pour passer le temps…

Archives de janvier, 2012

État

Fuuuuuuck >.<

J’aime pas google parce que google est mon ami.

Google sait tout de vous.

  • Ce que vous aimez
  • Ce que vous achetez
  • Les sites que vous visitez
  • Les films que vous regardez
  • Votre âge
  • Le contenu de vos mails
  • Le contenu de vos documents sous Android
  • Sur quel site vous allez quand vous venez de tel autre
  • Vos convictions politiques et religieuses
  • Tout autant de vos amis
  • Votre emploi
  • Votre rythme de vie
  • Votre 06

Mais ça va pas les gens ? Vous laisseriez les auteurs du bottin rentrer chez vous, regarder le contenu de vos armoires et de votre frigo ? Et le facteur, s’il vous apporte votre courrier ouvert, en vous déclarant la bouche en cœur que lui aussi il votera Le Pen ?

Résultat : j’ai installé Ghostery, AdBlockPlus (avec grand plaisir), WOT, comme le recommande sebsauvage ; j’utilise DuckDuckGo, mon ordinateur n’a plus d’historique, plus de suggestions de recherche. CLEAN.
**********

Suite à un article de Korben, j’ai testé une autre façon que de gros sites web avaient de me pister pour me reconnaître. L’empreinte digitale de mon firefox.

Késako ? 0-0
Hébé oui : quand vous surfez, votre machine laisse des empreintes sur tout ce qu’elle touche ; suffit qu’un site demande, il voit ses empreintes digitales. Non, pas l’adresse IP – elle change si vous vous déplacez. Internet voit votre logiciel. Et il en a besoin. Quand vous regardez une vidéo sur Dailymotion, vous utilisez un plug-in ; quand une page d’accueil veut jouer un mp3 cul-cul, il faut qu’elle sache à quel logiciel elle va devoir parler. En fait, votre configuration est plus ou moins unique, en fonction de votre OS, des mises à jour que vous avez faites/dont vous avez eu besoin, de vos préférences utilisateur, de vos cookies…

L’empreinte digitale de mon firefox était ABSOLUMENT UNIQUE sur plus de 9 million ! O_O

FUCKING FUUUUUUUUCK !!!  >.<

J’ai pu rectifier le tir en désactivant les cookies tiers (Firefox 9.0.1 Édition > Préférences > Vie Privée > Règles de conservation : utiliser les paramètres personnalisés pour l’historique) et en faisant jouer les mises à jour, mais…j’en reste quand même à « only one in 975,494 browsers have the same fingerprint as yours. »
Seulement un par million . Ouf, on est sauvés ^^ »

Trop de prudence tue la prudence ?
Peut-être pas. D’après leurs stats, 83,6% des navigateurs ont une empreinte unique. On peut donc facilement les tracer.

Végémiettes

 

Ça, le Poète, faut pas lui foutre la cervelle en bouillon ; ça lui fait de la bave qui lui coule par la bouche, il se met à délirer et on comprend plus rien.
Ceci dit, c’est rigolo. On a l’impression qu’il bafouille.
Parce qu’un grand poète* m’a dit un jour : « Des fois, dans le poésie, il y a des choses qui sont données… »

 

 

Végémiettes

Ô toi qui graves les tortues
Ne tords-tu pas les torts trop graves
Et les torts rétrogrades ?

Dorez les veaux de là, dorez les Odyssées,
Vomissez les eaux dites, dotez-vous des dix taux,
Maux maudits des totologues,
taux 1,
taux 2,
taux 3,
taux 4,
taux 5,
taux 6,
taux 7,
taux 8,
taux 9,
et taux 10 ! – dix dix sans cent mil lieues ;
tous les taureaux sans eau
dorent très tôt tous les veaux.

Ô toi qui gaves les tortures
Ne sors-tu pas d’essors retors
Et lors décores sans torts ?

 

 

*Private joke : dans l’expression « grand poète », il y a deux mots contestables sauras-tu les trouver ?

Je sais, on écrit « tautologues »

 

Jeu à boire : celui qui arrive pas à le lire en entier boit un verre.
Celui qui croit comprendre finit la bouteille.

SCANDALEUX :-(

Je n’écris pas cet article pour faire du neuf, simplement pour relayer l’information. C’est SCANDALEUX ! Mais dans quel monde vivons-nous, je vous jure ! Regardez un peu l’époque !

-Des sites internet sont censurés par un seul pays.

-Obama a signé le Defense Authorization Bill.

