pour passer le temps…

Le végétalisme

  • J’ai une pote végétalienne.
  • Ma sœur a longtemps été végétarienne-anorexique.
  • J’ai une pote qui a un ami végétarien.

Alors comment se fait-il que je ne sois pas végétarien ?

C’est marrant : il suffit de surfer cinq minutes sur des blogs et des sites de végétariens pour comprendre que tous les arguments qu’on peut leur faire, ils les ont déjà entendus, ils les connaissent, et ils ont une réponse.
Pire : dans 90% des cas, l’argument est LOURD. Mais LOURD ! Et s’il n’est pas lourd, il est tellement répété que ça en devient LOURD. Le mieux, c’est que des répliques pareilles – et je parle en connaissance de cause – on ne se rend même pas compte qu’elles peuvent être blessantes et stupides.
En revanche, dès qu’eux essayent de répliquer, et de nous faire comprendre le végétarisme, nous ne sommes plus seulement pénibles et lourdauds : nous devenons carrément OFFENSANTS. Nous coupons net le dialogue, alors qu’ils nous expliquent seulement les raisons qui guident leur propre choix alimentaire. Certains se contentent de conclure que c’est très bien, et que chacun a le choix, d’autres répondent violemment aux bouffeurs d’herbe qu’ils sont des sectaires de toute façon.

Pourquoi avons-nous une réaction aussi violente ? Dans les deux cas, on méprise le végétarien, et on se campe sur des idées reçues, alors que son discours peut être pertinent, argumenté et appuyé sur des faits. L’étude des réponses typiques permet de mesurer la violence de notre réaction.

  • La prolifération d’arguments ad hominem ;
  • Parmi lesquels une néglience de la logique, sous-entendant que c’est même pas la peine de répondre sérieusement (d’ailleurs, qui a les moyens de le faire ?) ;
  • L’ironie (syndrome du cri de la carotte) ;
  • Le déni pur et dur (rarement exprimé, car c’est une position que les consommateurs sans information ne sont pas en mesure de défendre -le déni s’observe particulièrement quant aux conditions d’abattage) ;

Et autres…

Arthur Schopenhaver (Schopy pour les intimes…) a écrit un livre assez amusant dans son principe, qui s’appelle L’art d’avoir toujours raison Dans un débat, quel qu’il soit, les interlocuteurs ne cherchent pas la vérité : ils conservent leur position initiale, et leur seul et unique objectif consiste à montrer qu’ils ont raison. À partir de ce moment, tous les coups sont permis.
Ce qui est étonnant, c’est ce braquage particulier, d’une rare violence, dans le cas du débat avec un végétarien. Notez qu’en outre, l’omnivore n’a pas à se défendre : son point de vue est dominant, et les arguments qu’il emploie sont largement partagés, et la tradition est avec lui.

*******************

La raison de ce comportement est simple. Nous nous sentons attaqués par le végétarien. Attaqués dans nos modes de vie, dans notre quotidien.
Soit. Mais pourquoi on n’est pas aussi violents envers les écolos, par exemple ?
(Rectification : nous ne sommes plus aussi violents envers les écolos. Les écolos ont pourtant fait figure de marginaux au début de leurs revendications.)
Mais il est vrai qu’envers les végétariens, il y a quelque chose de plus viscéral. L’écologie, c’est une conviction (et même une mode, récemment). La politique, c’est une conviction. Mais le végétarisme, lui, touche à notre culpabilité : il nous accuse d’ASSASSINAT, ni plus ni moins !
(Ici, je vous demanderai un peu d’indulgence. Je fais une pause dans la conversation, et je ne saute pas aux arguments que nous rétorquons, parce que je cherche à comprendre ce qui se passe en nous. Et c’est pas rose…)

MEAT=MURDER, morceaux de cadavres, torture, abattage. Autant d’arguments-choc, d’éléments de rhétorique végétarienne. La principale force de ces idées est qu’elles nous disent ceci : « vous assassinnez, quand vous mangez ». Et je dis bien « assassiner« , pas « tuer » : il ne s’agit pas simplement d’ôter la vie (comme cela peut être le cas avec les légumes), il s’agit aussi de détruire une conscience.
Car oui, nous disent les végétariens, les animaux ont une conscience, du moins une certaine forme (= capacité de percevoir et d’interpréter le monde qui les entoure). Oui, même les poissons savent ce qu’est la peur ou la compassion, au-delà de l’instinct de conservation. Etc.

