pour passer le temps…

Archives de février, 2012

Les flux RSS

Vous est-il déjà arrivé de passer plusieurs fois par jour sur certains blogs, en vous demandant nerveusement si un nouveau billet avait été publié ? Moi, en temps de désœuvrement, oui. F5 était devenue une de mes touches fétiches, je la caressais plusieurs fois par jour, contemplant anxieusement l’écran, redoutant la punition des dieux.
Perte de temps, perte de bande passante, gaspillage, tout ce que vous voudrez.

Il existe un moyen plus simple d’avoir des nouvelles, sans jamais oublier un blog : le flux RSS.
Les flux RSS, c’est une technologie qui va appuyer sur F5, sur plein de sites, à votre place, et de façon moins pénible pour le serveur.

Je sais par les stats que mes (milliers de) visiteurs utilisent quelquefois ce genre de technologie. Mais si vous connaissez pas, sachez que c’est vital. Ou, disons, vachement pratique.

Plan de l’article :

Qu’est-ce que cette technologie ?

(Partie d’explications techniques – vulgarisation des principes généraux, je peux d’ailleurs pas faire mieux ^^ »
Cette partie est là dans un but purement indicatif, si ça vous barbe vous pouvez sauter)

En général, quand vous surfez sur le net, votre navigateur (IE, Firefox, Chrome, Opera…) demande au serveur sur lequel est hébergé le site de lui envoyer une page HTML (ce que vous avez sous les yeux). Cette page HTML, le serveur vous la fabrique sur mesure à partir du site, et il vous l’envoie.
Hé oui. Si vous avez Firefox ou Internet Explorer, la page que vous recevrez sera peut-être créée différemment. Pareil pour les plug-ins. Ou les préférences perso (par exemple, sur ffworld.com, en bas du menu de gauche, je peux « changer de skin »…le serveur le retiendra, et il me fabriquera des pages web ffworld bleues)

Dans le cadre de la technologie des flux RSS, la grande majorité des sites s’est, de plus en plus, mise à fabriquer des fichiers spéciaux, codés non pas en HTML, mais en XML. Ces fichiers peuvent être compris par des programmes.
Ok, mais mon navigateur, c’est un programme, et il comprend les pages HTML…
Non. Il est capable de les lire, c’est-à-dire de vous les afficher. Mais les pages HTML, c’est un peu un bordel : elles sont fabriquées différemment d’un site à l’autres, les articles sont pas toujours organisés d’une façon similaire (bien que ça se ressemble dans le navigateur, la recette n’est pas la même), et y’aura toujours des choses imprévues qui arriveront.
Les fichiers RSS sont non seulement codés en XML, ils sont aussi standardisés. C’est-à-dire que le code ne s’embarasse pas de frioritures : il dit : « Ça, c’est le titre, ça, c’est la date, ça, c’est l’auteur, ça, c’est un bout de conteu, et ça, c’est le lien. » Du coup, un programme qui travaille avec ce fichier est capable d’identifier le titre, et de conclure : « Si je vais là, je trouve le titre, et je dois en faire ça. »

Si vous voulez, la différence, c’est que votre navigateur, tout ce qu’il sait, c’est : « Je dois sauter deux lignes et afficher le texte en gras souligné, taille 19. » Il serait bien en peine de dire qu’il affiche le titre de ce qu’il y a en-dessous. C’est intuitif pour un humain, très compliqué et jamais certain pour un ordinateur.

Bon, le site fabrique des fichiers XML pour des programmes, et alors ?
Et alors, ça veut dire que les programmes seront capables de comprendre s’il y a un nouvel article/un nouveau commentaire/une nouvelle actualité/un nouveau mail sur le site ! Et de vous en informer !
Or, qui dit programme dit automatique, rapide et Massif.
Ces programmes-là, on les appelle des agrégateurs (ou RSS readers), parce qu’ils réunissent les flux RSS émis par les sites en un seul flux pour l’utilisateur (ils agrègent, quoi). En gros, ils vont consulter les fichiers XML à intervalles réguliers (comme vous consultez les pages HTML en appuyant sur F5), ou quand vous le leur demandez. Et comme ils comprennent ce qu’ils reçoivent, ils pourront, s’ils trouvent du nouveau, vous en informer, télécharger le titre, le lien, et tout ou une partie du contenu.

Il existe deux types d’agrégateurs :

  • les agrégateurs en ligne : ce sont des WebApp. Autrement dit : ça se passe pas sur votre ordi. L’agrégateur est sur le net, et les options de configuration sont sur le net. Il vous suffit alors de visiter le site qui vous fournit ce service d’agrégation pour voir s’il y a du nouveau (et pas besoin de faire F5)
  • les agrégateurs en local : par opposition à ce qui se passe en ligne, le local, c’est ce qui se passe sur votre ordi. L’agrégateur est un programme qui roule sur votre ordi ; ses fichiers sont sur votre ordi.

Par principe, moi, je suis contre les WebApp, car c’est confier le fonctionnement de ses programmes et ses données personnelles à un tiers sur lequel on n’a aucun droit de regard. D’autant que, contrairement à un programme, un service n’est jamais gratuit.
Après, le choix d’un agrégateur est tellement large que dresser un tableau comparatif serait un véritable casse-tête.

Il y a cent mille détails techniques qui semble agiter le monde du RSS (par exemple, de façon simple : c’est quoi Atom ?) ; mais je n’ai pas cherché, car la magie du RSS, c’est qu’on n’a pas à savoir comment c’est fait pour l’utiliser : le RSS est pensé comme un outil simple et intuitif.

À quoi ressemble le RSS ?

Avant de vous montrer comment faire, j’aimerais vous montrer une capture d’écran du logiciel qui récupère les flux RSS des sites que j’aime bien (moi, c’est Thunderbird) :

Mes flux RSS sur Thunderbird

Bon ben, des menus, du rangement...ça ressemble à une boîte mail ! Cliquez pour agrandir...

Hé oui, je m’en sers aussi pour mes mails (d’où le rectangle noir).
Donc vous voyez : un article paru, c’est comme un message non lu. Les flux RSS s’organisent en sous-dossiers. Il y a un lien pour aller lire l’article.
Ah oui, important, ça. Lire l’article sur le site. Parce que bon, si le bloggueur voit son nombre de visiteurs tomber en flèche, il sera tout triste et déprimé, et ses articles seront tristes et déprimants.
Et j’ai même des chaînes youtube ^^

En gros, c’est une super-newsletter de tout, qui pollue pas ma boïte mail, qui trie comme je veux, et dont je me désinscris en deux clics.

Trouver le flux

Lao Tseu disait que pour trouver le flux, il fallait être le flux. Alors sois, comme Lao Tseu, Internet. Pense Internet. Feel Internet…
Sens-tu le Net couler dans tes veines ? L’immensité de toute cette vie, de ce courant immense d’informations, cette douce respiration divine ? Bien, jeune disciple…si tu ES l’Internet, alors tu peux commencer à partir en quête des flux.

Comme je l’ai dit, la quasi-totalité des sites offrent des flux. Il faut juste chercher le petit symbole associé au concept du RSS. Tenez, par exemple, chez IV :

Le flux RSS d'IV, il est LÀ !

C'est tout en bas...

Voilà. Et firefox a la gentillesse de me dire en bas à gauche où je vais mettre les pieds.
En fait, pour ceux qui ont tout suivi, je vais aller sur une version HTML du fichier XML (waaaahhhawww x_x). Essayez sur plusieurs sites : vous verrez que la disposition du contenu est vraiment standardisée.
En général, vous pouvez chercher les mots « RSS » ou « Atom » sur la page (ctrl+F dans le navigateur pour l’outil de recherche), ou le petit icône…
Ben tenez, j’ai la flemme de vous trouver une image, alors allez là, du RSS y’en a plein.

Enfin, si vous ne trouvez rien, cherchez sur le net en fonction de l’hébergeur, essayez les variantes de ce que vous avez déjà trouvé. Oui, je sais, c’est désespéré, mais ça peut marcher.
Par exemple, pour levegetarismematuer.tumblr, j’ai rajouté un /rss, et c’était dans le sac !
Ou encore, pour les chaînes YouTube, une solution que j’ai pas sortie de mon chapeau. Le flux des dernières vidéos, c’est donc : http://gdata.youtube.com/feeds/api/users/UTILISATEUR/uploads?orderby=updated (où vous remplacez « UTILISATEUR » par le pseudo de la chaîne YouTube)

S’abonner au flux

S’abonner ?
Waaahaaaw 0____0
Et même que c’est gratuit.
Faut dire, ce terme me fait toujours un peu peur. J’ai l’impression de m’engager à quelque chose. Donc, j’ai jamais essayé de cliquer sur le bouton « abonnement » (waaaaaaaahaaaaw 0__0) de YouTube.
Je préfère récupérer un flux. C’est moins terrifiant, et c’est plus facile.