-La loi SOPA est sur le point d’être votée.

-Et maintenant, les dirigeants de MegaUpload sont arrêtés, et le site fermé sans préavis.

Peut-être que 2012 est bien la fin du monde, après tout ?

Blogeurs, blogeuses, de tous rangs, sur tous sujets (surtout si votre blog n’a rien à voir avec l’informatique), n’hésitez pas : faites un petit article, un petit dessin, avec des liens et des avis. Ce qui se passe en ce moment est vraiment grave. C’est la lutte entre le peuple et les gouvernements dans le cyberspace, pour le droit à l’information.
RÉAGISSEZ !

******

Opinions, analyses et liens : partie de l’article en construction. Le plus urgent, c’est d’informer.

NO COMMENT (2)

[Cet article est la suite et fin de celui-ci, lequel suit lui-même celui-là, qui suit celui-là]

DOSSIER (2/2)
Voyage au royaume des Véganes

Ma réaction est immédiate.

-Pourrions-nous voir le Président ? Nous aimerions connaître ses motivations.

À ces mots, le vieux monsieur croise les mains sur la table et semble se mettre à réfléchir intensément, à la manière des joueurs d’échec. Enfin, sa chaise racle le sol, il se lève, sort et la porte claque.
Quelques minutes plus tard, la petite dame de l’accueil revient et nous fait un signe.
À nouveau, couloir sombre, images glauques, coupures de journaux, atelier silencieux. Le tout sans un mot. La petite dame nous plante devant la sortie et ouvre le placard à manteaux.

Tout d’un coup, le bout du tunnel semble se dessiner devant moi. À mes côtés, ma photographe se détend. Je dois dire que je ne suis pas fâché de sortir de ce guêpier. Toutefois, ma conscience professionnelle me pousse à insister :

-Je suis navré si je vous ai brusqué ; mais si vous ne voulez pas que je rencontre le Président, cela n’est pas graves, nous pourrions…

Mais la petite dame me fait un signe de la tête pour dissiper le malentendu. Elle extirpe du placard non pas nos manteaux de laine, mais une sorte de masse informe aux couleurs grises, en plastique, qu’elle me lance. Je la reçois en plein torse plutôt que je ne l’attrape au vol. Tandis qu’elle envoie une autre de ces boules à mon photographe, je constate que ça se déplie. En fin de compte, je comprends l’affreuse vérité : il s’agit d’un kawë.

-Et nos manteaux ? demande Ynès à côté de moi.

Le bruissement de l’atelier s’interrompt soudain. Tous les regards tournés vers nous. Non, ce ne sont pas les yeux ; c’est de la haine. Une haine violente, qui les fait tous trembler. Et nous les premiers, de trembler, comme si une meute de loups s’apprêtait à nous déchiqueter. Un son de vent hurlant emplit la pièce, c’est le bruit de leurs respirations furieuses.
Comme nous ne comprenons pas, la petite dame finit par se détourner de nous, fonce à sa petite table, et rapporte en toute hâte un prospectus illustré de peaux d’animaux et d’images d’abattoir.

-Oh ! s’exclame soudain ma journaliste. Mais la fourrure, de nos jours, c’est de la synthétique…

Soudain, c’est le drame. Les tables tombent, les gens se bousculent, les vegan se ruent tous vers nous. Je pousse ma collègue dehors et fais écran de mon corps en me plaquant contre la porte. Après quelques secondes, la foule regagne son calme initial et retourne à son labeur, mais je sens que l’atmosphère demeure lourde de colère et d’agressivité.
La petite dame se saisit à son tour d’un kawë qu’elle enfile avec une rare maîtrise, et vient me coller sous le nez un mystérieux passage du prospectus où une fille danse sur un arc-en-ciel avec des licornes et des centrales nucléaires en arrière-plan ; le temps que je reprenne mes esprits, les poches de mon kawë étaient aussi pleines de revues et de pamphlets.

Notre guide fait venir deux travailleuses qui nous accompagnent dehors. Je me rends compte avec dépit qu’il pleut et me colle contre le mur dans l’espoir de ne pas me faire mouiller. Ma photographe est déjà là, en train de s’allumer une Malboro. Nous échangeons un regard.