Alors pourquoi ce terme d’assassiner nous paraît-il idiot ? D’une certaine manière, pouvons-nous répliquer, c’est de l’anthropomorphisme. Il y a une différence entre arracher un veau à sa mère pour le manger, et manger un bébé humain. Les sentiments n’existent pas ne sont pas aussi développés chez l’animal.
LAÏUS SUR L’ÉMOTION DES ANIMAUX—Mais pourquoi cette insistance à nier les sentiments ou l’intelligence animale (sauf pour s’en émerveiller, comme si l’intelligence des dauphins était un « Progrès » semblable à la découverte de nouvelles planètes) – ne découle-t-elle pas elle-même de l’anthropomorphisme ? Expression du visage, parole surtout, violence, sautes d’humeur : autant de choses normales chez les humains, marginales chez les animaux (en particulier chez les poissons, n’est-ce pas ?)
À mon avis, ce problème de reconnaissance de l’émotion animale vient précisément de la définition cognitive de ce que nous appelons « émotion » : pour nous, l’émotion est la réaction typiquement humaine, la marque de son intelligence, de sa complexité. Il suffit de voir tout ce que brassent nos propres émotions en nous : souvenirs, idées, inconscients, profondeurs insondables de l’être, vers l’Infini et au-delà ! De fait, c’est ce que sent le Sujet ; en société, il est prêt à accorder des propriétés similaires à ses semblables ; mais à des semblables pas assez semblables (ex : les quadrupèdes) qui ne font pas partie de sa société, ça devient plus difficile. —FIN DU LAÏUS SUR L’ÉMOTION DES ANIMAUX—

Anthropomorphisme ou pas, avec ou sans émotion, la question est avant tout ceci : faut-il conférer aux animaux ce que j’appellerais une personnalité morale ?
Le problème est ambigü, et ceci depuis longtemps. Conscience morale ? Droit ? Il faut signaler que d’après la loi, il n’existe pas beaucoup de différences entre le familier de votre ado et un iPad. Je dirais même que la loi traite mieux les iPads que les vaches. Mais bon, les iPads sont pas comestibles non plus xD
Les végétariens pensent que oui. Enfin, pas que les iPads sont comestibles : ils pensent que les animaux ont une personnalité morale, et que si on la leur refuse, c’est parce qu’on les mange de fait. Après, si vous pensez qu’ils ont tort, filez tout de suite dans la rue, récupérez un chien abandonné, égorgez-le et mangez-le ; puis filez quelques coups de pieds au chat du voisin qui ruine vos parreterres (en vous assurrant de ne pas pouvoir vous faire détecter). Néanmoins, prenez avant le temps de lire un petit article de Insolente Veggie , qui nous rappelle qu‘aucune différence d’essence ne justifie cette différence morale : seulement une différence de capacités intellectuelles, technologiques et autres. Étrange conception de la Justice, n’est-ce pas ? (je vous laisse appliquer cette phrase au droit international, ou à l’extermination des handicapés par les Nazis. Bienpensants, nous ? eux aussi !)

Torturer des animaux ou les manger, c’est pas pareil, me direz-vous. Et en effet, il reste des nuances à éclairer. Des nuances qui expliqueront enfin notre besoin d’envoyer chier les végétariens quand ils nous accusent de meurtre.
De fait, ce n’est pas parce qu’un être vivant est doté d’une personnalité morale que cela lui confère les mêmes droits qu’un être humain (non-exploitation, droit à la vie) dans une société humaine. On doit d’abord penser à nous, à nos semblables, à notre santé : plutôt sacrifier cent vies d’une autre espèce qu’une seule de la nôtre.
Mais pourquoi cela ?
Se délecter des souffrances d’un animal, c’est de la cruauté. Moralement, c’est insoutenable. En revanche, profiter d’un état de fait (la vache est morte) pour satisfaire un besoin, c’est normal, et il n’y a là rien de moralement condamnable. D’ailleurs, c’est ce que nous faisons, quand nous achetons un morceau d’animal déjà mort au supermarché.
Sauf que voilà :