Bon, pour s’abonner à un flux, il faut avoir un agrégateur. L’agrégationneur (j’en ai déjà parlé), c’est le programme qui, quand il saura où chercher, ira surveiller les flux à votre place, et vous en informera fidèlement. Pour le choix de l’agrégationnisateur, je vous laisse consulter la page Wikipédia, qui les liste tous, du plus abscons au plus connu.
La plupart des agrégationnalisateurs sont très intuitifs : normal, la technologie RSS a été pensée pour simplifier la vie des utilisateurs, ce serait un comble qu’on s’y perde. Tout ce qu’il y a à faire, c’est copier-coller le lien : l’agrégationnalisationeur va créer un dossier dans lequel le flux va créer les derniers articles apparus.
On peut ensuite marquer les articles lus/non-lus, renommer les dossiers, les organiser en arborescence, les détruire (= se désabonner)…bref, simple comme bonjour.

J’ai jeté un coup d’œil à Google Reader, c’est très facile et très bien fait. Mais quand je me suis rendu compte du nombre d’agrégationnalisationiseur (ils auraient quand même pu choisir un nom moins compliqué…) j’ai laissé tomber l’affaire.
Enfin, mon agréga programme à moi, c’est Thunderbird, qui est difficile à configurer, abscons, pas très pratique (sauf quand on a l’habitude), mais qui a l’avantage de ne pas dire à une entreprise tout ce que je fais et ce qui m’intéresse. En plus, il retient les mots de passe de mes boîtes mails.
Je ne détaillerai pas l’installation et la configuration de Thunderbird ici parce que c’est long, compliqué, peut-être pas pareil sous Windows (pour vous) que sous Linux (pour moi). Mais si vous avez le courage de vous frotter quelques heures à l’interface à l’aide de ce guide, croyez-moi, vous en retirerez beaucoup de plaisir !

Bon, pour ceux qui connaissez pas, prenez un peu le temps de vous y frotter, et donc, bon fun avec les flux.
Je partagerai en lien les sites que je suis d’ici peu (jusqu’ici, j’ai pas pris le temps de le faire :P)

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La secte verte

Je dois avouer que des fois, les arguments qu’un omnivore peut trouver face au végétarisme me laissent perplexe, en dépit de mon état d’ex-omnivore.

Par exemple, mon père m’a sorti qu’être végétarien, c’est comme d’aller élever des chèvres en Ardèche à son époque.
Ne pas manger de viande = devenir éleveur. WTF ? O_O’

Et puis des fois, on a une révélation.

 

La Secte végétarienne…ma foi, je me suis amusé il y a un mois, dans NO COMMENT 1 et 2, à essayer d’en imaginer une.
Gourou, croyances bizarres, rites fantasques, système emprisonnant et contraignant, non-retour, illégalité…je dois dire que je ne trouve rien de tout ça dans le végétarisme, et pourtant, c’est pas des blagues, même en-dehors d’Internet, le mot « secte », je l’ai déjà entendu !

Aujourd’hui, je viens de comprendre.

Secte = « Interdit alimentaire » !

En fait, comme dans les religions musulmanes et juives. Mais pas officiellement. Donc secte.
C’est peut-être aussi pour ça que le végétarisme est encore moins bien accepté que le halal, ou que les plats sans porc.

Notez que le terme d’interdit alimentaire me paraît d’origine probablement omnivore. Perso, j’aime pas qu’on définisse un choix conscient et motivé comme un interdit dogmatique.

Panique à Virgin-Land

Voilà une petite pub drôle qui, de façon très impolie, essaye inlassablement de me prendre pour un pigeon chaque jour que je passe dans la rue :

Méfiez-vous des offres sans smartphone !

Le Virgin Group fait-il campagne contre les nudistes ?

Juste comme ça, si vous cliquez sur le lien, vous verrez que même dans le principe, cette campagne est un épic fail : Virgin propose lui-même une offre « sans smartphone ».

Aussi, soyez forts en calcul : pour 15€/mois (oui, car faut pas se foutre de notre gueule, on le sait que si y’a 14 écrit en gros, c’est en fait 15), on a un smartphone (par mois ?) (d’ailleurs, notez bien : pour les cons, en rose, on écrit que c’est un smartphone) PLUS deux heures d’appels sms illimités (merci la syntaxe).
Vous savez, théoriquement, il me semble qu’on ne peut additionner que des choses d’une même unité, pour obtenir un résultat dans cette unité. Or là, on obtient des €, en aditionnant des h, des SMS, et des smartphones. C’est aussi faux que de dire :
1 poire + 2m² 5L = 2 travailleurs.
Ça ne veut RIEN DIRE. C’est des pseudo-maths à gogo, du marketeux à deux sous.

Bon, intéressons-nous aux petites clauses en bas.
1) « réservée aux nouveaux clients » : cela signifie que si vous nous êtes fidèles, on vous exploite encore plus. Venez chez nous !
2) « dans la limite des stocks disponibles » : pas de bras, pas de smartphone. Mais on a cette autre offre qui pourrait vous intéresser…

3) « Prix du smartphone Galaxy Gio à 1€ sous réserve de sousrcire concomitamment à son achat à un forfait Extaz M 2H ) 14,99€/mois avec engagement 24 mois »
Aha, ça, c’est intéressant. Le smartphone n’est pas gratuit : on vous le vend à crédit ! Bon, alors, 1+14,99×24=360,76€. Pfiou ! Et c’est quoi le prix d’un smartphone ? Ah ! Aujourd’hui, 181€ à tout casser. Virgin vous le compte à 199€ (plus bas dans les petites lignes), soyons cléments et considérons que c’est le prix.
Ça nous fait donc 159,76€ pour deux ans d’offre mobile virgin, contre 48€ chez Free.

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Et qu’offrent-ils, chez Virgin ? Ma foi, des SMS illimités limités en nombre de destinataires (99 différents par mois), et deux heures d’appels vers pas tous les numéros. Si ces conditions ne sont pas respectées…Ma foi, j’ai voulu me taper leur brochure à eux, mais leur site est tellement lourdingue que j’ai pas pu les voir !…ah, si, c’est bon, enfin…ben, les conditions sont claires : 0,37€/minute pour les appels qui dépassent. Ça roxx ^^

En comparaison, la célèbre offre à 2€ (ou 0€) de Free (sur le site de free mobile, cliquer sur le lien : Brochure tarifaire) ne propose qu’1h par mois – au-delà, elle fait payer 5 centimes la minute, et elle se limite à 60 SMS (10 destinataires par SMS max – pas de limite de destinataires totaux – c’est-à-dire qu’on peut monter jusqu’à 600 destinataires en théorie) : ça fait 2 SMS par jour (consommation assez importante à mes yeux), au-delà desquels elle facture un petit centime par SMS.

Vous conviendrez que pour atteindre les 55,88€/an de différence avec Virgin dans ces conditions, il faut être assez fort – et dépasser de loin les 2h d’appel ou les 99 destinataires, à moins d’être un spammeur de première classe et de taper des sms en dormant !

Conclusion attendue : Virgin est plus cher, et il vous engage à payer pendant deux ans. Free, lui, casse les prix, et est plus libre.
Qui est-ce qui nous met à poil depuis des années ?

 

Pour être précis et rigoureux : On notera également que pour Internet et les MMS, c’est encore plus compliqué.
Virgin : 0,1€/Mo, 30Mo maximum OU 3€/mois pour 100Mo (par mois) ; 0,3€/MMS (en-dessous de 0,3Mo)
Free  : Internet et MMS : 1,99€/20Mo/1mois ; au-delà : 0,06€/Mo. Dans ces conditions, on atteint les 3€ d’internet pour un peu moins de 55Mo, et on arrive aux 100Mo de Virgin pour 6,79€.
Enfin, les MMS viennent fausser la donne, et quoi qu’il en soit, 6,79-3=3,79€ par mois de différence, ça comble pas ces fameux 55,88€ par an, si ? Bon !

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Allez, juste parce qu’un petit message quand on passe la souris sur l’image, ça me suffit pas.
Les caniches rasés, c’est horrible. Détestable. On n’aurait jamais dû les inventer. Beûrk !
Quitte à ce que les marketeux pour d’jeuns pondent les lolcats, autant que ce soit pas des chiens !
Ton chien est pas à poil. Tout le monde peut pas se payer un caleçon en fourrure et un collier de luxe.
Elle est moche ta prairie.
Il est moche ton caniche.

