pour passer le temps…

Avertissement préliminaire : si vous ne comprenez pas une phrase de l’analyse ci-dessous, contentez-vous de la remplacer par « Boing boing ! »
Note : cliquez d’abord sur le lien.

Les récentes avancées de la philosophie post-moderniste ne cesseront de m’étonner. Notre monde, construit, déconstruit, reconstruit, lu et pensé, est par bien des égards similaire à un château de carte qui grandit sur le néant de notre Moi profond. Telle est la réalité récemment mise en lumière par l’œuvre fantastique de François Byzantin : Boing Boing !
Le boing est un mouvement, une pure dynamique, qui se déroule au-delà des mots, des idées des buts. Le monde extérieur et l’esprit participent tous deux de cette splendide boucle de la répétition. Voilà ce qui conduit nos sens, nos corps, notre mouvement : non point la seule pensée, come on pourrait d’abord le croire (laquelle pensée, sage et modérée, sur le point de grandir, pointe son regard dans une direction figée, détournée du monde qui fonce vers elle), mais l’alternance du regard, qui va du sujet à l’objet, de l’objet au sujet, et qui en s’avançant, pied gauche après pied droit, revient continuellement à son immobilisme premier.
Il est d’ailleurs étrange que cet immobilisme soit ici incarné par le corps. Mais il ne faut pas oublier que le corps n’est pas, comme le défendent les conceptions scientifiques, un lien entre l’esprit et le monde, vaisseau des sens et des nutriments : aux yeux de l’individu, le corps est un appendice de l’esprit, un appendice inconnu, dérisoire, sans importance, qui se situe dans un vide : ni objet du monde, ni constituant de mon identité, le corps est passif dans la marche de l’être.
Cette marche, cette répétition, d’ailleurs, que nous donne à voir l’inlassable rebondissement de l’objet et de l’esprit, comment l’interpréter ? Elle qui se trouve tant dans la rondeur de la tête ou du corps que dans celle de la balle, n’est-elle pas un rappel des éternelles lois de la physique ? Ici pointent les angoisses métaphysiques que nous a laissées en héritage la modernité déicide : l’Éternel, divisé entre le Je, le Moi et le Monde, n’est ni l’être, ni le regard, ni la création : il est dans les interactions constantes et inlassablement reprises entre les trois éléments de cette trinité. Nous touchons ici, dans un sens hugolien, au sublime.
Mais le boing boing brille également par son profond engagement. Quoique plus triviale, cette dimension n’en est pas moins le cœur de la richesse de cette œuvre. Tout dans ce travail, à commencer par le titre, révèle qu’il est question ici de dualité. Deux boings, celui qui vient et celui qui part, celui de la tête et celui de la chose – deux choses, deux instances qui se succèdent sur ce corps – le début, à gauche, et la disparition, à droite. Au-delà du cycle, Boing boing révèle la lutte. Une lutte qui n’a pas de nom : est-ce la femme, ici représentée par une fille, qui lutte contre la domination masculine (sous forme de balle de football) ; le consommateur qui résiste à la matière commerciale ; l’éveil qui fait face au sommeil ? Le système peut s’appliquer à toutes mes formes de domination ; boing boing est dans tout les cas l’apologie du mécanisme révolutionnaire. Un mécanisme vain, sans résultat, une vision désillusionnée, désanchantée, presque désespérée, du monde et de la mort. Mais un mouvement, une force qui vit.
D’ailleurs, que ce soit la chose ou la tête qui mène, toutes deux alternent également, toutes deux obéissent à la même loi : ce n’est pas tant la domination ou la lutte incessante que l’équilibre du monde que dépeint Boing Boing. Le yin et le yang, parfaitement interchangeables, se pénètrent mutuellement de leurs rôles, et le monde, compris non plus comme représentation païenne, mais comme volonté individuelle, rebondit continuellement sur lui-même.
Ergo boing.

Notez qu’il existe également une version longue.

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