  • D’une part, nous sommes effectivement responsables de la mort de l’animal, comme si nous l’avions égorgé de nos propres mains. Les débats sur la responsabilité sont revenus très sensibles après la deuxième Guerre Mondiale, mais nous pouvons dire qu’une personne qui soutient un système, par le discours, par l’acte, ou par l’argent, est responsable des actions intrinsèquement prévues par ce système. En gonflant la demande de viande, les individus soutiennent financièrement le marché de la viande, et accroissent la production. En tant qu’acteur économiques, nous sommes donc responsables de l’existence de ce système. Nous sommes donc imputables de toute injustice incluse dans l’exécution normale de ce système. Le végétarisme est une logique de boycott.
  • L’élevage ou l’abbattage en masse, pour être économiquement viable, recquiert de maltraiter des animaux, en les aliénant, en les exploitant, en leur imposant des conditions de vie qui ne sont pas sans rappeler l’esclavage des noirs aux Amériques (avec les dommages collatéraux que cela implique), et en les terrifiant avant l’abbattage. Les faits impliquent donc une injustice, dont le consommateur est responsable. Toutefois, dans la mesure où la viande est un besoin, le meurtre d’animaux en lui-même n’est pas condamnable.
  • Les végétariens vivent sans viande. C’est ça, la vérité. Ils sont en bonne santé, peuvent avoir moins de carences que les omnivores, une alimentation plus variée et plus équilibrée, et ils sont plus écolos que vous et moi par leur simple régime alimentaire. Il a existé des cultures végétariennes. En dépit des traditions, l’homme n’est pas fait pour manger de la viande. La viande n’est donc pas un besoin. Le meurtre d’animaux n’a donc aucune justification morale, économique, pratique : c’est une injustice, contraire au droit naturel, au même titre que le meurtre d’humains. Une mauvaise coutume. Un pur plaisir. Un luxe.

Vous avez l’impression d’avoir manqué une étape ? C’est bien simple : imaginez un moment que nous soyons dans une société où on consomme non pas des animaux, mais des êtres humains. On va même dire : des noirs élevés en batterie (vous savez, ils ont la peau épaisse, ça paralyse leur système nerveux, ils ne sentent rien…rigolez pas, le racisme et le spécisme ont quelques points communs ; repensez aux écailles des poissons, et à leur chair toute blanche). Et après tout, il y en a eu, des sociétés cannibales. Vous paraîtrait-il absurde de dire : « Mais puisque la Nature regorge de ressources végétales et d’animaux, pourquoi n’arrêtons-nous pas de nous nourir de nos semblables ? »
Pariez qu’un gars se sentira accusé de meurtre, et vous dira qu’on ne peut pas vivre sans viande humaine, qu’on aurait des carences qui réduiraient notre durée de vie, nos aptitudes physiques ou notre caractère, ou que si on mangeait des sangliers, le Dieu Sanglier punirait tous les hommes.
Vous la voyez, l’étape ? J’ai dit : différence de capacités, pas différence de nature. C’est exactement ça. Une différence de personne morale, c’est une différence de capacités érigée culturellement et arbitrairement en différence de nature.

***LÀ OÙ ÇA PART EN COUILLE***
Merde, je me sens coupable, bordel, je tue des animaux, sang, chair, os brisés, se dit l’espace d’un éclair le non-végétarien mis en face de la végétarienne.
Les végétariens sont des gens désagréables, c’est bien connu. C’est pour ça qu’on les aime pas.
La parade est immédiate :
De toute façon, on a BESOIN de la viande, disons-nous à une personne qui n’en a visiblement pas besoin.
Argument d’autorité. Et c’est parti. Jetez un coup d’œil à L’art d’avoir toujours raison de Schopy, vous comprendrez comment nous parlons aux végétariens. Nous finissons par les acculer jusqu’à ce qu’il nous parle de spécisme, ou se lance dans des arguments nœud-nœud sur la sensibilité des animaux ; à ce moment, nous avons gagné le droit de nous moquer de lui, et de ne plus l’écouter. Mais la raison pour laquelle nous réagissons aussi violemment, et concentrons des fantasmes autour de ce groupe d’opinions, c’est qu’ils réveillent chez nous une culpabilité enfouie.

Surfez un moment (deux heures, tout au plus) sur les blogs d’Insolente Veggie et de Veggie Poulette, ou encore d’autres idées  ou sites et autres liens, si vous voulez un tour panoramique du sujet. C’est très divertissant. Beaucoup de discours jouent sur le renversement humoristique (et si les omnivores étaient en minorité ? et si les animaux mangeaient des humains ?)

Conclusion ? À force de me demander pourquoi on refuse d’écouter les végétariens, je me suis mis à les écouter. Et croyez-moi, l’anti-spécisme est beaucoup plus facile à ingérer quand on n’a plus de viande dans l’estomac. Go vegan !
(Pour info, j’ai décidé de ne plus manger de chairs. Pour autant, je ne suis pas encore tout à fait végétaLien. L’avenir me dira ce qu’il en est.)

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