Mon vieux barbu

Quelques histoires sur le sens de la vie…

L’idée de cet article m’est venue à la lecture de l’article de vegetalegypte sur la religon. Simplement, au lieu de faire du racontage de life dans un commentaire en trois parties, j’ai décidé de le faire sur mon blog.

Le Flying Monster Spaghetti, créateur du ciel et de la Terre...

Vous trouvez pas que ces boulettes de viande, ça lui donne l'air de...non, rien...

Sommaire (ajout postérieur) :

Un contexte omnilaïque

Moi et la religion ? Ma foi, vous serez d’accord que ce n’est pas une chose dont on parle souvent dans la vie, la religion. Il m’est arrivé de fréquenter pendant plusieurs mois des gens avant de savoir qu’ils étaient catholiques ; quant au judaïsme, il est tout aussi discret (vous noterez l’idée que les catholiques ne se voient pas, mais que les juifs se cachent, hein !). Pour ce qui est de l’islamisme, je m’y connais peu, mais entre les gestes traditionnels et les croyances, difficile de faire la part…ma foi, d’ailleurs, ça ne rearde pas que l’Islam : dans l’océan des signes distinctifs qu’arbore une personne, rares sont ceux qui renseignent sans ambiguïté et vec une certitude absolue sur son affiliation religieuse !
C’est donc ça, la laïcité ? Un « espace public » sans religion ? Mais la religion n’est-elle pas publique par essence ? La religion n’est-elle pas parole, échange, communauté ? Certaines religions ne font-elle pas de la parole une valeur essentielle ?
Comprennez-moi, je suis bien content que le principe de laïcité soit compris comme essentiel dans les structures d’un état, dans les administrations, à l’emploi, je considère que c’est une bonne chose. Mais n’en est-on pas arrivé à une « société laïque », pour ne pas dire anti-religieuse ? Non seulement les religions ne s’expriment plus, mais on a pu constater ces dernières années que le soi-disant principe de laïcité appliqué à l’Islam déborde sur le choc des civilisations. En effet, si les religions judaïques et chrétiennes sont, de nos jours des religions « laïques », dans le sens où elles ne s’exhibent pas, ne se déclarent pas comme telles, et ne réclament pas de droits particuliers sur la place publique, les autres me paraissent toujours aussi mal tolérées, parce que justement, elles sont autres. Liberté de religion, mon œil ! on est libre de croire pour peu que ce soit dans notre bon Dieu historique !
Je pourrais faire des pages pour me demander si la laïcité est une religion, si le sens du mot a dérivé vers une forme d’intolérance religieuse, etc. Mais ce n’est pas ce qui m’occupe ici, aussi pouvez-vous aller lire ici des développements plus rigoureux sur la question d’une religion civile laïque (je crois d’ailleurs que je vais ajouter ce blog à mes fréquentations pour un moment).
Ce que je veux dire, c’est que la prise de parole sur la question religieuse me paraît souvent subordonnée à quelques conditions particulières : on attend de bien connaître une personne avant de lui en parler, on ne parle pas théologie dans les médias (on peut vaguement parler religion, mais pas conceptions religieuses), la religion doit rester dans un cadre privé, etc. Enfin, c’est peut-être une impression, mais en tant qu’athée, je ne me sens pas la compétence ou même le droit de venir empiéter sur le monde sacré de ceux qui ont une foi, si ce n’est pour leur dire « C’est complètement débile d’avoir une foi. »

Les athées sont ceux qui sont athées

Pendant longtemps, je me suis défini comme athée. Mais plus j’y pense, moins je reconnais de sens à cette notion. L’athée, c’est celui qui ne croit pas en Dieu, que ce soit le Dieu des Musulmans, des Protestants ou des Juifs (enfin, comme si c’étaient des dieux différents), qui n’est pas bouddhistes (parce que bon, y’a pas vraiment de dieux dans le bouddhisme), qui n’est pas polythéiste (attention, ça parle des dieux greco-latins, pas des dieux japonais ou incas). Bref, celui qui n’a pas de religion. Cette définition ne me satisfait plus.
Historiquement, notre prof de littérature de la Renaissance aime beaucoup nous rappeler qu’à l’époque, le mot « athée » ne signifiait pas « incroyant », « sans foi », mais « qui croit mal », « qui place mal sa foi », car il était impossible de concevoir un monde sans Dieu (j’aimerais pouvoir vous citer sa référence, mais vous savez, quand les profs écrivent pas les noms au tableau :P…) Aussi, quand Luther, Calvin, Rabelais et d’autres se traitaient mutuellement d’athées, il n’entendaient pas « qui refuse de croire en Dieu », ils entendaient « hérétique » – mais dans un sens peu-être moins judiciaire que polémique.
Le terme en est venu historiquement à désigner un mouvement de la société, dont les membres et les conceptions se détachaient de la religion – mais même, de nos jours, les mots de « Dieu » et de « Foi » ont-ils le même sens qu’au Moyen-Âge ? Les catholiques du seixième siècle ne traiteraient-ils pas les vieux dans nos Églises d’athées, s’ils discutaient religion avec eux pendant plus de deux minutes ? Quels pouvaient êtres le sens du mot « Dieu » dans un monde où Dieu ne pouvait pas ne pas exister, et du mot « foi » dans un monde où personne ne pouvait penser sans-Dieu ?
Toujours est-il que cette notion historique d’athéisme me paraît dépassée, car elle n’explique rien. Les athées ne forment pas un groupe. Tout en ne me reconnaissant toujours dans aucune religion, je ne me sens pas très proche, dans mon rapport à la religion, de ceux qui affirment que la Science n’est pas une croyance. Je pourrais trouver ma conception du monde plus proche de celle d’un musulman vaguement déiste que de celle d’un scientifique qui, n’ayant jamais réfléchi au sens du mot « Dieu », n’y voit qu’un vieux bonhomme barbu dans les nuages.
Personne n’est exempt d’un certain rapport personnel aux questions religieuses. Ne serait-ce que préférer, esthétiquement ou philosophiquement, comme symbole ou comme rêve, l’idée de réincarnation à celle de paradis, c’est déjà une forme de prise de position. Réflexion, goût, avis raisonné ou indécise impression, même sur des choses aussi anodines que l’existence du Roi Triton de la Petite Sirène de Disney, autant de signes qui font autant d’athéismes qu’il y a d’athées, et autant de religion qu’il y a de religieux.

Le supermarché religieux

La notion n’est pas de moi, c’est même un lieu commun de la sociologie. L’idée, c’est qu’au fond, les religions ne sont plus de gros blocs bien nets à la catholique (d’ailleurs, ce n’est pas le cas de la plupart des autres religions, mais passons) et que dans le monde moderne, les croyances mondialisées sont devenues friables, interchangeables, et qu’on peut opérer à l’échelle individuelle toutes sortes de synchrétismes bizarres, voire fantasques. Pour ma part, je crois même qu’au-delà des croyances qu’on adopte, la représentatio qu’on a des produits qu’on choisit, et même de ceux qu’on ne choisit pas, est également significative. Il suffit de commander à la carte.
« Alors bonjour, moi je voudrais :

  • un Dieu universel et bienveillant à la protestante, qui s’incarnera dans un ordinateur géant à la  Do Android dream of Electric Sheeps ? ;
  • quelques Gremlins, mais pas de diable principal, je préfère les grands et les petits démons seulement ;
  • un Paradis sans sauce Sainteté, avec option WoW et surprises à la Harry Potter I ;
  • … »

