pour passer le temps…

NO COMMENT

DOSSIER (1/2)

La VIH s’exprime…

Nos lecteurs ont peut-être été étonnés du silence que les médias ont manifesté ce dernier mois, après l’affaire Vegan Is Humanity (des articles Vegan Attacks et « We came in peace »). Nous avions, en particulier, promis de suivre l’affaire, et de le tenir informé. Néanmoins, peu après ces belles paroles, les remous cessaient brusquement.

Pour nos lecteurs, nous sommes retournés au siège de l’association végane. Récit d’une rencontre hors du commun par notre envoyé spécial, Richard Bouvier, accompagné de sa photographe, Ynès Poireau.

Nous y étions. Lyon, 8 heures du matin, Croix-Rousse. Les locaux de la VIH venaient de s’allumer, projetant dans la rue sombre un carré de lumière. À l’intérieur, l’activité semblait agitée. Mon photographe et moi échangeons un regard. Il prend une photo de la vitrine, décorée de dessins de vaches et d’animaux de la ferme. Nous rentrons.

Notre petite équipe est accueillie par un silence d’outre-tombe. Un instant, la porte grince, elle se referme, et on n’entend plus rien. Rien que le bruit de notre propre respiration, et des dizaines de regards posés sur nous. Puis quelques froissements de papier, les affaires reprennent ; pas un mot. Les végan font comme si nous n’étions pas là et reprennent la fabrication d’affiches. Tous sauf une petite dame assise devant un bureau en bois, qui descend de son siège en agrippant quelques dizaines de tracts qu’elle nous fourre dans les poches en nous débarrassant de nos manteaux d’hiver.

D’un geste de la main, elle nous invite à la suivre sans dire mot. Mon photographe hausse un sourcil. Je ne saurais jurer que je n’ai pas fait de même. Nous obtempérons.

La petite dame nous emmène sans explications dans un couloir long comme une galerie de mine et aussi bien éclairé. Sur les murs sont placardées des affiches, des photographies, des articles de presse, relatant les hauts faits de l’association. Après quelques mètres, c’est un étourdissement : vegan is murder, images d’abattoirs, de sang sur les murs, caricatures d’humains dépecés et transformés en savon, ou en barquettes de steak haché. C’est un véritable musée des horreurs. Derrière moi, mon photographe étouffe un hoquet de nausée.

Tout à coup, une porte s’ouvre devant nous. La femme nous pousse dans un bureau délavé. Les murs suintent, une odeur mystérieuse plane dans les airs. Sur une table de bois à demi pourri, deux assiettes et un plat sont posés. La porte se referme et un vieillard sec surgit de l’ombre. Il s’avance vers la table, remplit les assiettes d’une sorte de bouillie verdâtre aux reflets rouges et s’apprête à nous les tendre.

Derrière moi, je sens mon photographe qui hésite. Elle finit par croasser :

-Excusez-moi, je ne pense pas, pour moi…

Le vieil homme la cloue d’un regard d’acier. Terrifiée, elle se tait. Je ne sais pas comment la rassurer. Je ne me sens pas rassuré moi-même. L’ampoule au plafond projette une faible lumière ; elle vacille, clignote, grésille. Je prends l’assiette du vieil homme et saisis la cuiller qui trempe dedans. Je remue le contenu. On dirait de la soupe, mais mal hachée, mal broyée, pas crémeuse – une sorte de légume ou de plante réduite en petit morceaux. Un gros morceau rouge et fibreux, une sorte de racine ou d’algue, semble se dessiner, ou émerger, au-dessus de ce solide liquide.

Je goûte. C’est amer. La lange brûlante, je termine l’assiette le plus vite possible. Derrière moi, mon photographe pleure. Je ne sais pas si elle aura la force de finir.

Quand nous avons fini, le vieil homme hoche la tête. Il s’assied sur une chaise ; nous prenons place.

-Excusez-moi, monsieur. Nous sommes journalistes. Nous aimerions savoir…comment se fait-il que l’association VIH ait cessé ses activités ?

Le vieil homme se raidit et me foudroie du regard. Je tremble, des sueurs froides coulent sur mon front. Il n’a toujours pas dit un mot, mais la chose est aussi claire que s’il l’avait hurlée : la VIH est plus active que jamais, et penser le contraire tient du crime.

-Pardonnez-nous, monsieur ; comme nous n’entendions plus parler de vous, nous ignorons ce qu’il en est actuellement. Pourriez-vous nous le dire ?

Le vieil homme ferme les yeux et fronce les sourcils. Après un moment de réflexion, il sort de sa poche un petit carnet de papier recyclé et griffonne au crayon :

« La VIH ne parle plus, ainsi que tous ses membres. Cela fait un mois que la Révélation est arrivée. Les impurs ont depuis quitté l’association. Je suis le nouveau vice-président. »

Mon photographe étire et serre tant ses lèvres que je crains qu’elle ne se les déchire. Après quelques doutes, j’éclate de rire.

-Ha ha ha ha ! Vous savez que j’ai vraiment marché ? Ne plus parler ! Comme si cela avait quelque chose à voir avec la cause animale ! Ah, vous êtes vraiment bon, mon…

Mais visiblement, il ne s’agissait pas d’une plaisanterie. Le petit vieillard sec bondit soudain en frappant la table. Les cuillers sonnent sur les assiettes, le plat de soupe se renverse, il ne s’en rend pas compte, car son regard est fixé sur nous, furieux, furibond même, et nous le sentons sur le point d’éclater, presque même au bord du meurtre.

Nous restons immobiles comme ça un certain temps. La photographe est tombée de sa chaise. Moi, livide, je me suis accroché à la table. Lui, debout, poings serrés, regard froid et mortel. Enfin, il se rassied et écrit rageuement.

« Nous nous sommes aperçus que la plupart des phonèmes utilisés par les êtres humains étaient d’origine animale. Nous avons développé un brevet au nom du perroquet pour le « o ». Nous luttons pour qu’il soit validé. Ce serait le premier. »

En lisant ces mots, je sens mon cœur qui s’arrête. Ma photographe pâlit. Un brevet sur le langage humain ! Je frissonne, rien que d’y penser. Le vieillard en face de nous nous fixe froidement, dans l’attente d’une réaction. Un peu perdu, je fouille dans mes notes, mais rien de ce que j’avais prévu ne me permet de faire face à une telle situation. À bout d’idées, je finis par demander :

-Et enfin, qui a eu cette idée bizarre ?

Le vieux végane me jauge d’un regard torve. J’ai l’impression que ses yeux percent les secrets les plus intimes de mon anatomie et de mes intentions. Enfin, il prend son crayon et explique :

« Le Président. C’est de Lui que viennent toutes nos Révélations. »

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