-Ne jamais évoquer les manteaux en fourrure, conclut-elle avec un sourire gêné.
-J’ai hâte d’en avoir fini avec ce monde de fous
-En parlant de fous…

Elle me désigne de la tête nos compagnons. Nos trois véganes, loin de s’être abritées de la pluie, se sont livrées, écartant les bras vers le ciel, à une sorte de joyeux rituel. Sans un mot, sans un chant, elle se livrent à une série de contorsions, levant leurs regards vers le ciel nuageux, et se baissent vers l’eau qui ruisselle, dont elles s’aspergent ; mais le plus effrayant est que leur comportement a moins l’air d’une danse de mime que d’une vénération religieuse de la Nature.

Tout à coup, l’une d’elle, grande femme maigre aux airs bigots, s’interrompt. Son regard s’est tourné vers nous, mais il semble fixé au-delà de nos visages, vers une autre réalité. Une seconde après, elle est à deux centimètres du visage de ma photographe, elle arrache sa cigarette de sa bouche, la renifle, et grimace. Et alors, sans prévenir, avant même que nous nous soyons rendus compte de quoi que ce soit, elle saisit sa main, écarte de force les doigts, et y écrase la cigarette !
Ma photographe hurle de douleur, je suis sous le choc. La végane étire ses lèvres en un rictus, une sorte de sourire malsain. Elle sort de sa poche un paquet à elle, de marque American Spirit, en tire une clope, l’allume, et la colle dans la bouche de ma photographe. Tout cela sans que nous ayons pu réagir. Et elle retourne danser gaiement.

Ynès est sur le point de la frapper, je le sens. Je lui pose la main sur l’épaule, j’essaye de la calmer.

-Ce n’est rien, Ynès, attends…voilà, dis-je en dépliant un prospectus. Tu vois, c’est les produits testés sur les animaux…les végan semblent considérer ces marques de cigarette comme « impures », tu vois ?
-Je vais la tuer ! Je vais la tuer ! répète-t-elle entre ses dents en la regardant danser.

Je lui promets qu’elle pourra tuer ce qu’elle voudra à la fin du reportage. En attendant, pendant que nos nouvelles amies finissent de se réjouir de la pluie, nous examinons sa brûlure, en la laissant tremper sous la pluie froide. Heureusement qu’il pleut abondamment.

***********

Une fois leur petit rituel fini, nos trois véganes se mettent en route comme si de rien n’était en faisant signe de nous suivre. Après quelques minutes, nous arrivons trempés et frigorifiés à une station de vélo’v. Les kawë sont inefficaces. Ils sont trempés, ne coupent pas le vent, collent aux autres vêtements, et ils sont froids.
Nos trois dames retirent trois vélos, deux d’entre elles se retirent, et nous nous retrouvons avec notre petite guide initiale. Celle-ci monte sur selle, nous l’imitons, et elle se met en route.

Je suis assez peu habitué aux pistes cyclables. La selle, mouillée, glisse, et ne tarde pas à baisser de plus en plus vite. Les freins sont très mauvais. La chaîne déraille régulièrement. Les rues s’accumulent, cela fait maintenant dix, vingt minutes que nous roulons. Nous avons descendu et monté des pentes assez raides ; plusieurs fois il nous a fallu mettre pied à terre. Nous sommes passés en pleine campagne, l’eau nous coule dans les yeux. J’ai le nez qui coule, mon photographe a attrapé un rhume. Nous aurions été ici en cinq minutes de voiture.

Nous arrivons enfin à une petite maison toute mignonne. La pluie vient de s’arrêter. La petite dame range son vélo dans une allée qui longe un grand potager bien rempli ; nous l’imitons. Nous rentrons.
À l’intérieur, une épaisse fumée aux relents d’encens nous empêche un moment de respirer. Il fait très chaud, d’une chaleur étouffante et craquante, comme émise par cent feus de bois ; l’air est appesanti d’une musique orientale aux sonorités indiennes. Sitôt la porte refermée, des dizaines de chats surgissent de nulle part, viennent se frotter contre nos jambes en miaulant, réclament des caresses. La dame s’agenouille, le visage fendu d’un grand sourire béat ; elle se met à les cajoler, en les goinfrant de croquettes vertes et de biscuits maison. Après quelques minutes de cet étrange manège, elle semble nous avoir tout à fait oublié. Je marmonne alors :

-Heum…Madame, le Président ?…

Notre guide nous fait signe d’attendre et continue de cajoler le chat. Tout à coup, ce dernier la griffe. Elle lui sourit doucement et se retire. Elle nous fait rentrer dans la pièce suivante.