En ce qui me concerne, j’ajouterai que j’ai l’impression que le supermarché s’opère au-delà des seules croyances. Ce n’est d’ailleurs pas tant le choix de croire que le plaisir de voir qui consitue les religions modernes – et une fois l’ensemble de nos petits paniers constitués, au moment de passer à la caisse, on a le droit de choisir comme une carte de fidélité, un forfait identité – une sorte d’étiquette religieuse. On ne croit pas en catholique ou en animiste dans un monde de supermarché religieux : on choisit un terme pour couronner toutes nos idées, et ce pas seulement en regardant la composition de notre petit panier, mais même en considérant des raisons historiques, des effets d’affichage…
Pour moi, les mots évangéliste ou athée ne sont rien d’autre que ça. Des étiquettes à la sortie du supermarché religieux, auquel nous avons tous mis les pieds. Il nous arrive d’ailleurs souvent de retourner un article dont on n’est pas satisfait, ou de le laisser moisir dans les placard (honnêtement, j’ai personnellement renoncé à une vision sympathique d’un paradis avec ordinateurs et buffets de chewing-gums bien après avoir décidé de ne pas prendre le forfait chrétien, en me disant simplement que c’était un article pour enfants). De même, je jette aujourd’hui l’étiquette « athée », en disant que ça ne veut en fait rien dire. Et l’étiquiette « spiritualité », végétalegypte, c’est pas pour dire, mais ça fait bobo – surtout avec des sources.
J’y pense, juste comme ça. Vous savez que le Républicanisme à la fin du XIXè a parfois été comparé à une forme de « religion » ? Une religion dont les valeurs reprendraient l’idée de vocation (les instituteurs vs les prêtres), ayant ses sortes de dieux (la laïcité, l’égalité), une communauté fraternelle, etc. D’ailleurs, dans cette idée de vocation aussi, ne retrouve-t-on pas ce que Max Weber appelle l' »éthique protestante », qui veut que l’individu se réalise par son travail – un embryon de conception libérale, au fond. L’étiquette religieuse est aussi une étiquette politique, et à cause de ce rapprochement, je n’hésiterai pas à parler d’un super-marché politico-religieux, où les croyances sacrées côtoient les croyances profanes, et où les convictions de tous bords ont des connotations, des atomes crochus entre elles. Mais je m’éloigne un peu du sujet.

Mon vieux barbu à moi

Dieu joue au puzzle avec le monde
Alors, en qui est-ce que moi je crois ? Ben une chose est sûre, c’est que j’ai depuis longtemps laissé tomber ce vieux barbu de Dieu le Père qui nous pète à la gueule depuis son petit nuage rosé. Et non, ce n’est pas un blasphème, c’est la dénonciation d’une croyance populaire ou infantile, qui est tant le fait des catholiques que des athées (lesquels se représentent éventuellement le Dieu des Catholiques comme une conception naïve).
C’est d’ailleurs ce qui m’étonne le plus chez Dieu. Cette « anthropomorphisation » constante : on en fait un personnage à l’image de l’homme, avec des frontières infinies, mais une sorte de corps fini. Dieu, dès l’Ancien Testament, est à la fois l’Éternel, c’est-à-dire non pas l’être éternel, mais l’éternité elle-même, et une Voix, un regard qui plane sur le monde, avec ce danger de passer de l’idée de conscience universelle, d’ensemble des âmes, à l’idée d’esprit centralisé, unique, individuel. Le Nouveau Testament fait encore mieux : en donnant un corps au fils, un corps unique, humain, mortel, il a bel et bien fait de Dieu un individu, tant Dieu Homme que Dieu Créateur et Originel (c’est un peu la naissance du vieux barbu, qui a sa petite image d’Épinal). Dès cet instant, Dieu avait perdu sa principale caractéristique : l’universalité. Omniprésent, il est devenu présent où il voulait ; d’omnipotent (véritablement faisant tout), il est devenu capable de faire n’importe quoi ; il s’est même séparé de l’idée de Providence : nous retenons la Providence de Candide, qui est l’idée un peu naïve que tout ca bien, alors qu’au départ la Providence est l’action, la manifestation, la présence constante de Dieu dans le monde (elle se comprend même comme l’application constante de la loi de la gravitation : ce n’est pas un miracle, c’est la nature). Sous prétexte que « Dieu a créé l’homme a son image », l’homme a tué Dieu, en en faisant une image de l’homme.
(Je tiens à préciser que l’analyse ci-dessus n’est pas une pensée historique et documentée : c’est une analyse synchronique d’une notion contemporaine, orientée vers l’idée de perte pour des raisons rhétoriques.)
Vous l’aurez donc compris : ma vision de Dieu est plus proche de celle de l’âme universelle, de la conscience dont le corps serait l’univers, énergie sous forme de matière ou sous forme de loi. C’est une conception plus intellectuelle que religieuse, étant donnée que la seule extase qu’elle permet, c’est de se dire de façon fort banale que « c’est bien joli, tout ça, on se sent tout petit, oh là là comme l’univers va loin et comme il dure longtemps on arrive pas à se rendre compte » ; mais bon, il suffit que dix personnes pensent à célébrer cela sur un mode religieux et cérémoniel pendant cinq minutes, et là, y’a du potentiel pour faire une véritable extase religieuse et sacrée. Vous noterez aussi que je suis assez éloigné de la tripartition chrétienne, qui a le défaut selon moi d’incarner trois fois ce qui n’a pas de corps (au mieux, on peut dire que je crois en Dieu le Père) – cependant, je suis sensible au symbole, et c’est avant tout comme tel que je la comprends. Le Christ, la souffrance humaine, c’est autant l’humilité face à Dieu que l’humilité de Dieu – Dieu qui se trouve dans l’humanité, qui ressent ce qu’elle ressent, qui souffre pour elle et avec elle, Dieu qui nous appelle à ne pas perdre foi, à vivre droitement selon nos principes – et même surtout, à avoir des principes plutôt que des règles. Qu’importe si c’est vrai : c’est beau (et telle est la seule vérité).

Pour moi non plus, la vie n’a pas de sens – mais elle est plaisir, elle est beauté, quand j’ai envie de la regarder comme tel. L’univers est là, il est grand, il est éternel, et ses révolutions infinies ont comme quelque chose du roulement des vagues sur la grève, une respiration rassurante. La question du sens est un peu loin. Le sens, c’est ce qu’on en fait, ascète ou jouisseur.
Le Christ, lui, est une valeur humaine, un prophète, mais qui a la beauté d’aspirer à l’éternité. La Bible est aussi un symbole, un Poème, avec lequel je ne suis pas toujours d’accord (la Chute, c’est laid, l’homme à son image aussi), mais qui montre des hommes souvent laids et fautifs (Abel et Cain, ou encore Noé condamnant Cham à l’esclavage parce que son père l’avait vu à poil et bourré, je trouve ça bizarre comme conception de la beauté), tantôt sublimes ou pieux (fuite l’Égypte, Abraham…) et marchant avec l’Éternel.
Mon synchrétisme consiste essentiellement à rendre profane ce qui est religieux. À en faire une idée, quand on appelait ça croyance. J’ai ainsi l’impression de rendre à la religion son sens, sa solidité, sa vérité profonde, et de la rescussiter à elle-même (et même, de retrouver dans la raison une forme de sacré), tandis que dans les Églises elle se dégrade en représentations incomplètes et vides de sens, en idées fausses que les prêtres pour qui elles allaient de soi n’ont jamais cru devoir expliquer à la modernité ou au petit peuple. Qui sait, je me trompe peut-être…mais comment peut-on dire le vrai du faux, quand tout la vérité d’une croyance est dans le cœur de celui qui la conçoit ?

J’en veux quand même un peu à la religion

Dieu se fout de notre gueule
Va pour le racontage de life, maintenant.
J’aimerais juste écrire quelque part le coup de gueule initial qui m’a fait passer d’un « catholique par défaut’ à un « athée » quand j’étais môme, aux altentours de es dix ans.
Mes parents, quoique pas vraiment croyants, m’avaient fait baptiser bébé (j’ai envie de demander : de quel droit, enfin ?) et m’avaient fait faire du catéchisme (c’était un peu comme des cours, mais avec des gâteaux). Je voyais les communions (la petite, la grande, la confirmation, c’était un peu vague à l’époque, comme je savais qu’un jour y’aurait le bac, l’université…) comme des sortes de rites de passage à l’année/au cycle suivante. Et puis y’avait des cadeaux et de la famille, comme aux anniversaires ou à Noël. L’Église ? un peu comme une visite au musée : rare, plutôt impressionnant, joli, mais sec, inutile, long et éprouvant physiquement (je ris encore fréquemment du petit bon mot de ma sœur : « L’Église, c’est assis, debout, couché. ») Bref, la religion, c’était normal. J’ai même fait deux communions.
J’aurais aimé qu’on ne me fasse pas naître dans un héritage chrétien/laïque/catholique/républicain et qu’on me laisse un peu comprendre pleinement moi-même, une fois que je serais grand. L’Église s’est assez tôt attirée mon animosité. Aujourd’hui, je crois que je lui ai pardonné ; mais que ce soit haine, respect, peur du sacré ou peur du passé, je ne remettrai jamais les pieds dans une Église sans être intérieurement sans dessus-dessous. Car après tout, je me sens comme un ancien enfant-soldat en face d’une troupe de gens armés : je me demande si eux aussi, ils ont grandi à l’opium.

Adieu, Alain…SNCeF

Les incnnus font la graiveIl y a quelques jours, une petite aventure super marrante m’est arrivée. Une aventure qui m’a forcé à repenser un peu à mon expérience des voyages.

