au bord de la société, comme au bord d’une forêt où les loups s’entre-dévorent…

Paragaphe suivant.

Les Français souffent aussi dans leur âme collective :
Vous remarquerez l’éloquence et le sens de la rhétorique : après avoir développé que les Français souffraient dans leur vie (c’est-à-dire en tant qu’individus français), François Hollande, qui a énuméré les causes en y glissant parfois des explications qui donnent l’impression qu’il connaît la solution à ces problèmes rhétoriques, a ménagé une transition vers son propos initial, auquel il revient dans une sublime anaphore.
Il divisera ainsi le sentiment de souffrance des Français (insistant sur l’idée de souffrance, de France, de désespoir) en deux tableaux : l’individuel d’abord, puis, comme par une sorte d’élévation, le collectif. D’abord le trivial, l’économique, le physique ; ensuite le moral, l’abstrait, l’axiologique. Et nous savons qu’il est sur le point de développer à présent son énumération sur l’âââââme collective. Attendez, parce qu’on a une âme collective de patrie ? C’est quoi cette invention métaphysique à deux sous ?

la République leur paraît méprisée dans ses valeurs comme dans le fonctionnement de ses institutions ;
Ouais, en même temps, ceux qui gueulent dans le métro : « J’ai le droit de dire mon avis, on est en République, merde ! hic… » me paraissent assez représentatifs de la réflexion des français qui arrivent en âge de voter. Des valeurs républicaines ? À part une vague propagande au collège, j’en ai faible souvenir. Les institutions ? la volonté d’un seul homme, après lequel, le déluge…c’est beau de savoir se rendre nécessaire, d’ailleurs !

le pacte social qui les unit
Yeah, un lecteur de Rousseau. En voilà une Lumière. Votons pour lui. Au fait, quel est le pacte social qui m’unit à Cyprien du Net ?

est attaqué ;

TADAM !!! (crescendo, images floues de manifestants)
« Une guerre…
…un peuple…
…un Pace Social…
…une République.
BOM (écran noir, silence)
2012 – LA RÉPUBLIQUE EN DANGER. Un film de François Hollande. »

le rayonnement de leur pays est atteint
Ah, on le voit donc : François Hollande, à l’instar de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, a une certaine idée de la France ? La France, solaire pays des Droits de l’Homme – un titre honorifique et historique dont elle s’enorgueillit, comme les États-Unis se croient l’incarnation de THE DEMOCRACY, de l’idée même de liberté du peuple, dans une des nations les plus liberticides et les moins démocratiques du monde – la France, qui serait bien en peine de justifier sa supériorité et sa situation économique et politique actuelles, avec son millième de la population mondiale, la France, pays post-colonialiste, civilisateur, pays de LA culture, voilà ce qui fait l’âme d’un Français.
Même François Hollande n’ose pas dire que la France, il s’en « tamponne l’oreille avec une babouche », comme disait le Nain de Naheulbeuk.

et ils voient avec colère
C’est vrai que c’est pas juste, ohlàlà, pauvre petit pays bourgeois, qu’est-ce qu’on est enragés

la France abaissée, affaiblie, abîmée, « dégradée ».
Waaaaaw. Après la dégradation de biens et mobiliers au lycée, on peut dégrader la France. Vous savez ce qu’on fait d’un objet abîmé ? Eh bien on le jette.
Quatre adjectifs, quatre participes passés passifs, pour appuyer lourdement sur ce que subit la France sur la scène internationale, sans pour autant se laisser aller à assez de colère pour utiliser des termes choquants et irrationnels tels que « souillée », « détruite », « violée ». François Hollande demeure un candidat résolument digne, aux propos mesurément démagogiques, mais sérieusement pesés. Indigné, mais digne tout de même. En bref, à la fois fade et marquant. Socialiste, quoi.

Bon, dans la suite de la brochure, il dit, comme Diam’s « C’est la crise, ouais : dans le frigo, y’a plus de haribos, papa dit que c’est la fôt à Sarko ! » ; il ajoute que « nos fonctionnaires sont parmi les meilleurs du monde » (WTF ?…bon, avant les fonctionnaires, il cite des ouvriers, des chercheurs et autres ingénieurs) et que donc on peut s’en sortir ; il nous dit que voter c’est important ; il nous dit d’autres trucs dans une rubrique intitulée « La vérité : » et là, je dois dire que j’ai lâché l’affaire en me disant que si François Hollande nous révélait la Vérité, c’est que ça partait vraiment en eau de boudin.

Cherchez pas, tout est dans cette première page.

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Commentaires sur: "Le Changement, c’est super-décapant !" (4)

  1. AudVoo a dit:

    Un méli-mélo de tout ça…Que le système actuel est insatisfaisant, que l’on semble coincé pour en changer, que le vote donne une coloration rouge ou bleu au non-changement de demain. Que bien qu’utopiste, j’aimerais bien vivre dans un autre cadre, avec un système participatif…

    • Ouf, j’ai eu peur que tu fasses partie de ces gens qui, aussi insatisfaits par le système parlementaire que moi, décident de voter Marine « pour emmerder le PS et l’UMP », sans plus de conscience politique que ça. Franchement, voter pour les extrêmes n’est pas une manière de changer quoi que ce soit, car ces dernières n’offrent pas nécessairement de meilleures idées…disons-le, il y a même des trucs carrément irréalisables.
      Vivre dans un cadre utopique…si on a ce désir, comment l’exprimer, politiquement ? Quelle manifestation ? Quelle association ? (je pose juste la question au cas où tu aurais une réponse, c’est juste que j’en ai marre de pas bouger de chez moi…)

  2. AudVoo a dit:

    Si je reste sur ce blog, je vais bien finir par ne pas survivre! *sort, à mal aux côtes à force de rire, est renforcée dans l’idée que voter…*

    • Que voter c’est mal tout court, j’espère 😛
      Ou alors que voter inutile c’est bien ?
      Pas voter pour la droite, mon dieu !
      Ni voter au centre, justement !
      Je parle ici contre Hollande, mais je ne recommande pas un autre ! de fait, j’ai pas pensé à m’inscrire à temps, donc je n’ai pas vraiment creusé la question.

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