Un spectacle inouï nous fait presque sursauter. Perché en haut d’une gigantesque montagne de coussins dorés, environné de pâtés végétaux et de petites balles baveuses, un gros chat noir, affalé au milieu de ses poils, nous regarde arriver. Une cour de domestiques discrets l’environne, rangée en haie d’honneur, prête à satisfaire ses moindres désirs.
La dame nous désigne le chat et se prosterne devant lui. Ma photographe et moi échangeons un regard. S’agit-il d’une comédie ?

Nos interrogations sont soudain interrompues par une sorte de gargouillement. Le chat est en train d’émettre une espèce de miaulement, aux sonorités gargantuesques. Quand il a fini, deux domestiques rompent les rangs. Notre dame s’est immobilisée, terrifiée ; elle est livide, elle tremble comme une feuille, mais n’ose faire un mouvement. Puis soudain, tandis que les domestiques s’approchent, elle pousse un hurlement de bête et tente de s’enfuir. Alors, tous se ruent comme un homme sur elle, l’empêchant de bouger, et l’emmènent en haut de la pyramide de coussins. La pauvre fille est secouée de violents sanglots, mais les domestiques, inflexibles, présentent sa gorge au chat.

Ce dernier a l’air d’hésiter. Puis d’un coup de patte, il décide de la griffer à la joue. De là où nous sommes, nous voyons le sang perler. Mais la chose n’est pas finie. Le chat a soulevé son énorme masse, et commence à tourner autour de cette tête qui lui est offerte, remuant son arrière train…Puis d’un coup, il se met à agacer, à petits coups de pattes, l’œil de sa pauvre victime, qui se met à crier de douleur.

À ce moment, je n’en peux plus. Je me rue vers le chat, hurlant :

-C’est scandaleux ! Laissez-la s’en aller ! Laissez-là !

Mais déjà, les sbires du Président m’ont attrapé, et ils m’ont jeté dehors, me laissant au passage une poignée de cartes de visites en or, sur lesquelles on peut lire, sous un dessin de gros chat :
« M. le Président
de la Vegetarian Is Humanity
vous remercie de votre visite. »

La porte est fermée. Ynès et moi sommes dehors, dans le potager. Nous n’entendons plus de cris. Le soleil brille dans le ciel. Il n’y a que deux vélos.
Nous repartons. Le reportage est terminé.

NO COMMENT

DOSSIER (1/2)

La VIH s’exprime…

Nos lecteurs ont peut-être été étonnés du silence que les médias ont manifesté ce dernier mois, après l’affaire Vegan Is Humanity (des articles Vegan Attacks et « We came in peace »). Nous avions, en particulier, promis de suivre l’affaire, et de le tenir informé. Néanmoins, peu après ces belles paroles, les remous cessaient brusquement.

Pour nos lecteurs, nous sommes retournés au siège de l’association végane. Récit d’une rencontre hors du commun par notre envoyé spécial, Richard Bouvier, accompagné de sa photographe, Ynès Poireau.

Nous y étions. Lyon, 8 heures du matin, Croix-Rousse. Les locaux de la VIH venaient de s’allumer, projetant dans la rue sombre un carré de lumière. À l’intérieur, l’activité semblait agitée. Mon photographe et moi échangeons un regard. Il prend une photo de la vitrine, décorée de dessins de vaches et d’animaux de la ferme. Nous rentrons.

Notre petite équipe est accueillie par un silence d’outre-tombe. Un instant, la porte grince, elle se referme, et on n’entend plus rien. Rien que le bruit de notre propre respiration, et des dizaines de regards posés sur nous. Puis quelques froissements de papier, les affaires reprennent ; pas un mot. Les végan font comme si nous n’étions pas là et reprennent la fabrication d’affiches. Tous sauf une petite dame assise devant un bureau en bois, qui descend de son siège en agrippant quelques dizaines de tracts qu’elle nous fourre dans les poches en nous débarrassant de nos manteaux d’hiver.

D’un geste de la main, elle nous invite à la suivre sans dire mot. Mon photographe hausse un sourcil. Je ne saurais jurer que je n’ai pas fait de même. Nous obtempérons.

La petite dame nous emmène sans explications dans un couloir long comme une galerie de mine et aussi bien éclairé. Sur les murs sont placardées des affiches, des photographies, des articles de presse, relatant les hauts faits de l’association. Après quelques mètres, c’est un étourdissement : vegan is murder, images d’abattoirs, de sang sur les murs, caricatures d’humains dépecés et transformés en savon, ou en barquettes de steak haché. C’est un véritable musée des horreurs. Derrière moi, mon photographe étouffe un hoquet de nausée.