Ça ne fait que trois ans (à la louche) que j’ai fait connaissance avec la SNCF. Je n’y vais que pour mes vacances d’étudiant. Et pourtant, nombre accidents et mauvaises surprises m’ont déjà ennuyés. Ne parlons pas (1) des petits retards des 30 minutes qui sont monnaie courante, (2) des correspondances ratées remplacées par des bus où je me sens encore plus malade, (3) des trains qui arrivent 5 minutes juste après le passage du dernier autobus (super les horaires) ou (4) des vibrations du train qui, comme ce n’est pas indiqué, bouzillent les secteurs de surface du disque dur interne neuf de votre laptop de façon à vous griller votre système patiemment configuré il y a un mois.

  • Il y a eu cette fois avec la grève, où on ne m’avait pas prévenu que ma correspondance allait sauter. On m’a fait monter dans un train quand même, et je me suis retrouvé à dix heures du soir avec une valise lourde comme moi, en novembre, dans une ville que je ne connaissais pas, à 150km de ma destinaton. On m’a promis le départ prochain d’un bus que j’ai attendu jusqu’à minuit. Enfin, on m’a hébergé dans un train (super, droit de dormir sur les banquettes !) avec un fumeur insomniaque. J’ai fini, avec plus de 12 heures de retard, le trajet dans un bus (T____T), sur des routes de montagne, à côté d’un gars qui humait son cigare à chaque escale (du coup j’avais peur de sortir prendre l’air, et quand il revenait je changeais encore de couleur).
  • Oh, et cette autre fois, absolument sympathique, où, en période de fête, il n’y avait pas 1cm² d’espace libre sur le sol. En fait, je crois qu’il y avait deux couches de valises, dont émergeaient çà et là des voyageurs. Et ils osent appeler ce genre de choses une « place » ?
  • Pour les vacances de Noël, je me suis retrouvé une fois à voyager (à nouveau en montagne) dans un petit train de deux wagons, en forme de suppositoire géant, dont on se demandait s’il allait tenir jusqu’au bout. Il n’a pas tenu. Deux stations après le départ, les moteurs ont lâché. Un peu après, les radiateurs ont suivi. Les fumeurs n’ont plus eu le droit de sortir, car il faisait froid (hé oui, en plus c’était en montagne). Après 2…3…4…5 heures d’attente ! (contre 2,5 initialement annoncées), on s’est fait remorquer jusqu’à la gare d’où on était partis (chouette, on aurait pas pu se faire remorquer dans l’autre sens ?), où on nous a entassés dans un bus (j’ai déjà dit à quel point j’aimais les bus ?) et distribué les salades en boite les plus infectes que j’aie jamais mangés (et attention, en termes de plats en boite, j’ai de l’expérience !)

Tout ça sur fond de lente augmentation des prix. En fait, je crois bien être passé de 17 à 24 euros à 24 à 27 pour mon trajet simple habituel (mais faut dire que leur système de prix est si compliqué et incompréhensible, avec les zones bleues, blanches et rouges, les différentes correspondances possibles, les réductions diverses et variées en fonction de la date d’achat du billet et de l’utilisation d’Internet…d’ailleurs, c’est bien simple : d’un trajet à l’autre, ça fluctue énormément)
Enfin, n’en reste pas moins que j’ai fait une grosse bêtise. J’ai acheté la carte de réduction 12-25 (oui, je révèle une information personnelle sur le net :s). Il me semble que comme elle coûte quelques dizaines d’euros, il serait difficile de la rentabiliser (elle réduit de 50% quand ça coûte pas cher, et de 30% quand ça coûte cher).
Hé bien, vous allez voir le beau calcul.

À quoi sert une carte de réduction, initialement ? Vous me direz : à obtenir des réductions d’un côté, et à fidéliser les clients de l’autre. Mais mon aventure concernant un trajet à 20 euros environ, que je n’ai payé que 10 à cause de ma carte de réduction, j’aimerais avant de vous raconter ma dernière histoire vous demander : comment la SNCF peut-elle se permettre de faire des réductions pareilles aux jeunes gens (ou aux vieux, allez savoir pourquoi) ?
Ça veut dire qu’elle vend à perte aux jeunes ? (pas d’après l’agent SNCF Stéphane Leroy, en tout cas : « je suis désolé de vous dire ça jennifer mais la sncf ne peut vous vendre des billets a perte faut être logique. ») Mais ça n’engage que lui.
Ça veut dire qu’elle prend la moitié du billet en pur bénéfice chez les autres voyageurs ?…ah, c’est peut-être ça…

Bon, donc, allons-y avec mon histoire. Je devais faire un bref aller-retour, rester une heure et demie avec une personne que je voulais voir en gare, et revenir fissa pour me pointer en cours. Coût de l’opération : 50%x40€=20€ (en gros). L’aller va bien. Mon rendez-vous arrive avec 30 minutes de retard (pour 20€ la séance je me sens floué). Et trois minutes après les séparations larmoyantes, c’est le retour.

Je suis las, je pense pas à composter mon billet (allez savoir, quand il reste moins de 5 minutes avant le départ du train vous avez envie d’aller tout de suite sur le quai), et donc, quand je monte dans le train avec le contrôleur, je me dis : « Tant pis, je lui dirai que j’ai pas pensé à composter, il comprendra, ils ont l’habitude ».
D’ailleurs, j’aimerais râler un coup contre ce terme hideux : c’est quoi, ça, « composter » ? Qui a eu cette idée dégueulasse de transformer un billet en « compost » (=tas de matières végétales en décomposition) ? Beuârk ! Du « compost »…c’est franchement dégeu. En fait, le terme est tellement ridicule que ça donne pas envie de composter.
Ensuite, virez-moi ces putains de machines ! À l’endroit ? À l’envers ? Non, dans l’autre sens. Ben, essayons la 4ème possibilité. Tiens, ça marche toujours pas ? Il n’y a pourtant pas 36 solutions…on enfonce à fond, alors…ben dans l’autre sens…Et après une demi-heure de tentatives infructueuses, on revient à la première position et la machine émet un son dégueulasse charmant « KKRIRRK ! », qui me fait penser à tout sauf à un tas de gazon tondu à 80° abritant une colonie de bactéries.
Et puis vous savez quoi ? Vos machines de merde, elles sont JAUNES.
Et on est obligés de composter les billets dans la gare. Ce serait si simple de redescendre sur le quai une fois qu’on a posé ses bagages, mais noooon, il faut être dans la gare, avec la grosse valise sur le pied, les gens, le bruit, la maman et sa fille qui font la queue pendant que tu cherches un troisième côté pour composter ton billet, et cette insupportable petite musique (do – sol – lami) suivie de cette voix à la Gattaca qui t’annonce que « Le train TER numéro – 18339 – à destination de – Illier-Combray – initialement prévu à – 12 heures 25… »
Bon, de toute façon, le contrôleur m’a sèchement demandé si le compostage c’était pour les chiens, et il a laissé passer.

Sauf que…voilà, y’a de ces jours, on aurait mieux fait de pas se lever. En cherchant la carte 12-25, machinalement, je me suis rendu compte que la carte 12-25 était chez moi. Hé hé…bon, comment fait-on ?
Surtout, surtout, n’oubliez JAMAIS votre carte de réduction dans un train.
Dans ce cas, vous payerez plein tarif, mais en présentant le billet et la carte au guichet, vous pourrez vous faire rembourser ; en revanche, vous aurez casqué pour 10€ de « frais de dossier ».
Sur le coup, je ne me suis pas énervé, mais à la réflexion, je me demande…10€ de frais de dossier ? 10€ ? Sur un trajet que je paye 10€ ? Autrement dit, le fait que j’aie oublié ma carte vous coûte aussi cher que d’organiser mon voyage, vérifier les payements, administrer votre truc, entretenir vos lignes et matériels, employer vos conducteurs sur près de 100km ? 10 € de frais de dossier pour que le contrôleur dise : « Il disait avoir la carte » à la compta ? À l’heure de l’informatique ? Ho, je prétends pas remettre en question votre vision de la gestion administrative, mais si ça se répercute sur mon portefeuille, si, je le fais. Et d’ailleurs, je pense que 9,78€ aurait été un prix plus normal. Non, parce que 10€ pil poil de frais de dossier, ça se vend pas très bien, on a comme l’impression que ce sont 5,01€ savamment arrondis vers la dizaine supérieure.

Mais je ne suis pas du genre à râler pour 10€, et d’ailleurs, ça n’aurait rien changé. Sauf que voilà. J’ai voulu payer par carte. Maestro.
Le contrôleur a grimacé. Il a mis la maestro dans son bidule. Il a patienté. J’ai tapé le code.
La carte a été refusée.
Bon, ils refusent un moyen de paiement relativement standard, soit. Qu’à cela ne tienne, il me demande si j’ai du liquide. J’en ai pas.
Pfiouuuuu…ne peut pas payer dans le train ? Alors voilà, j’ai un conseil vital : si vous croyez que se promener avec une carte de crédit, une carte bancaire, une carte vitale et une carte d’identité sur soi en permanence vous permet de faire face à la plupart des problèmes dans la vie, n’allez JAMAIS en train sans votre carte de réduction, ou sans une centaine d’euros en liquide ! Sinon, voici ce qui vous arrivera.
Mon amende est passée de 10 euros tout rond à…65,20€ ! (à payer dans les prochains mois, sans quoi les frais de dossier augmenteraient de façon exponentielle. Comprendre : ne prends pas le risque de comprendre comment ça fonctionne, paye le plus vite possible). Quoi ? 53€ de frais de dossier pour que le contrôleur dise : « Il disait avoir la carte » au guichet et à la compta, et que le guichet dise « Il avait bien la carte » à la compta ? Mais c’est du vrai foutage de gueule !!!
D’ailleurs, au guichet, on ne m’a pas reversé ma réduction.

En tout, donc, le trajet est revenu à environ 75,40€. Soit, si on arrondit vers le supérieur avec autant de talent que la SNCF quand elle cherche à mesurer ses frais de dossier, quatre fois le prix du voyage sans la réduction. Huit fois le prix intial. Parce que j’avais pas de liquide.
Euh…vous pouvez me rappeler à quoi ça sert de payer une carte de réduction ? À avoir des réductions ? À fidéliser les clients ?
Non. La carte de réduction est un véritable piège à clients. La plupart des étudiants économes qui pensent grapiller ainsi quelques euros ne prennent pas en compte le fait qu’un jour, ils oublieront leur carte de réduction, et devront payer 10€ qui feront la différence. Voire 65€. Ou plus.

Faire payer un gars parce qu’il file pas du liquide, j’appelle ça du racket.

*****

Résultat des courses, j’ai annulé le trajet du surlendemain, pour rentrer en famille. Sur 27€, la SNCF en a gardé 3. Je peux comprendre. Des frais de dossier.
Sur covoiturage.fr, le trajet coûte entre 11€ et 20€ en moyenne. Il prend deux heures de moins.

Adieu, Alain Sncef, et merci pour ton aide, comme disaient les Inconnus. Ce fut bref, mais très instructif.
Tu n’as pas seulement perdu un client. Tu t’en es fait un ennemi. Sur le long terme, tu as donc perdu plusieurs clients. Pour qu’un contrôleur complète son quota d’amendes du jour.

Le Changement, c’est super-décapant !

Avec le nouveau PS+ et sa formule révolutionnaire, nettoyez votre sphère politique de toutes les conneries qu’elle contient.

Comme une bonne partie d’entre vous (je suppose), j’ai reçu, il y a quelques jours, dans ma petite boîte aux lettres NO PUB une petite brochure sympa, avec un gauchiste chauve aux faux airs de commercial (mais si, celui avec lunettes sans monture pour la transparence, et aux cheveux si organisés qu’ils en rayonnent de compétence). De son air muet et sérieux, cette homme nous fixe, avec une sorte de bienveillance rassurante ; à côté de lui, un texte s’étale, pour nous rappeler que les Français ne voteront pas que pour un homme, mais aussi pour des idées. Découvrons-en ensemble la première page.

Photo de Francinounet

Il a des yeux révolver...

LE CHANGEMENT,
C’EST MAINTENANT
Les slogans, c’est soûlant.

Je suis candidat à l’élection présidentielle
Bon, au moins, il mâche pas ses mots

pour redonner (rendre) à la France l’espoir qu’elle a perdu depuis trop d’années.
Aaaaaahh ! Admirez la concision : cette phrase est le programme de tout un discours ! Candidat, France, espoir, années. La France sera le principal sujet des préoccupations du candidat, une France dont il se fait encore une « certaine idée », une France grande, puissante, prospère et heureuse. L’espoir…ma foi, changement, ensemble, espoir – tous ces mots sont bien jolis, et vive la paix dans le monde comme chante Justin Bieber !
Enfin, l’idée principale, c’est que la France a perdu l’espoir. Allez, dites-moi quand c’est, la dernière fois qu’elle en a eu, de l’espoir ! Après 1968, où des jeunes déambulant dans la rue nous ont refait le coup de 1830 ? À la sortie de la guerre, quand les rationnement ont continué, et que son Empire Colonial s’est effondré ? Dans les années 1930, où les dictatures fleurissaient en Europe comme des champignons à Fukushima ? Du temps de Zola ? De Balzac ? De Charlemagne ? De Jules César ?
Faut pas déconner ! si un historien me donne la date de la Mort de l’Espoir en France, je lui fais un prix à son nom !

Les Français souffrent.
Rien qu’à la lecture de cette phrase, je sais que vous vous tordez de douleur derrière vos écrans, les côtes cassées, pleurant toutes les larmes de votre corps. Je vous entends d’ici hurler : « Arrête, François le Français, je vais faire pipi hi hi hi ! »

Ils souffrent dans leur vie :
Super. Une souffrance vague, indéterminée dans le temps, dans les esprits, dans ses causes. Une souffrance générale, affectant uniformément l’esprit d’une nation (oui, la nation, vous savez, ce concept du XIXème siècle ?)
Les Nord Koréens aussi souffrent. La mort de leur dirigeant leur a fait perdre l’Espoir. C’est pour ça que François Hollande est candidat à l’élection présidentielle : c’est pour rendre l’espoir aux Nord Koréens qui souffrent, et qui se plient de rire derrière leurs écrans.

le chômage est au plus haut parce que la croissance est au plus bas ;
Se méfier des explications simplistes. En particulier, j’en ai marre de la Sainte Croâssance.
Pour commencer, scientifiquement, créer des emplois, c’est créer plus de richesse, donc créer de la croissance – expliquer le chômage par la croissance, c’est comme expliquer la spongiosité de l’air par ses propriétés spongieuses : c’est une tautologie, et ça ne dit pas comment créer de l’emploi.
En revanche, ça affirme bien clairement : « Nous sommes des politiciens orthodoxes et sérieux, messieurs des marchés financiers. Nous ferons tout pour préserver notre économie, afin de simuler la croissance. »
Donc, le chômage n’est pas une question de quartiers et de discriminations, de longue durée des arrêts de travail, d’imposition des employeurs, de structure des entreprises françaises. C’est parce que la croissance, parce que la crise.
Hé, d’ailleurs, vous avez remarqué ? Monsieur est poète ! Parce que la croissance, c’est un mouvement vers le haut, et être en bas, c’est un immobilisme de l’échec. Un paradoxe jusque dans les notions, il paraît évident qu’un homme sérieux et éloquent saura le déjouer, et par là régler le problème. Enfin, je doute que Monsieur Hollande ait vraiment réfléchi à cette phrase : c’est juste un slogan éprouvé, qui sonne bien, avec cette sorte de magie, qu’il s’est contenté de reformuler en en conservant le fond.

la hausse des prix et des taxes ampute le pouvoir d’achat ;
C’est vrai que dans les années 60, on avait nettement plus de pouvoir d’achat. Pourtant, il faut croire qu’à l’époque, on ne souffrait pas, on avait encore de l’espoir ! Cela fait quelques années que le pouvoir d’achat est stable (je ne dis pas que le panier du français pauvre n’en prend pas plus dans la tronche que celui de M.Hollande, ceci dit) – quoi qu’il en soit, à mes yeux, le pouvoir d’achat est avant tout un des slogans soûlants qui ont fait élire M.Sarkozy.
Heureusement, M.Hollande a une solution magique pour faire baisser les prix. Il suffit d’élire un gogo à lunettes. Comme ça, il va désamputer le P.A.

l’insécurité est partout ;
Whaaaat ? Bon sang de bonnne mère, la gauche, c’est plus ce que c’était ! Les Français souffriraient parce que les arabes cambrioleurs et les violeurs anarchistes déambulent dans les rues ? Nous vivons vraiment dans un monde sans foi ni loi…
Non parce que l’insécurité dans l’emploi, je comprends que la gauche en fasse son affaire ; mais l’insécurité sur vos routes, dans vos rues, dans vos rapports sexuels avant le mariage et dans vos toilettes, ça fait plus Marine le Pen en fond sonore.