Tout à coup, une porte s’ouvre devant nous. La femme nous pousse dans un bureau délavé. Les murs suintent, une odeur mystérieuse plane dans les airs. Sur une table de bois à demi pourri, deux assiettes et un plat sont posés. La porte se referme et un vieillard sec surgit de l’ombre. Il s’avance vers la table, remplit les assiettes d’une sorte de bouillie verdâtre aux reflets rouges et s’apprête à nous les tendre.

Derrière moi, je sens mon photographe qui hésite. Elle finit par croasser :

-Excusez-moi, je ne pense pas, pour moi…

Le vieil homme la cloue d’un regard d’acier. Terrifiée, elle se tait. Je ne sais pas comment la rassurer. Je ne me sens pas rassuré moi-même. L’ampoule au plafond projette une faible lumière ; elle vacille, clignote, grésille. Je prends l’assiette du vieil homme et saisis la cuiller qui trempe dedans. Je remue le contenu. On dirait de la soupe, mais mal hachée, mal broyée, pas crémeuse – une sorte de légume ou de plante réduite en petit morceaux. Un gros morceau rouge et fibreux, une sorte de racine ou d’algue, semble se dessiner, ou émerger, au-dessus de ce solide liquide.

Je goûte. C’est amer. La lange brûlante, je termine l’assiette le plus vite possible. Derrière moi, mon photographe pleure. Je ne sais pas si elle aura la force de finir.

Quand nous avons fini, le vieil homme hoche la tête. Il s’assied sur une chaise ; nous prenons place.

-Excusez-moi, monsieur. Nous sommes journalistes. Nous aimerions savoir…comment se fait-il que l’association VIH ait cessé ses activités ?

Le vieil homme se raidit et me foudroie du regard. Je tremble, des sueurs froides coulent sur mon front. Il n’a toujours pas dit un mot, mais la chose est aussi claire que s’il l’avait hurlée : la VIH est plus active que jamais, et penser le contraire tient du crime.

-Pardonnez-nous, monsieur ; comme nous n’entendions plus parler de vous, nous ignorons ce qu’il en est actuellement. Pourriez-vous nous le dire ?

Le vieil homme ferme les yeux et fronce les sourcils. Après un moment de réflexion, il sort de sa poche un petit carnet de papier recyclé et griffonne au crayon :

« La VIH ne parle plus, ainsi que tous ses membres. Cela fait un mois que la Révélation est arrivée. Les impurs ont depuis quitté l’association. Je suis le nouveau vice-président. »

Mon photographe étire et serre tant ses lèvres que je crains qu’elle ne se les déchire. Après quelques doutes, j’éclate de rire.

-Ha ha ha ha ! Vous savez que j’ai vraiment marché ? Ne plus parler ! Comme si cela avait quelque chose à voir avec la cause animale ! Ah, vous êtes vraiment bon, mon…

Mais visiblement, il ne s’agissait pas d’une plaisanterie. Le petit vieillard sec bondit soudain en frappant la table. Les cuillers sonnent sur les assiettes, le plat de soupe se renverse, il ne s’en rend pas compte, car son regard est fixé sur nous, furieux, furibond même, et nous le sentons sur le point d’éclater, presque même au bord du meurtre.

Nous restons immobiles comme ça un certain temps. La photographe est tombée de sa chaise. Moi, livide, je me suis accroché à la table. Lui, debout, poings serrés, regard froid et mortel. Enfin, il se rassied et écrit rageuement.

« Nous nous sommes aperçus que la plupart des phonèmes utilisés par les êtres humains étaient d’origine animale. Nous avons développé un brevet au nom du perroquet pour le « o ». Nous luttons pour qu’il soit validé. Ce serait le premier. »

En lisant ces mots, je sens mon cœur qui s’arrête. Ma photographe pâlit. Un brevet sur le langage humain ! Je frissonne, rien que d’y penser. Le vieillard en face de nous nous fixe froidement, dans l’attente d’une réaction. Un peu perdu, je fouille dans mes notes, mais rien de ce que j’avais prévu ne me permet de faire face à une telle situation. À bout d’idées, je finis par demander :

-Et enfin, qui a eu cette idée bizarre ?

Le vieux végane me jauge d’un regard torve. J’ai l’impression que ses yeux percent les secrets les plus intimes de mon anatomie et de mes intentions. Enfin, il prend son crayon et explique :

« Le Président. C’est de Lui que viennent toutes nos Révélations. »

L’homme préhistorique

Comme l’homme a la mémoire courte…

L'homme pré-préhistorique