les emplois s’en vont au gré des fermetures d’usines et des délocalisations industrielles ;
Le mot est dit : délocalisations. Une cause mineure de la destruction brute d’emplois, mais fortement médiatisée, impressionnante, terrifiante, xénophobe. Et on en profite pour faire un clin d’œil aux gauchistes d’il y a un siècle, dont la base était principalement ouvrière ? Ben non voyons…
Les emplois, donc, s’en vont, et ils ne s’en reviennent pas. Ils ne changent pas. Ils ne montent pas vers des tâches intellectuelles. Non : juste trois petits tours, et hocus pocus ! plus d’emplois !

l’école, l’hôpital sont attaqués
« Ils étaient déterminés. »
BOM
« Ils étaient sans peur. »
BOM
« Ils n’avaient ni foi ni loi. »
BOM BOM
« Leur unique raison d’être… »
BOM BOM
« …le motif de leur venue… »
BOM BOM BOM BOM
« …était la cocaïne ! »
TFTFTFTFTF-DAM !
Hans Zimmer en fond – « Vivez la guérilla ultime… » – cour de lycée Parisienne, des élèves basanés courrent vers des profs
« La souffrance de l’espoir » – une prof fond en pleurs devant ses étudiants maghrébins cocaïnomanes
« SCHOOL UNDER ATTACK ! » – la puissance du Label Pur.

et n’assurent plus l’égalité entre les citoyens ;
Bon, c’est bien de le reconnaître…mais l’hôpital est quand même moins concerné que l’école, il faut le reconnaître. À moins qu’on ait droit à une sublime distinction entre l’égalité civique et l’égalité physique ? Allez, tout le monde rétrécit, pour être l’égal de Sarko !

l’avenir semble bouché pour eux et pour les enfants ;
Bison futé signale une journée rouge dans le secteur de l’enseignement et de la médecine.
Éh, éh, Monsieur Hollande, vous connaissez un laxatif futur pour le secteur hospitalier ?

la jeunesse se désespère d’être maintenue en lisière de la société.
Ah, on est au bout. Et tout ce parcours fantasque entre les prix, les emplois, les délocalisations, les bouchons dans les écoles et les jeunes sur le périphérique, tout ça pour quoi ? Pour retomber sur ce qu’on avait dit au début : il n’y a plus d’espoir, plus d’avenir, tout est K.O., désenchanté, les Français souffrent, parce que la croissance est au plus bas.
Mais c’est sûr, non content d’être désespéré, moi jeune Français qui souffre, je me désespère (en plus), je me fais souffrir au bord de la société, comme au bord d’une forêt où les loups s’entre-dévorent…

Paragaphe suivant.

Les Français souffent aussi dans leur âme collective :
Vous remarquerez l’éloquence et le sens de la rhétorique : après avoir développé que les Français souffraient dans leur vie (c’est-à-dire en tant qu’individus français), François Hollande, qui a énuméré les causes en y glissant parfois des explications qui donnent l’impression qu’il connaît la solution à ces problèmes rhétoriques, a ménagé une transition vers son propos initial, auquel il revient dans une sublime anaphore.
Il divisera ainsi le sentiment de souffrance des Français (insistant sur l’idée de souffrance, de France, de désespoir) en deux tableaux : l’individuel d’abord, puis, comme par une sorte d’élévation, le collectif. D’abord le trivial, l’économique, le physique ; ensuite le moral, l’abstrait, l’axiologique. Et nous savons qu’il est sur le point de développer à présent son énumération sur l’âââââme collective. Attendez, parce qu’on a une âme collective de patrie ? C’est quoi cette invention métaphysique à deux sous ?

la République leur paraît méprisée dans ses valeurs comme dans le fonctionnement de ses institutions ;
Ouais, en même temps, ceux qui gueulent dans le métro : « J’ai le droit de dire mon avis, on est en République, merde ! hic… » me paraissent assez représentatifs de la réflexion des français qui arrivent en âge de voter. Des valeurs républicaines ? À part une vague propagande au collège, j’en ai faible souvenir. Les institutions ? la volonté d’un seul homme, après lequel, le déluge…c’est beau de savoir se rendre nécessaire, d’ailleurs !

le pacte social qui les unit
Yeah, un lecteur de Rousseau. En voilà une Lumière. Votons pour lui. Au fait, quel est le pacte social qui m’unit à Cyprien du Net ?

est attaqué ;

TADAM !!! (crescendo, images floues de manifestants)
« Une guerre…
…un peuple…
…un Pace Social…
…une République.
BOM (écran noir, silence)
2012 – LA RÉPUBLIQUE EN DANGER. Un film de François Hollande. »

le rayonnement de leur pays est atteint
Ah, on le voit donc : François Hollande, à l’instar de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, a une certaine idée de la France ? La France, solaire pays des Droits de l’Homme – un titre honorifique et historique dont elle s’enorgueillit, comme les États-Unis se croient l’incarnation de THE DEMOCRACY, de l’idée même de liberté du peuple, dans une des nations les plus liberticides et les moins démocratiques du monde – la France, qui serait bien en peine de justifier sa supériorité et sa situation économique et politique actuelles, avec son millième de la population mondiale, la France, pays post-colonialiste, civilisateur, pays de LA culture, voilà ce qui fait l’âme d’un Français.
Même François Hollande n’ose pas dire que la France, il s’en « tamponne l’oreille avec une babouche », comme disait le Nain de Naheulbeuk.

et ils voient avec colère
C’est vrai que c’est pas juste, ohlàlà, pauvre petit pays bourgeois, qu’est-ce qu’on est enragés

la France abaissée, affaiblie, abîmée, « dégradée ».
Waaaaaw. Après la dégradation de biens et mobiliers au lycée, on peut dégrader la France. Vous savez ce qu’on fait d’un objet abîmé ? Eh bien on le jette.
Quatre adjectifs, quatre participes passés passifs, pour appuyer lourdement sur ce que subit la France sur la scène internationale, sans pour autant se laisser aller à assez de colère pour utiliser des termes choquants et irrationnels tels que « souillée », « détruite », « violée ». François Hollande demeure un candidat résolument digne, aux propos mesurément démagogiques, mais sérieusement pesés. Indigné, mais digne tout de même. En bref, à la fois fade et marquant. Socialiste, quoi.

Bon, dans la suite de la brochure, il dit, comme Diam’s « C’est la crise, ouais : dans le frigo, y’a plus de haribos, papa dit que c’est la fôt à Sarko ! » ; il ajoute que « nos fonctionnaires sont parmi les meilleurs du monde » (WTF ?…bon, avant les fonctionnaires, il cite des ouvriers, des chercheurs et autres ingénieurs) et que donc on peut s’en sortir ; il nous dit que voter c’est important ; il nous dit d’autres trucs dans une rubrique intitulée « La vérité : » et là, je dois dire que j’ai lâché l’affaire en me disant que si François Hollande nous révélait la Vérité, c’est que ça partait vraiment en eau de boudin.

Cherchez pas, tout est dans cette première page.

Citation

Le temps passe, mais il reste le temps

En ce moment, je (re)lis Illusions Perdues, de sieur Honoré DE Balzac (à récupérer sur ebooks libres et gratuits). Je suis tombé, vers le début de la troisième partie (Les souffrances de l’inventeur) sur un passage où David, notre libraire et inventeur (à ses heures perdues, c’est-à-dire : beaucoup) donne l’occasion à DE Balzac de se faire un petit plaisir en plongeant dans les techniques de la fabrication de papier.

Ce passage, un peu long, m’a bien amusé, car malgré le passage du temps, rien n’a changé.

La question n’est pas dans la fabrication, elle est dans le prix de revient de la pâte ; car je ne suis qu’un des derniers entrés dans cette voie difficile. (…) Une foule de grands esprits a tourné autour de l’idée que je veux réaliser. Dans le temps où j’étais chez messieurs Didot, on s’en occupait déjà comme on s’en occupe encore ; car aujourd’hui [c’]est devenu l’une des nécessités les plus impérieuses de ce temps-ci. Voici pourquoi. Le linge de fil est, à cause de sa cherté, remplacé par le linge de coton. Quoique la durée du fil, comparée à celle du coton, rende, en définitive, le fil moins cher que le coton, comme il s’agit toujours pour les pauvres de sortir une somme quelconque de leurs poches, ils préfèrent donner moins que plus, et subissent, en vertu du vae victis ! des pertes énormes. La classe bourgeoise agit comme le pauvre. Ainsi le linge de fil va manquer, et l’on sera forcé de se servir de chiffons de coton. (…) Ce papier, qui d’abord a l’inconvénient de se couper et de se casser, se dissout dans l’eau si facilement qu’un livre en papier de coton s’y mettrait en bouillie en y restant un quart d’heure, tandis qu’un vieux livre ne serait pas perdu en y restant deux heures. On ferait sécher le vieux livre ; et, quoique jauni, passé, le texte en serait encore lisible, l’œuvre ne serait pas détruite. Nous arrivons à un temps où, les fortunes diminuant par leur égalisation, tout s’appauvrira : nous voudrons du linge et des livres à bon marché, comme on commence à vouloir de petits tableaux, faute d’espace pour en placer de grands. Les chemises et les livres ne dureront pas, voilà tout. La solidité des produits s’en va de toutes parts. Aussi le problème à résoudre est-il de la plus haute importance pour la littérature, pour les sciences et pour la politique.

Il y eut donc un jour dans mon cabinet une vive discussion sur les ingrédients dont on se sert en Chine pour fabriquer le papier. Là, grâce aux matières premières, la papeterie a, dès son origine, atteint une perfection qui manque à la nôtre. On s’occupait alors beaucoup du papier de Chine, que sa légèreté, sa finesse rendent bien supérieur au nôtre, car ces précieuses qualités ne l’empêchent pas d’être consistant ; et, quelque mince qu’il soit, il n’offre aucune transparence. (…) Le papier de Chine ne se fabrique ni avec de la soie ni avec le broussonatia ; sa pâte provient des fibres du bambou triturées. (…)

Quand Lucien m’a dit que ton père, par une sorte d’intuition particulière aux hommes de talent, avait entrevu le moyen de remplacer les débris du linge par une matière végétale excessivement commune, immédiatement prise à la production territoriale, comme font les Chinois en se servant de tiges fibreuses, j’ai classé tous les essais tentés par mes prédécesseurs en les répétant, et je me suis mis enfin à étudier la question. Le bambou est un roseau : j’ai naturellement pensé aux roseaux de notre pays. Notre roseau commun, l’arundo phragmitis, a fourni les feuilles de papier que tu tiens. Mais je vais employer les orties, les chardons ; car, pour maintenir le bon marché de la matière première, il faut s’adresser à des substances végétales qui puissent venir dans les marécages et dans les mauvais terrains : elles seront à vil prix. Le secret gît tout entier dans une préparation à donner à ces tiges. En ce moment mon procédé n’est pas encore assez simple. La main-d’œuvre n’est rien en Chine ; une journée y vaut trois sous : aussi les Chinois peuvent-ils, au sortir de la forme, appliquer leur papier feuille à feuille entre des tables de porcelaine blanche chauffées, au moyen desquelles ils le pressent et lui donnent ce lustre, cette consistance, cette légèreté, cette douceur de satin, qui en font le premier papier du monde. Eh ! bien, il faut remplacer les procédés du Chinois par quelque machine. On arrive par des machines à résoudre le problème du bon marché que procure à la Chine le bas prix de sa main-d’œuvre. Si nous parvenions à fabriquer à bas prix du papier d’une qualité semblable àcelui de la Chine, nous diminuerions de plus de moitié le poids et l’épaisseur des livres. Un Voltaire relié, qui, sur nos papiers vélins, pèse deux cent cinquante livres, n’en pèserait pas cinquante sur papier de Chine. Et voilà, certes, une conquête. L’emplacement nécessaire aux bibliothèques sera une question de plus en plus difficile à résoudre à une époque où le rapetissement général des choses et des hommes atteint tout, jusqu’à leurs habitations. À Paris, les grands hôtels, les grands appartements seront tôt outard démolis ; il n’y aura bientôt plus de fortunes en harmonie avec les constructions de nos pères. Quelle honte pour notre époque de fabriquer des livres sans durée ! Encore dix ans, et le papier de Hollande, c’est-à-dire le papier fait en chiffon de fil, sera complétement impossible. Je veux y aviser et donner à la fabrication du papier en France le privilége dont jouit notre littérature, en faire un monopole pour notre pays, comme les Anglais ont celui du fer, de la houille ou des poteries communes.

Or donc, quelles sont les idées principales qui sous-tendent le discours et les explications de David ?

1.L’industrie va de mal en pis.
Explications économiques à l’appui, David nous explique que comme les industriels recherchent exclusivement les matériaux les moins chers, la qualité du livre s’en va se dégradant. Et notez que ça ne s’arrête pas à ce domaine : chemises, tableaux, habitations, bibliothèques, tout est de plus en plus petit, de moins en moins valable. « La solidité des produits s’en va de toutes parts » !
Le modèle explicatif de David est plus historique, mais il ne manque pas d’intérêt. Il dit : « les fortunes diminuant par leur égalisation, tout s’appauvrira » Ah ! Donc, pour préserver l’investissement, le mécennat, bref une demande de qualité, il faut préserver « [des] fortunes en harmonie avec les constructions de nos pères » – en gros, l’ancien, le grand, le glorieux et perpétuellement désuet mos majorum. La modernité, tout va à *recherche Duck Duck Go* va-l’eau, voilà tout. Et la bourgeoisie, le profit, ça craint. Le Roi, c’est mieux.

2.En Chine, c’est mieux.
Alors là, ça me fait crever de rire. Je ne prétends pas connaître grand-chose à l’histoire du papier, mais de là à dire que depuis le IIè siècle, le papier Chinois était parfait ! que les Européens, qui ont hérité de leur recette, ne l’ont pas améliorée par des siècles d’expérience autour des chiffons et sur la composition de la pâte…Et puis, n’est-ce pas encore une fois l’idée d’un meilleur Ailleurs ? David a-t-il une seule fois tenu ce papier miraculeux entre les mains, pour lui donner toutes les qualités que peut avoir le papier ?
Là encore, l’explication est rigolote. Les chinois utilisent plus de main d’œuvre ; les Européens, eux, marchent par les machines. Enfin, Balzac dit que la main d’œuvre européenne coûte cher – et ce 30 ans avant Marx. Notez que le fait que les européens produisent en masse les dessert plus qu’autre chose. L’artisanal, c’est mieux. On sent le papier pressé avec amour (sur des tables de porcelaine WTF ?) et lustré patiemment, comme on caresse son enfant le soir. Faute d’argent, on va remplacer la merveille chinoise, lui trouver un vague substitut.
À noter que c’est eux qui ont eu l’idée merveilleuse de produire avec des fibres locales. Non, personne n’a essayé, au VIIIè, de mettre de l’arbre dans la pâte.

3.Le papier, c’est très important
Vital. « Pour la littérature, les sciences, et pour la politique » dit DE Balzac (ici, je me permettrai de commenter : WTF ???) Mieux, il faut baser toute notre économie sur le papier ! Après tout, les Anglais font du fer (base des machines industrielles, des chemins de fer) et de la houille (pillier de la révolution industrielle) ; si la France a le monopole Clairfontaine, tout va bien ! En Angleterre, ils seront chauffés, ils auront des couverts en inox, et chez nous, on brûlera des livres, dans des maisons en carton. De plus en plus petites, parce que c’est petit les bourgeois.
Bon, c’est peut-être un peu facile de se moquer de DE Balzac après que deux siècles aient passé (et merde aux académiciens qui croient que le principal de cette phrase, c’est les siècles qui passent, et non le fait que je me moque de DE Balzac !) En outre, il avait raison : la pénurie de chiffons imposait de revoir le procédé de fabrication de toute urgence (et ce n’étaient pas les inventeurs de génie qui manquaient, à l’époque). Et puis, la révolution industrielle, c’était nouveau, on se rendait pas bien compte de l’importance du charbon et du fer.
C’est comme de penser, de nos jours, que mieux vaut savoir fabriquer des bouliers que de l’équipement informatique…
Ok, mauvais exemple.

En attendant, on constatera que de nos jours, en France, l’industrie, va de mal en pis, qu’avant les produits étaient faits pour durer (reportage d’Arte Prêt à Jeter), mais que la recherche du profit a tout renversé, et que d’ailleurs en Chine ça va mieux grâce à leur main-d’œuvre travailleuse, et que d’ailleurs la France a perdu son rang de puissance mondiale (enfin, elle a du mal à s’y maintenir, à sa certaine idée d’elle-même…)
Je noterai que main-d’œuvre chinoise et qualité ne sont plus deux notions associées ; mais si je dis le mot magique : « artisanal » ? Ma foi, on me répond « luxe », n’est-ce pas ? 😛
À quelques nuances près, on pourrait retrouver ce joli discours dans la bouche d’un industriel français délocalisé en Indochine, non ?